Les marques d’imprimeurs et de libraires dans les livres anciens


Alde Manuce, Robert Estienne, Sebastien Gryphe, Christophe Plantin font partie des grands imprimeurs occidentaux du 16e siècle. Ce que l’on retient immédiatement d’eux est leur marque d’imprimeur : l’encre et le dauphin d’Alde Manuce, l’olivier de Robert Estienne, le griffon de Sébastien Gryphe, le compas de Christophe Plantin… Cet article vous l’avez compris est consacré aux marques d’imprimeurs et de libraires dans les livres.

Une petite définition pour commencer :

« La marque d’imprimeur est un bois gravé utilisé dans les débuts de l’imprimerie par les imprimeurs pour authentifier leur production. Généralement, cette marque apparaît à la fin du volume, sur une page appelée colophon. Lorsque plusieurs livres étaient assemblés à l’intérieur d’une même reliure, la page de colophon permettait de retrouver les constituants du volume et leur origine. » Source : Wikipedia

La marque passera ensuite sur la page de titre quand celle-ci se généralise à la fin du 15e siècle.

Elle apparaît en 1457 à Mayence à la fin d’un psautier, en France en 1483 à Paris. La marque devient obligatoire en France sous François 1er (1547) et se développe fortement. L’usage des marques décline au début du 17e siècle, souvent remplacé par un fleuron. Les marques d’imprimeurs sont rares aujourd’hui, on trouve cependant encore des marques d’éditeurs très connues comme la semeuse de Larousse, le crieur pour les éditions Maspéro, les Presses Universitaires de France ou encore les éditions Allia.

Les premières marques sont très simples (entourage autour du nom) puis deviennent plus ouvragées (vignette avec parfois allusion au nom comme des couteaux pour Gillet Couteau…). Une devise est souvent aussi présente comme on peut le découvrir ci-dessous.

Quelques marques à travers les siècles :


gryphe
Marque au griffon de Sébastien Gryphe

Sébastien Gryphe (Gryphius, Sebastianus) 1493-1556

A exercé de 1524 à 1556 à Lyon

Sa marque : plusieurs marques existent de Sébastien Gryphe,  griffon monté sur le globe ailé de la fortune, cube symbolisant la vertu.

Sa devise : Virtute duce, comite fortuna (avec la vertu pour guide et la vertu pour compagne)

plantin
Christophe Plantin

Christophe Plantin (Christophori Plantini)

A exercé de 1548 à 1589 à Anvers

Sa marque : il existe de nombreuses variantes de sa marque au niveau de l’encadrement. Constante : le compas.

Sa devise : Labore et Constantia (travail et constance)

sphère
marque à la sphère, utilisée au 17e siècle en Hollande par les Elzevier. Ici c’est un livre imprimé par François Halma à Utrecht

Marque très connue et variée utilisée au 17e siècle principalement par la dynastie des Elzevier, imprimeurs hollandais du 17e qui ont exercé à Leyde, à Amsterdam, à Utrecht et autres lieux de la Hollande. Elle était utilisée quand les Elzevier ne désiraient pas que leur nom apparaisse…(contrefaçons…). Le pseudonyme Pierre Marteau a été aussi utilisé à partir de 1660 pour contourner la censure.

Dans cette édition François Halma n’est que l’imprimeur… Sa marque est tout à fait autre. Une contrefaçon  ?

Pour en savoir plus :

Les marques à la sphère : répertoire comparatif des sphères utilisées par les imprimeurs au XVIIe

leers
marque de l’imprimeur à Rotterdam Reinier Leers (avec une faute pour le prénom ?)

Reinier Leers (Regnerus Leers)

A exercé de 1680 à 1709 à Rotterdam

Sa marque : il existe deux marques différentes… comme le montre la notice de la base Marques d’Impressors. Image allégorique de la Vigilance ici avec un casque (?), une pile de livres à gauche et une presse d’imprimerie, initiales de l’imprimeur au dessous.

Sa devise : Tenet meliora (« au meilleur est tenu » ?) .On trouve aussi « Pressa resurget » avec une marque différente, celle qui est présentée ici).


Leonard de la Roche
marque de Leonard de la Roche, rue Mercière à Lyon

Léonard de la Roche, rue Mercière, à l’occasion

A exercé à Lyon (il semble exister peu d’informations sur cet imprimeur)

Sa marque : l’occasion personnifiée par une femme portée sur un globe ailé, tenant une écharpe.

Une très intéressante explication sur le blog Ceci est un test de la figure de l’occasion (= la fortune)

Sa devise : fronte capillata a tergo est occasio calva (que l’on peut traduire à peu près par : « chevelue en devant, et chauve par derrière, ce n’est que par le front qu’on la peut attraper. »

Texte non disponible
Distiques de Caton, en vers latins, grecs et français; suivis des Quatrains de Pilrac De Cato, Pierre Dumoulin, Guy Du Pilrac

robustel
Au palmier pour Charles Robustel

Charles Robustel, Paris, rue S. Jacques, au Palmier

A exercé entre 1690 et 1736

Sa marque : un palmier.

