Memento mori : souviens-toi que tu dois mourir !


 

vignette momento mori

Je voudrais évoquer avec vous cette intéressante vignette qui orne un livre du 18e in-folio consacré aux commentaires de la Bible.

A l’opposé du « carpe diem » (« cueille le jour ») le memento mori a pour but de nous rappeler que nous sommes mortels et que nous devons nous préparer à la mort. Bigre on rigole moins !

Ici la vignette nous invite à faire un choix (elige : choisis) : d’un côté la vie (sous la croix) de l’autre la mort assurée (en enfer !).

Allons -y pour un petit descriptif :

Un squelette (=  la mort) est disposé à gauche avec une pelle (creuse la vie ?) souriant et proposant la vie (vitae). Dessous l’inscription « Huc crux ducit » (« ici la croix te conduit ») avec une branche qui traverse un serpent qui mord sa queue. La branche pourrait être un rameau d’or, « symbole universel de régénérescence et d’immortalité » (Dictionnaire des symboles). Le serpent qui se mord la queue représente l’infini (la spirale sans fin). Ce symbole s’appelle l’ouroboros. L’ouroboros symbolise l’éternel retour, mais aussi l’alliance entre ciel et terre, entre bien et mal (le serpent symbolisant les forces du mal pour le christianisme), entre le jour et la nuit…

L’autre squelette, beaucoup moins accueillant porte une faux (elle égalise tout ce qui est vivant !). De plus l’épée qui traverse le cercle porte l’inscription (et mortis : « et la mort »). Au dessus du cercle formé par le serpent on trouve une tête de mort (encadré par le mot » éternité » : aeternitas) portant des ailes et l’inévitable sablier, « symbolisant la chute éternelle du temps », donc l’avancée vers la mort. Ce qui est intéressant avec le sablier c’est la possibilité de le retourner, donc la possibilité de renverser notre manière d’agir. Soit un passage étroit entre le vide et le plein,  donc passage du supérieur dans l’inférieur (du céleste au terrestre) et inversement.

La tête symbolise nous dit le Dictionnaire des symboles « l’esprit manifesté, par rapport au corps qui est une manifestation de la matière ». La tête est comparable à un univers (dixit Platon).

Pour ce qui est des ailes la tête de mort ailée plane au dessus de la condition des hommes et nous invite à choisir.

Enfin la phrase « Momentum unde pendet » que l’on pourrait traduire (je ne suis pas fort en latin, toutes mes excuses) en gros par  » moment où l’on  est suspendu, dans les airs »). Et la boucle est bouclée, le salut vient de la prise de conscience de sa mort prochaine et du choix que l’on fait dans notre vie (pour les chrétiens).

Je finirais en évoquant le quotidien le Père Duchesne publié pendant la révolution française (disponible en ligne sur Gallica)  qui portait une vignette sur certains numéros avec l’inscription « Memento mori » : « souviens-toi que tu es mortel ». Mais l’intention n’était pas la même. En effet la vignette représente  « un homme à moustache, sabre au côté et une hache levée sur un prêtre qui le supplie à deux mains' » (Source Wikipedia).

Bien à vous.

Source

Dictionnaire des symboles / Jean Chevalier ; Alain Gheerbrant. Paris : Robert Laffont, 1994 (Bouquins)

Léo Mabmacien

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8 réflexions au sujet de « Memento mori : souviens-toi que tu dois mourir ! »

  1. St-Augustin soufflerait un alternatif : « momentum unde pendet aeternitas » = un moment dont dépend l’éternité.

    Le squelette heureux à la pelle me rappelle ce que disait Montaigne : « Je veux que la mort me trouve plantant mes choux, nonchalant d’elle et de mon jardin imparfait. »

    …et de ma bibliothèque incomplète ?

    Merci pour ce rappel à l’ordre à la sagesse.

    Raphael

  2. Quand une vignette en dit plus long qu’un texte… Merci pour cette description. L’idée pourrait être renouvelée et élargie aux enseignes de libraires du 17eme siècle (Pierre Le Petit, etc…) qui sont une mine d’informations suggérées. Pierre

  3. Je ne suis pas certain qu’il faille opposer de façon aussi frontale « Carpe diem » et « Memento mori ».
    Après tout, on peut vouloir profiter d’autant plus de la vie qu’elle se termine par la mort. Soit, comme l’a formulé le philosophe Pierre Desproges (1939-1988) dans le titre de l’un de ses ouvrages, « Vivons heureux en attendant la mort »…

  4. @Pierre : effectivement les vignettes sont très intéressantes à analyser… je l’ai fait pour quelques unes dans un précédent article…

    @JC Brochard

    Je rajouterai bien celle-ci : « la mort ne m’aura pas vivant » (Jean Cocteau)… ;-)

    Léo

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