Bonsoir,
Un livre relié a plus de chances de survie qu’un livre non relié. C’est la principale fonction de la reliure, au-delà de son aspect esthétique bienvenu (et recherché). La reliure est l’art de rassembler les feuilles d’un livre (assemblées en cahiers), de les coudre ensemble, de lui donner une belle (ou non) enveloppe (peau, papier marbré…) afin d’assurer sa conservation. Je voudrais évoquer dans cet article les moyens extérieurs utilisés pour protéger et renforcer la couvrure du livre. Je ne parlerais pas ici du corps de la reliure, à savoir la couture, la tranchefile, le carton ou le bois (ais), la chasse (partie du carton qui déborde les pages du volume sur les tranches) …
Au Moyen-Age les livres sont posés à plat ou inclinés et rangés de la même façon sur les étagères, les armoires, les niches ou les coffres. Il s’agit de les protéger. Pour cela on ajoute à la reliure des morceaux de métal (laiton la plupart du temps) aux endroits les plus fragiles : les coins et les plats. Vous pouvez voir ci-dessus une cornière en métal agrémentée d’un boulon d’angle (appelé bouillon) sur ce lourd livre religieux in-folio (début 19e). Un boulon au milieu d’un plat est un ombilic (référence au cordon ombilical !). On parle de cabochon de manière générale.
Pour éviter toute déformation de la reliure (le parchemin sous la chaleur ayant tendance à se gondoler) on employa des courroies pour serrer les deux plats du livre, courroies qui furent remplacées par des lanières faisant le tour du livre et nouées comme des lacets. Des lanières qui ont souvent disparu (comme dans le livre ci-dessous).
Les lanières furent remplacées par des fermoirs métalliques (plus solides et plus pratiques). Le fermoir est composé de trois parties (en métal, en métal et cuir ou tissu). Selon le glossaire de l’IRHT (référence ci-dessous) “ces trois éléments peuvent être : une patte, une agrafe et une contre-agrafe, ou bien une patte, une agrafe et un tenon. Sans mention particulière, le fermoir est fixé en gouttière.”

fermoir permettant de maintenir le livre bien fermé (les plats sont en bois) et d'assurer sa conservation. Ici nous avons une patte, une agrafe en laiton et un tenon.
L’utilisation des protections métalliques ne subsista après la fin du 16e que pour les livres de grands format et usuels notamment les livres liturgiques. Les lanières et les fermoirs se raréfient au 17e siècle pour ne plus subsister pour ces derniers que dans certains cas précis (livres religieux). Tout cela est du à plusieurs facteurs : le remplacement des planches de bois par du carton pour la reliure, le fait de ranger les livres côte à côte debout et non plus à plat, l’usage d’un cuir moins épais (et l’abandon progressif du parchemin), la difficulté à manier un ouvrage “bardé de métal”.
Source utilisée :
« Glossaire codicologique », dans Livret du stage d’initiation au manuscrit médiéval (domaine latin et roman), éd. par Th. Buquet, O. Legendre et J.-H. Sautel, Paris, IRHT, 2006-2008 (Ædilis, Publications pédagogiques, 2) [En ligne] http://aedilis.irht.cnrs.fr/manuscrit/glossaire.htm
Léo Mabmacien