Sa devise : In tempore feret (« dans les temps… » ?)

Calmann
Calmann Lévy

Calmann Lévy

Existe depuis 1836

Sa marque : marque très simple dans un encadrement reprenant les initiales de l’éditeur.

Sa devise : néant

oudin
page de titre d’un ouvrage de Lecène Oudin et Cie

Lecène, Oudin et Cie, société française d’imprimerie et de librairie

fin 19e, début 20e

La marque : initiales avec une plume et un ruban avec devise.

Sa devise : lege sed elige (Lis mais choisis), ce serait aussi la devise de la librairie Van Bulderen, à la Haye, au 18e siècle.

allia
page de titre d’un ouvrage des éditions Allia

Editions Allia

Editeur depuis 1982

La marque : existe depuis 1995, deux cavaliers, « représentant Boris et Gleb, deux saints de l’église orthodoxe connus pour leur amitié », ici l’amitié et le lien entre l’éditeur et l’auteur, entre l’éditeur et le lecteur.

La devise : Idem velle, ac idem nolle (les mêmes désirs et les mêmes répugnances, citation de Salluste).

Pour en savoir plus :

Marques d’imprimeurs des 15e et 16e siècle (Textes rares)

Les marques typographiques d’imprimeurs et de libraires (XVe – XIXe siècle) / Aurélie Vertu. Villeurbanne : ENSSIB, 2004 (Rapports DESSRIDE).

Marques d’impressors

Base élaborée par la Bibliothèque de l’Université de Barcelonne.

Printer’s devices

Base expérimentale et collaborative utilisant les collections de la George A. Smathers Library de l’Université de Floride

A consulter en bibliothèque :

Inventaire des marques d’imprimeurs et de libraires de la collection du Cercle de la Librairie / Paul Delalain. Paris : Cercle de la librairie…, 1892

Léo Mabmacien

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34 réflexions au sujet de « Les marques d’imprimeurs et de libraires dans les livres anciens »

  1. Merci pour cette évocation,
    personnellement j’ai toujours été fasciné par les marques d’imprimeurs esthétiques ou étranges, voire les deux.

    Cela suffit d’ailleurs quelquefois à me motiver pour acheter un livre… je sais je suis bibliomane… mais il y a tant de bibliophiles consciencieux, sérieux ou surtout incupides (tient je sais pas s’il existe ce mot ??) qu’il fallait bien un peu de fantaisie dans ce monde de brute…

    Amitiés,
    Bertrand

  2. Léo,

    Vous avez une idée sur celle-là ? Elle me tarabuste depuis un certain temps et ne trouve pas de source qui la décrive.

    Si vous avez une idée…

    Raphael

  3. @Bertrand : je suis comme vous, il suffit souvent d’une belle page de titre avec une belle marque et je suis tenté ! Même si c’est un banal ouvrage de religion !

    @Raphael : aucune idée, vous êtes sûr que c’est une marque ?

    Léo

  4. Ces fastes d’Ovide ont été imprimés par Antoine Bonnemère vers 1512 pour le libraire Olivier Senant (et trois autres libraires) comme l’indique la mention « pro oliverio senant » sous la marque.

    Cette figure n’est associée à aucun des deux noms dans le Renouard, compulsé via le CERL Thesaurus, d’où l’interrogation…

    …Et c’est vrai qu’il n’y a pas de devise.

    Raphael

  5. Je comptais tellement sur vous et les ressources cachées des bibliothèques…

    Ici où là, les lecteurs sont les mêmes, vive le monde du livre dans sa biodiversité.

    R.

  6. Bonjour Raphaël,
    effectivement, dans le petit monde du livre, les amoureux écoutent aux portes…
    En fait, comme j’en vois beaucoup passer, je pense que ce genre de vignette n’est rien d’autre qu’une illustration, prise comme décor (à la manière des vignettes de Eisen ou Fessard au XVIIIe siècle et qui ornaient les titres des volumes), je ne pense pas à moins de la retrouver plusieurs fois dans différents volumes publiés par le même éditeur-imprimeur, que ce soit une marque « stable » d’un libraire ou d’un imprimeur.
    Evidemment, si tu retrouves cette gravure plusieurs fois dans différents ouvrages publiés par le même, alors, je pense qu’on peut dire que cela devient une « marque » attitrée.
    Ce n’est qu’un avis,

    PS : voici pour alimenter le débat, un bas de page de titre d’un ouvrage imprimé à Orange en 1650. Je vous laisser juge de savoir s’il s’agit d’une simple vignette (très jolie d’ailleurs) illustrative ou bien de la marque de l’imprimeur ?? Voici l’adresse de consultation :

    htttp://www.librairie-amour-qui-bouquine.com/vignette_raban_orange.jpg

    Amitiés,
    Bertrand

    Amitiés,
    Bertrand

  7. @Raphaël… je penche comme Bertrand…

    @Bertrand : oui c’est bien une marque ;-)): trouvé sur Google :

