Prosper Morey : l’itinéraire d’un architecte proposé par la Bibliothèque municipale de Nancy

Après Grandville, la Bibliothèque municipale de Nancy nous propose aujourd’hui de découvrir l’oeuvre de Prosper Morey, architecte-archéologue du 19e siècle, figure marquante de l’architecture à Nancy. Légués à la bibliothèque, les albums de dessins « pris en Italie, en Grèce et en Turquie lors de son séjour à l’Académie de France à Rome entre 1832 et 1836″ ont été numérisés et sont accessibles sur le site. Des vues et des photographies de la ville de Nancy sont aussi disponibles, en partenariat avec les Archives municipales. « Des zooms permettent d’accéder aux images haute définition afin d’apprécier la précision de l’architecte-archéologue dans ses relevés. Les villas pompéiennes et les bâtiments nancéiens bénéficient d’un repérage cartographique ».

Morey, Prosper (1805-1886). Dessinateur., “[Lion portant un angelot sur son dos, mosaïque de la maison du Faune],” Prosper Morey : itinéraire d’un architecte,  http://morey.nancy.fr/items/show/934

La vie et la carrière de Prosper Morey ne sont pas oubliées ni le fait que l’ensemble du site (textes et images) peut être réutilisé (licence Creative Commons by-nc-sa).

« Cette mise en ligne s’accompagne d’une programmation : deux expositions, des visites commentées, une rencontre « Une heure avec », une conférence et un mini-concert rythment l’automne de la Bibliothèque » nous précise le communiqué de presse. L’ensemble du programme est disponible en ligne. Du beau travail !

Prosper Morey [exposition en ligne]

Léo Mabmacien

Bologne et le Pontifical d’Autun : exposition au musée Rolin

Le Musée Rolin à Autun en Bourgogne propose en partenariat avec le Musée du Louvre une exposition du 12 septembre au 9 décembre 2012 autour du Pontifical d’Autun, un manuscrit italien enluminé du XIVe siècle découvert à l’évêché d’Autun en 2007. Cette exposition est l’occasion « d’évoquer la production artistique de Bologne dans le courant du premier Trecento (1330-1340) où des personnalités fortes telles Vitale da Bologna, le Pseudo Jacopino, Giovanni da Balduccio sont évoquées aux côtés des grands maîtres de l’enluminure ». Il est précisé que « le manuscrit d’Autun est un pontifical romain où sont rassemblées les formules et les cérémonies des fonctions réservées à l’évêque : les rituels liturgiques et les bénédictions solennelles de la vie ecclésiale y sont illustrés d’une manière éclatante. » Innovation proposée par le musée : un  feuilletoire numérique qui permettra une double diffusion du manuscrit : un écran tactile et une projection frontale en plus grand format. Je vous invite à lire l’excellent dossier de presse qui nous est offert en ligne. On notera la publication d’un catalogue  (Editions Dominique Gueniot à Langres, 35 €), l’organisation de visites et de conférences. Seul regret l’absence d’exposition en ligne.

Exposition « Bologne et le Pontifical d’Autun : un chef d’oeuvre inconnu du premier Trecento (1330 – 1340) » . Exposition placée sous le commissariat scientifique de François Avril et Massimo Medica

Informations pratiques
Exposition temporaire du 12 septembre au 9 décembre 2012
Tous les jours sauf mardis

Horaires
Jusqu’au 30 septembre : 9h30-12h et 13h30-18h
A partir du 1er octobre : 10h – 17h

Billetterie
Plein tarif : 8€ (+ visite gratuite des collections permanentes du musée Rolin)
Réductions pour groupes à partir de 15 personnes, étudiants (sur présentation d’un justificatif) : 5€ (+ visite gratuite des collections permanentes du musée Rolin)
Gratuit pour les scolaires jusqu’à 18 ans, étudiants en histoire de l’Art et aux Beaux-Arts, ICOM.
Gratuit pour tous
le 1er dimanche du mois

Musée Rolin
3, rue des Bancs-71400 Autun – musee.rolin@autun.com
Musée : 03 85 52 09 76 – Administration : 03 85 54 21 60

Léo Mabmacien

Voyage de Suisse, d’Italie et de quelques endroits d’Allemagne et de France par Gilbert Burnet

 

voyage de suisse italie

Voyage de Suisse, d’Italie, et de quelques endroits d’Allemagne & de France, fait és années 1885 [sic], & 1686. / par G. Burnet,… Avec des remarques d’une personne de qualité touchant la Suisse & l’Italie. Dernière édition, revue, corrigée, & augmentée d’un indice des principales matières. Sur la copie, A Rotterdam, chez Abraham Acher, 1690. In-12

Je voudrais évoquer avec vous un récit de voyage du 17e siècle écrit par Gilbert Burnet (1643-1715), historien et théologien écossais. Il est écrit sous forme épistolaire (pour la forme : c’est à la mode à cette époque !) et relate les voyages de l’auteur en France (quelques pages), en Allemagne mais surtout en Suisse et en Italie. Protestant il en profite pour dire tout le bien qu’il pense des papistes et de la France qui vient en 1685 de révoquer l’Edit de Nantes.

