L’art du livre arabe : du manuscrit au livre d’artiste


artarabe

 

Je voudrais évoquer avec vous cette très belle découverte qu’est l’art du livre arabe par l’intermédiaire d’un magnifique ouvrage édité et publié par la Bibliothèque Nationale de France :

L’art du livre arabe : du manuscrit au livre d’artiste / Sous la direction de Marie-Geneviève Guesdon et d’Annie Verbat-Nouri. Paris : Bibliothèque nationale de France, 2001. ISBN 2-7177-2168-1 (43 €)

Ce catalogue a été publié à l’occasion de l’exposition du même nom qui a eu lieu sur le site Richelieu, galerie Mazarine, du 9 octobre 2001 au 13 janvier 2002.

Une exposition en ligne est par ailleurs disponible et hautement recommandable.

Cet ouvrage évoque l’art de la calligraphie, de l’ornementation et des peintures dans les livres (« kitâb » en arabe) à travers les manuscrits, les livres imprimés et le livre d’artiste,  domaines que l’on connaît fort peu en France.

La BNF a puisé dans ses réserves (plus de 7200 manuscrits) pour nous montrer quelques 150 pièces majeures agrémentées de prêts extérieurs. On pourra regretter la très faible présence des pays concernés, c’est à dire d’où proviennent les manuscrits et les ouvrages et qui sont rentrés par achats, dons ou autre (prise de guerre…).

Le monde arabo-islamique a produit de merveilleux ouvrages, luxueux, souvent religieux (le Coran avant tout) et possédant une forte esthétique au niveau textuel (calligraphie).

L’écriture a une triple fonction : religieuse, utilitaire et ornementale. L’écriture et la calligraphie sont deux termes différents (l’occidentaux n’en voyant souvent qu’un seul) selon leur destination.

Son ère est comprise dans ce qui forme le Proche-Orient, le Moyen-Orient, le Maghreb.

L’ouvrage se découpe en plusieurs parties : présentation du monde arabe du début de l’hégire jusqu’à nos jours, manuscrits et bibliothèques, la transmission des textes, présence des autres traditions, papyrus parchemin et papier, écritures, décors, peintures, reliures, livres imprimés et pour finir des regards d’artistes contemporains sur le livre et l’écriture.

Sans oublier les annexes qui comportent une importante bibliographie.

le règne du manuscrit

Tout de suite une chose nous frappe… l’omniprésence du manuscrit qui règne sans partage jusqu’au début du 19e siècle !

L’impression sur caractères mobiles ne se développera qu’en 1729 à Istanbul (actuelle Turquie), qu’en 1822 en Egypte, en Palestine en 1830 (caractères hébraïques) et 1848 (caractères arabes), en Algérie en 1830 (importé par les français colonisateurs !), en Tunisie en 1849 (là aussi par des européens), en Irak en 1859, en Arabie Saoudite en 1882, au Yémen en 1877.

Dans ce livre le manuscrit occupe donc plus des trois quarts des illustrations ! Étonnant quand on sait que le papier était utilisé déjà par les arabes au 8e siècle après JC, bien avant les occidentaux. Il ne faut pas voir là quelque retard mais des raisons techniques, religieuses, politiques, économiques et culturelles.

En ce qui concerne les raisons techniques l’écriture arabe posait de sérieux problèmes mais dès le 16e siècle, des imprimeurs comme Robert Granjon avaient réussi à composer des caractères mobiles.

L’auteure nous explique que les vrais raisons sont ailleurs : présence de milliers de copistes, prestige de l’écriture, l’arabe est considéré comme la langue de la révélation coranique pour les musulmans, tradition, interdiction par certains sultans… C’est pourquoi seul en occident se développa les impressions avec des caractères mobiles à destination de lettrés et de savants ou pour prosélytisme.

Autre découverte fort intéressante : l’utilisation massive de la lithographie au 19e siècle qui va amener en douceur  l’usage des presses typographiques dans le monde arabe. La lithographie permet en effet de dessiner sur une pierre calcaire de manière très simple et souple ce qui correspondait parfaitement aux formes de la calligraphie arabe.

Pour l’amateur(trice) de livres anciens on découvre et on apprécie les belles reliures (à rabat, le décor aux plats avec une mandorle en son centre…), on apprend que le dos ne recevait pas de pièce de titre ni de tomaison mais que le titre figurait sur la tranche de queue (les livres étaient rangés à plat), on admire les riches et magnifiques pages tapis, les différentes écritures…

Pour les bibliothécaires (plus particulièrement) il est question du don avec le waqj, « acte juridique par lequel une personne, pour être agréable à Dieu, met hors du commerce une partie de ses biens » (Source : l’art du livre arabe). Les livres et particulièrement les corans peuvent ainsi être donnés aux bibliothèques des mosquées. Chaque don porte alors le nom du donateur, la date… et aussi la mention waqf. Intéressant non ?

Une lecture vivement recommandée.

Léo Mabmacien

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