Voyage de Suisse, d’Italie et de quelques endroits d’Allemagne et de France par Gilbert Burnet


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Voyage de Suisse, d’Italie, et de quelques endroits d’Allemagne & de France, fait és années 1885 [sic], & 1686. / par G. Burnet,… Avec des remarques d’une personne de qualité touchant la Suisse & l’Italie. Dernière édition, revue, corrigée, & augmentée d’un indice des principales matières. Sur la copie, A Rotterdam, chez Abraham Acher, 1690. In-12

Je voudrais évoquer avec vous un récit de voyage du 17e siècle écrit par Gilbert Burnet (1643-1715), historien et théologien écossais. Il est écrit sous forme épistolaire (pour la forme : c’est à la mode à cette époque !) et relate les voyages de l’auteur en France (quelques pages), en Allemagne mais surtout en Suisse et en Italie. Protestant il en profite pour dire tout le bien qu’il pense des papistes et de la France qui vient en 1685 de révoquer l’Edit de Nantes.

Il faut dire que Gilbert Burnet a dû se réfugier dans les Provinces-Unies suite à de « trop grandes démonstrations » contre le catholicisme. C’est là qu’est bien sûr écrit et imprimé cet ouvrage. Il va ausi pendant son séjour forcé se rapprocher de Guillaume III,  Prince d’Orange et l’aide à monter sur le trône en 1689 au Royaume-Uni. « Pour service rendu » il est nommé évêque de Salisbury. On lui doit également une importante histoire de la Réformation en Angleterre (History of the Reformation of the Church of England).

détail amusant : l'un des fleuron est à l'envers !
détail amusant : l’un des fleuron est à l’envers !


L’édition originale est parue en anglais en 1686 à Rotterdam chez Abraham Acher (Some Letters containing an account of what seemed most remarkable in Switzerland, Italy, etc. written by G. Burnet) et eu du succès puisque l’on compte 4 éditions et rééditions en français (toujours chez le même éditeur) en 1687, 1688, 1690 et 1718 (en 2 volumes).

Extrait de la notice biographique et bibliographique du Dictionnaire historique et bibliographique de l’Abbé Ladvocat :


L’édition que vous avez sous les yeux est une contrefaçon genevoise. Ce n’est pas moi qui le dit mais la notice extraite de la base de données élaborée par le Centre de recherches sur l’histoire du livre au 17e siècle à Lausanne (Livres interdits et censure au 17e siècle).

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais la page de titre porte la mention « sur la copie » ce qui permet tout de suite de dire que le livre est contrefait. On peut aussi noter l’erreur de date sur la page de titre ou 1685 est transformé en 1885 (corrigé sur notre exemplaire !). Après pour connaître le lieu réel il faut se pencher sur la typographie et les ornements. Ainsi le bandeau ci-dessous (le seul du livre) indique son origine genevoise selon la notice : « il a appartenu à l’atelier de J.H. Widerhold et est utilisé par un de ses successeurs » (Source : Livres interdits.org).

voyage suisse avertissement
L’avertissement et son fameux bandeau

Pour la typographie rien n’est précisé mais je peux dire que l’impression n’est pas fameuse ce qui est souvent le cas des contrefaçons.

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Petit aperçu de la table des matières

En tout cas ce récit de voyage est très intéressant à lire même si parfois l’auteur se lance dans de longs détails théologiques.

Voici quelques extraits pour le plaisir :

sur les femmes en Suisse (page 29)

« Leur ménage les occupe si fort, qu’elles n’ont pas le loisir de penser à autre chose. Un savant médecin me disoit là-dessus, qu’il croyait trouver dans cette conduite, la raison pour laquelle les femmes de ce pays-là ne sont point sujettes à ces vapeurs que toutes les autres femmes connoissent tant : car, disoit-il, ces vapeurs ne provenant guère que d’une vaine oisiveté, qui engendre dans la tête des femmes mille chimères, et bien souvent des amourettes ; il n’y a pas lieu que celles qui agissent en puissent avoir, parce que le travail qui épure leur sang les portant au sommeil, elles n’ont point de temps pour penser ni à l’amour, ni à rien d’approchant » (quel programme : boulot, dodo !).