Il faut dire que Gilbert Burnet a dû se réfugier dans les Provinces-Unies suite à de « trop grandes démonstrations » contre le catholicisme. C’est là qu’est bien sûr écrit et imprimé cet ouvrage. Il va ausi pendant son séjour forcé se rapprocher de Guillaume III,  Prince d’Orange et l’aide à monter sur le trône en 1689 au Royaume-Uni. « Pour service rendu » il est nommé évêque de Salisbury. On lui doit également une importante histoire de la Réformation en Angleterre (History of the Reformation of the Church of England).

détail amusant : l'un des fleuron est à l'envers !

détail amusant : l’un des fleuron est à l’envers !


L’édition originale est parue en anglais en 1686 à Rotterdam chez Abraham Acher (Some Letters containing an account of what seemed most remarkable in Switzerland, Italy, etc. written by G. Burnet) et eu du succès puisque l’on compte 4 éditions et rééditions en français (toujours chez le même éditeur) en 1687, 1688, 1690 et 1718 (en 2 volumes).

Extrait de la notice biographique et bibliographique du Dictionnaire historique et bibliographique de l’Abbé Ladvocat :


L’édition que vous avez sous les yeux est une contrefaçon genevoise. Ce n’est pas moi qui le dit mais la notice extraite de la base de données élaborée par le Centre de recherches sur l’histoire du livre au 17e siècle à Lausanne (Livres interdits et censure au 17e siècle).

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais la page de titre porte la mention « sur la copie » ce qui permet tout de suite de dire que le livre est contrefait. On peut aussi noter l’erreur de date sur la page de titre ou 1685 est transformé en 1885 (corrigé sur notre exemplaire !). Après pour connaître le lieu réel il faut se pencher sur la typographie et les ornements. Ainsi le bandeau ci-dessous (le seul du livre) indique son origine genevoise selon la notice : « il a appartenu à l’atelier de J.H. Widerhold et est utilisé par un de ses successeurs » (Source : Livres interdits.org).

voyage suisse avertissement

l’avertissement et son fameux bandeau

Pour la typographie rien n’est précisé mais je peux dire que l’impression n’est pas fameuse ce qui est souvent le cas des contrefaçons.

voyage suisse table

Petit aperçu de la table des matières

En tout cas ce récit de voyage est très intéressant à lire même si parfois l’auteur se lance dans de longs détails théologiques.

Voici quelques extraits pour le plaisir :

sur les femmes en Suisse (page 29)

« Leur ménage les occupe si fort, qu’elles n’ont pas le loisir de penser à autre chose. Un savant médecin me disoit là-dessus, qu’il croyait trouver dans cette conduite, la raison pour laquelle les femmes de ce pays-là ne sont point sujettes à ces vapeurs que toutes les autres femmes connoissent tant : car, disoit-il, ces vapeurs ne provenant guère que d’une vaine oisiveté, qui engendre dans la tête des femmes mille chimères, et bien souvent des amourettes ; il n’y a pas lieu que celles qui agissent en puissent avoir, parce que le travail qui épure leur sang les portant au sommeil, elles n’ont point de temps pour penser ni à l’amour, ni à rien d’approchant » (quel programme : boulot, dodo !).

Les femmes en Italie sont encore moins bien loties (page 235)

 » Elle ne se mêlent d’aucunes affaires de la maison, et pour l’ordinaire ne savent faire aucune sorte d’ouvrage, de sorte qu’on m’a assuré que c’étoient les plus sottes créatures du monde. Elles sont aussi vicieuses qu’autre part, mais elles le sont avec une niaiserie tout particulière »… (etc etc… et dire qu’il a été marié !).

sur la bibliothèque de Saint Marc à Venise (page 212)

« Je fus fort étonné de voir que la bibliothèque de S. Marc étoit si peu considérable ; car à la vérité son antichambre est pleine de statues de grand prix, et le plafond de sa chambre où elle est, est enrichi de diverses pièces renfermées dans des cadres,  lesquelles sont des premiers maîtres du monde ; mais pour ce qui s’appelle la Bibliothèque, on n’y voit rien qui réponde à toute cette magnificence ; car tous les manuscrits grecs sont de nouvelle date, au moins j’en feuilletai plusieurs et je n’en vis aucun qui eût plus de 500 ans d’antiquité. Véritablement on me dit qu’on avoit accusé le dernier bibliothécaire d’avoir soustrait plusieurs manuscrits : sur quoi ayant été mis prisonnier par l’ordre des Inquisiteurs, il s’étoit empoisonné, prévenant par-là le châtiment qu’on lui faisoit craindre »  (sourire).