    « Le titre du volume porte la marque du typographe Edouard Raban (un vaisseau agité par la tempête), qui Ecossais d’origine avait exercé à Edimbourg,Marque au Navire et devise. »

    il a semble t’il exercé à Grenoble (si c’est le bon) :

    « A Grenoble, chez Edouard Raban, demeurant à la
    place S. André, proche la porte du Palais, à l’enseigne du Navire »

    Bien cordialement
    Léo

  8. Bertrand : c’est curieux cette histoire d’altesse et d’université à Orange…

    Bertrand et Léo : Jean-Luc Deuffic, le tenancier érudit de Pecia et du Forum Livres anciens me rappelait que Senant était breton. Cette vignette représente peut-être Anne de Bretagne devant Rennes (?) mais quid du lion couronné …?

    R.

  9. A propos d’Orange, principauté longtemps convoitée par la France et qui finalement tomba dans ses mains,
    lire :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Principaut%C3%A9_d%27Orange

    Sinon pour l’université d’Orange, elle est peu connue, mais elle a bien existé, lire ici :

    http://books.google.fr/books?id=PGsh_sRbWbUC&pg=PA417&lpg=PA417&dq=%22universit%C3%A9+d%27orange%22&source=bl&ots=iz9OHNdbBo&sig=_jiIqGnyRjj9u-KRQVFCaiTO0fg&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=2&ct=result

    Bonne lecture,

    B.

  10. Fort intéressant effectivement… merci Bertrand… au fait est ce que j’ai la bonne réponse ?

    Bien cordialement

    Léo

  11. à propos de « “A Grenoble, chez Edouard Raban, demeurant à la place S. André, proche la porte du Palais, à l’enseigne du Navire”

    Là c’est la science de l’ami Jean-Marc qui nous sera indispensable.

    Je le laisse répondre. Pour ma part, je ne connaissais pas cet imprimeur d’Orange avant d’en avoir une impression en main.

    Encore une découverte.

    B.

  12. Bonjour,
    savez vous à qui appartient la marque composée d’un coeur contenant les lettre P et E surmonté d’un coeur ?

    Merci.

    jeremy

  13. Jérémy,

    Auriez-vous d’autres indications à nous donner : titre de l’oeuvre, auteur… ? Sinon c’est fort difficile…

    Cordialement

    Léo

  14. Bonjour,

    Non justement, je n’ai que l’image. Je sais uniquement qu’il s’agit d’un signet d’un imprimeur libraire parisien….

    C’est une énigme dans le cadre d’un concours, voilà pourquoi cette demande bizarre.

    Cordialement

    Jeremy

  15. @Jeremy :

    aucune idée… si des lecteurs ont une piste ?
    Sinon allez faire un tour en bibliothèque pour consulter par exemple :

    Dictionnaire des imprimeurs, libraires et gens du livre à Paris (Droz, 2007)

    Les marques typographiques parisienne des 15e et 16e siècle (Champion 1926-1928)

    Répertoire d’imprimeurs libraires (vers 1500-vers 1810) édité par la Bibliothèque nationale de France

    etc…

    Cordialement
    Léo

  16. Bonjour,

    Sur les marques typographiques je suis l’auteur du blog marcasdeimpresor.blogspot.com. Ici je traite de proportionner information sur marques et autres identificateurs du livre ancien, surtout espagnoles mais aussi d’autres pays européens. J’espère que cette information vous soyez utile.

    Cordialement,
    Carlos

  17. bonjour à tous je cherche la marque d’imprimeur de la famille David, imprimeurs à Aix. Elle est vrément très difficile à trouver. Merci.

  18. Bonsoir Muriel,

    Effectivement elle a l’air plutôt difficile à trouver. Si un lecteur ou une lectrice possède cette marque n’hésitez pas !

    Bien cordialement
    Léo

  19. Bonjour,

    et pour quoi est si difficile le trouver? Je ne sais rien sur ces imprimeurs, mais ce livre peut être utile: Gilles Eboli Livres et lecteurs en Provence au XVIIIe siècle – Autour des David, imprimeurs-libraires à Aix
    Atelier Perrousseaux 2008

    Carlos

  20. Bonsoir,
    Alexandre Petitjean était effectivement imprimeur/graveur à Paris dans les années 50. Il était domicilié dans le 13 ème arrondissement (Boulevard Arago) et possédait une imprimerie dans ce secteur. La bio indiquée plus haut n’est pas la sienne. Il est décédé en 1957 si j’ai bonne mémoire.
    Pour la petite histoire c’est feu mon beau-père mais je ne l’ai pas connu.
    Cordialement,
    Thierry

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