Les femmes en Italie sont encore moins bien loties (page 235)

 » Elle ne se mêlent d’aucunes affaires de la maison, et pour l’ordinaire ne savent faire aucune sorte d’ouvrage, de sorte qu’on m’a assuré que c’étoient les plus sottes créatures du monde. Elles sont aussi vicieuses qu’autre part, mais elles le sont avec une niaiserie tout particulière »… (etc etc… et dire qu’il a été marié !).

sur la bibliothèque de Saint Marc à Venise (page 212)

« Je fus fort étonné de voir que la bibliothèque de S. Marc étoit si peu considérable ; car à la vérité son antichambre est pleine de statues de grand prix, et le plafond de sa chambre où elle est, est enrichi de diverses pièces renfermées dans des cadres,  lesquelles sont des premiers maîtres du monde ; mais pour ce qui s’appelle la Bibliothèque, on n’y voit rien qui réponde à toute cette magnificence ; car tous les manuscrits grecs sont de nouvelle date, au moins j’en feuilletai plusieurs et je n’en vis aucun qui eût plus de 500 ans d’antiquité. Véritablement on me dit qu’on avoit accusé le dernier bibliothécaire d’avoir soustrait plusieurs manuscrits : sur quoi ayant été mis prisonnier par l’ordre des Inquisiteurs, il s’étoit empoisonné, prévenant par-là le châtiment qu’on lui faisoit craindre »  (sourire).

sur les maisons de Venise (page 236) et la cuisson du pain

« Pour ce qui est des maisons, elles n’ont rien d’agréable à Venise, car l’architecture y est trop uniforme (…) Ils ne font point lever leur pain, ainsi il est très pesant, et comme ils chauffent le four beaucoup plus qu’il ne faut, la mie en est comme de la terre, et la croûte comme de la pierre » (diantre !).

sur le papisme (pages 120 et 446)

Après la déroute d’une armée de papistes qui prirent peur dans le brouillard en confondant une armée de protestants avec un bois : « Cela peut fair voir en passant quel est l’esprit du papisme, et combien il est inquiet. Les personnes de qualité de ce parti le savent bien, faisant ce qu’elles peuvent tous les jours pour tenir leurs gens dans la modération ; mais sans pouvoir y gagner grand chose, ce qui les a obligez à m’avouer que les Protestants ne sont pas si remuants que les Catholiques ».

« Il n’y a assurément guère de Peuples qui soient plus misérables que ceux qui vivent sous la domination du Pape » (il évoque la taxe sur le blé).

sur Ferrare et le manque d’habitants (page 254)

« il arrive de là que tout est plein d’eaux croupissantes et de boues qui infectent l’air, comme cela se voit dans ce beau et vaste pays de la campagne de Rome et dans tous les pays de l’obéissance du Pape, lesquels ne sont dépeupler pour autre cause que pour la sévérité du gouvernement ; c’est à dire pour des taxes fortes… »

sur Strasbourg (page 389)

« la plus belle ville qui soit sur le Rhin est Strasbourg (…) Il n’est pas nécessaire de vous rien dire de la hauteur et de l’architecture gothique tant de la Tour, que de la grande Eglise (…)  Les bas reliefs qui sont sur les Chapiteaux ne sont pas fort apparents (…) on ne laisse pas d’y remarquer encore diverses choses qui y sont représentées et autre autres une procession en laquelle un pourceau emporte le bénitier avec l’eau bénite, et force pourceaux et ânes suivent en habits sacerdotaux (…).  (Cette évocation qui se poursuit serait une bataille entre clergé séculier et moines mais comme le dit l’auteur : ce n’est pas de moi mais de mon bon ami qui m’ a rapporté cela… encore une pique !).

Et pour finir une petite critique :

Pour aller plus loin

Le livre de Burnet mais en anglais à consulter ou télécharger en ligne. On peut comparer avec la version française ;-)

D’autres ouvrages en ligne sur le site Internet Archive.

Léo Mabmacien

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Une réflexion au sujet de « Voyage de Suisse, d’Italie et de quelques endroits d’Allemagne et de France par Gilbert Burnet »

  1. Si l’on considère que Burnet s’est trompé dans ses jugements sur les femmes, il est aussi vraisemblable qu’il se soit trompé sur son jugement des catholiques…
    Merci, mon Dieu !
    Le premier qui ose affirmer que la gente féminine est peuplée d’oisives bécasses sera excommunié… Pierre

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