sur les maisons de Venise (page 236) et la cuisson du pain

« Pour ce qui est des maisons, elles n’ont rien d’agréable à Venise, car l’architecture y est trop uniforme (…) Ils ne font point lever leur pain, ainsi il est très pesant, et comme ils chauffent le four beaucoup plus qu’il ne faut, la mie en est comme de la terre, et la croûte comme de la pierre » (diantre !).

sur le papisme (pages 120 et 446)

Après la déroute d’une armée de papistes qui prirent peur dans le brouillard en confondant une armée de protestants avec un bois : « Cela peut fair voir en passant quel est l’esprit du papisme, et combien il est inquiet. Les personnes de qualité de ce parti le savent bien, faisant ce qu’elles peuvent tous les jours pour tenir leurs gens dans la modération ; mais sans pouvoir y gagner grand chose, ce qui les a obligez à m’avouer que les Protestants ne sont pas si remuants que les Catholiques ».

« Il n’y a assurément guère de Peuples qui soient plus misérables que ceux qui vivent sous la domination du Pape » (il évoque la taxe sur le blé).

sur Ferrare et le manque d’habitants (page 254)

« il arrive de là que tout est plein d’eaux croupissantes et de boues qui infectent l’air, comme cela se voit dans ce beau et vaste pays de la campagne de Rome et dans tous les pays de l’obéissance du Pape, lesquels ne sont dépeupler pour autre cause que pour la sévérité du gouvernement ; c’est à dire pour des taxes fortes… »

sur Strasbourg (page 389)

« la plus belle ville qui soit sur le Rhin est Strasbourg (…) Il n’est pas nécessaire de vous rien dire de la hauteur et de l’architecture gothique tant de la Tour, que de la grande Eglise (…)  Les bas reliefs qui sont sur les Chapiteaux ne sont pas fort apparents (…) on ne laisse pas d’y remarquer encore diverses choses qui y sont représentées et autre autres une procession en laquelle un pourceau emporte le bénitier avec l’eau bénite, et force pourceaux et ânes suivent en habits sacerdotaux (…).  (Cette évocation qui se poursuit serait une bataille entre clergé séculier et moines mais comme le dit l’auteur : ce n’est pas de moi mais de mon bon ami qui m’ a rapporté cela… encore une pique !).

Et pour finir une petite critique :

Pour aller plus loin

Le livre de Burnet mais en anglais à consulter ou télécharger en ligne. On peut comparer avec la version française ;-)

D’autres ouvrages en ligne sur le site Internet Archive.

Léo Mabmacien

Des éditions italiennes, allemandes et des Bibles

biblia_sacra

Voici quelques bases de données bibliographiques qui pourront vous être utiles :

Edit 16 pour commencer est une base de données signalant les éditions italiennes et en italien imprimées hors d’Italie au 16e siècle. Fruit de la collaboration de 1200 bibliothèques italiennes. Interface en italien et en anglais.

Biblia Sacra est une base de données (en anglais) recensant les Bibles imprimées aux Pays-Bas et en Belgique entre 1477-1553.  446 éditions sont recensées et décrites. La base a l’air d’être en sommeil depuis 2005 ! Il est indiqué que les éditions parues après 1553 seront rajoutées dans les années qui suivent. La recherche peut être très précise notamment au niveau de l’illustration.

Enfin pour les personnes intéressées par les éditions de langue allemande, allez faire un tour sur VD16 et VD17, la première pour les éditions en langue allemande du 16e siècle, la seconde pour les éditions du 17e siècle. Ces deux bases ont une interface en allemand.  A signaler pour la base VD17, la rubrique « Schlüsselseiten » dans une notice permet d’avoir accès en mode image aux pages clés utilisées pour la description du document.

Léo Mabmacien

Lettres sur l’Italie en 1785 par M. Dupaty

Ce soir je voudrais évoquer un ouvrage de Charles-Marguerite-Jean-Baptiste Mercier Dupaty, Lettres sur l’Italie en 1785, publié en 2 volumes in-18 en 1788.

L’édition que je possède (tome 1 seulement ;-)) est celle de 1793 parue à Lausanne chez Jean Mourer.

lettres-sur-litalie

 

Le nom de l’auteur n’est pas présent sur la page de titre mais on trouve au début un long éloge de M. le président Du Paty.

L’encyclopédie Wikipédia apporte quelques renseignements sur l’auteur et sur l’ouvrage :

« Charles-Marguerite-Jean-Baptiste Mercier Dupaty, né à La Rochelle en 1746, mort à Paris en 1788 est un magistrat français.

Il fut avocat général, puis président à mortier au parlement de Bordeaux. Il se fit un nom comme homme de lettres et par son intégrité comme magistrat.

Ses principaux ouvrages sont :

  • Mémoire pour trois hommes condamnés à la roue (il réussit à leur sauver de la roue) ;
  • Réflexions historiques sur les lois criminelles ;
  • Lettres sur l’Italie, 1788.
    Ce dernier écrit eut du succès en France, grâce à un certain sentiment de l’art et à la philosophie du temps, mais Rome le mit à l’Index. »

Plusieurs éditions sont disponibles en ligne et en téléchargement :

http://books.google.fr/books?q=editions:0sazWMo4oHJeNk-3Fw&id=1oywkpIysBkC

Cet ouvrage a été mis à l’index par le Vatican. Une édition expurgée est parue en 1840 chez Mame à l’usage des enfants.

Hoefer dans sa nouvelle biographie générale évoque cet ouvrage :

« Cet ouvrage estimé par La Harpe comme un des plus ingénieux de son siècle a été jugé de nos jours avec plus de sévérité. On y trouve de la prétention une trop grande recherche d’originalité puis la phraséologie de l époque. D’autres rapporteront de Rome disait Dupaty des tableaux des marbres des médailles des productions d’ histoire naturelle moi j’en rapporterai des sensations des sentiments et des idées surtout les idées les sentiments et les sensations qui naissent au pied des colonnes antiques sur le haut des arcs de triomphe dans le fond des tombeaux en ruine sur les bords inconnus des fontaines. Les passages de ce genre abondent et si le naturel y manque parfois au moins faut il reconnaître qu’ils offrent un grand mérite. » Extrait de : Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’a nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l’indication des sources a consulter / Jean Chrétien Ferdinand Hoefer

J’ai trouvé une autre critique (acerbe celle-ci) du livre de Dupaty :

« Dupaty ne comprend pas la vraie beauté de Rome il ne sent pas les arts dont il parle sans cesse il admire de confiance sans discernement. Ne croyez pas que Saint Pierre à première vue trompe son attente au contraire il la dépasse la porte du Panthéon lui paraît sublime. C’ est bien la porte d’un temple c’est bien la porte par laquelle devaient s’écouler les flots des nations que toutes les superstitions de l’univers continuellement poussaient là . Voilà une porte qui dit bien des choses et rappelle un peu cet article du programme de l’ académie de Troyes mettant au concours la statue de Didon Indiquer qu’ elle a fondé Carthage. Est il rien de plus lourd de plus fastidieux de plus irritant que ces lettres du président Dupaty. Ces grands souvenirs que l’ auteur évoque à chaque pas pour les orner de ses grâces élégiaques et de ses mièvreries philosophiques font penser à l’ histoire romaine mise en ballet. Ce n est qu’ ornements froids et méthodiques phrases pompeuses et vides périodes arrondies antithèses cherchées et au milieu de tout cela un perpétuel sourire d’ homme satisfait. Eh bien tel était le goût du temps que ces lettres eurent à leur apparition le plus brillant succès et se croire un homme de génie ». Extrait de : Revue Contemporaine, T49, Apr. 1852-Mar. 1854

En ce qui me concerne j’ai pris un immense plaisir à lire ces lettres qui abordent l’Italie mais aussi Monaco, Nice et Toulon. Dupaty tourne admirablement bien ses phrases, la conclusion est toujours un pur plaisir de lecture. Ses préoccupations (état des galériens, lois et gouvernements) en font un homme engagé profondément contre la royauté (il fit de la prison), pour une justice équitable. Mais la description des monuments et des tableaux est aussi très présente et pleine de charme.

Quelques extraits :

« A Nice, point de moeurs, peu de religion, mais beaucoup de dévotion, c’est à dire d’hypocrisie » (Lettre V)

 » On a dit ,qu’il y’a de la femme dans tout ce qu’on aime ; on peut dire qu’il y’a quelque chose de la Vénus de Médicis dans tout ce qui charme » (lettre XXX)

On trouve sur Internet l’édition originale en vente au prix de 160 €, l’édition expurgée autour de 45 €.

Pour aller plus loin :

Italies. Anthologie des voyageurs français aux XVIIIe et XIXe siècles / Yves Hersant. Laffont, 2007. ISBN 978-2-221-05588-5

Le voyage français en Italie : actes du colloque international de Capitolo – Monopoli, 11-12 mai 2007. Schene Editore ; Editions Lanore, 2007. ISBN 978-2-85157-357-5

Léo Mabmacien