Le parfait libraire (manuel du libraire au 19e siècle)


Après avoir vu en détail le métier de bibliothécaire tel qu’il était envisagé au 19e siècle, il est intéressant de se pencher sur un confrère, le libraire. Pour aborder ce noble métier penchons nous sur un manuel :

Manuel du libraire, du bibliothécaire et de l’homme de lettres, ouvrage très utile aux bibliophiles, et à tous ceux qui achètent des livres / par un libraire [Pierre Chaillot]. Paris : Thoisnier-Desplaces, 1829

Pour information le Bibliomane moderne en a déjà parlé dans un précédent article.

Ce manuel a été rédigé par Pierre Chaillot (1782-1853), imprimeur libraire à Avignon (1809-1845 pour sa période d’activité). Outre ce manuel (paru sous pseudonyme) on lui doit notamment une Histoire des opérations de l’armée royale (1816), une Histoire des révolutions de France (1817) et une Histoire d’Avignon et du Comtat Venaissin (1818).

Composé avec des ciseaux (dixit l’auteur) Pierre Chaillot a rassemblé tout ce qui pourra instruire nos libraires. Après avoir retracé l’apparition de la librairie en France (mention de libraire en 1275) on arrive aux devoirs et qualités d’un bon libraire :

Une partie de son travail consiste à correspondre avec des collègues français ou étrangers pour diffuser les livres qu’il publie et en recevoir en échange.

Le libraire a donc la charge de vendre des livres mais aussi sa propre production. Le libraire est alors aussi souvent imprimeur et / ou éditeur. Il peut avoir recours à des imprimeurs extérieurs pour certains travaux.

La suite du manuel  s’adresse en fait aux commis du libraire qui ont un rôle important : le commis peut être chargé de la tenue des livres de comptes, du bon entretien du magasin (nettoyage, rangement), de la vente, de la réception des feuilles reçues et de leur bon collationnement (les ouvrages arrivant en feuilles à l’époque, il s’agit de vérifier que toutes les feuilles sont bien là) , de la protection des ouvrages par des maculatures (feuilles gâtées ou tachées). Le commis doit aussi surveiller l’envoi des articles pour la reliure et surtout il plie et relie les livres vendus brochés. Il doit aussi savoir étendre le papier imprimé qui sort de l’imprimerie (comme le linge ;-)) et savoir l’assembler en cahiers.

Le manuel revient sur le libraire  qui doit connaître la langue allemande, anglaise et italienne mais aussi :

« il faut de plus qu’il soit honnête et de bonne conversation : qu’il ne cherche point à tromper en vendant un livre pour un autre , une mauvaise édition pour une bonne , un livre imparfait pour un livre complet : qu’il fréquente les savans , les curieux de livres ; qu’il n’en impose à qui que ce soit sur les instructions qu’on lui demande : qu’il ait le talent d’étudier le goût du public, de s’y conformer, de lui faire connaître les livres qui peuvent lui convenir , de lui faire naître enfin l’envie de se former une bibliothèque considérable, en commençant par une partie et l’amenant insensiblement à une autre. »

On retrouve bien là le rôle de conseil du libraire, le fait qu’il doit être au courant de ce qui paraît et de ce qu’il propose à la vente, le fait qu’il doit s’adapter à la demande du public.

Le libraire a aussi la charge d’établir des catalogues de vente, soit courants soit suite à un décès (c’est lui qui se charge de la vente). L’auteur propose d’ailleurs une méthode fort intéressante pour dresser un  » inventaire » (qui fera l’objet d’un article futur).

Rien n’est dit par contre sur l’aménagement de la librairie, de la gestion des stocks.

Un petit chapitre est ensuite consacré à l »emballage des livres par les commis :

Les autres parties du livre sont consacrées au bibliothécaire, à l’homme de lettres, à un dictionnaire de termes de la librairie et des belles lettres, à la législation de la presse.

En guise de conclusion

Le métier de libraire au début du 19e siècle est assez proche de celui du bibliothécaire : connaissance des livres, de l’imprimerie, des langues, culture générale, curiosité, réseau de connaissances. Le ou les commis jouent un rôle important au sein de la librairie. La fonction d’imprimeur va se dissocier de celle de libraire au cours du 19e siècle tout comme celle d’éditeur, en une fragmentation et une spécialisation de ces fonctions et métiers.

Pour comparer avec le métier de libraire aujourd’hui (en pleine révolution) je vous invite à lire la fiche proposée par le CIDJ (Centre d’information et de documentation jeunesse).

Pour aller plus loin

– Le métier de libraire / Institut national de formation de la librairie et le  Syndicat de la librairie française. Paris : Ed. du Cercle de la Librairie :

Tome 1 : La gestion de stock. ISBN 978-2-7654-0964-9

Tome 2 : La production de l’assortiment. ISBN 2-7654-0933-1

Version numérisée du manuel sur Google Books

Léo Mabmacien

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3 réflexions au sujet de « Le parfait libraire (manuel du libraire au 19e siècle) »

  1. Il doit y avoir à peu près autant de profils de libraires que de bibliothécaires.

    Le libraire « idéal » tel que vous nous le présentez ne devait pas, comme il le fait maintenant, transporter deux palettes de papier et une camionnette d’ouvrages référencés avant la rentrée scolaire. Il ne devait pas passer son temps au téléphone pendant le mois d’aout où le personnel municipal est en vacances pour faire signer aux mairies les bons de commande nécessaires. Il ne devait pas répondre aux demandes les plus hallucinantes des lycéens en devoir de lire. Il ne devait pas jouer avec les agios pour que les banquiers financent son stock.

    Je dois avouer que j’ai pensé, à un moment, à devenir ce type de libraire. J’y ai renoncé car ce métier me semble ingrat. La librairie ancienne a cet avantage qu’elle nous laisse notre libre arbitre et qu’elle nous laisse un peu l’illusion d’être des libraires du temps passé.

    Pierre

  2. Il ne manque plus que le commis pour porter les livres…. ;-))

    D’accord avec vous Pierre, la librairie ancienne est plus agréable, mais pensez à l’angoisse de la vente aux enchères, aux clients difficiles ou lointains (par internet)… :-))

    Une anecdote : j’étais il y’a peu en visite à Paris et j’ai voulu aller voir un libraire (que je ne nommerai pas ici) qui a une vitrine en dur et qui propose ses livres par internet.).. Il fait aussi un catalogue papier… Et je suis très mal tombé et reparti bredouille, le libraire m’a complètement refroidi par son non-accueil… Comme quoi il faut parfois mieux passer par internet ;-))

    Léo

  3.  » Il (le libraire) faut de plus qu’il soit honnête et de bonne conversation  » . Cela va sans dire…

    Internet permet aux atrabilaires misanthropes de partager leur passion pour le livre mais, pour moi, l’investissement dans une boutique, qui correspond d’un point de vue gestion à l’entretien d’une « danseuse », mérite au moins qu’on y consacre un peu de sa bonne humeur si’l’on en a.

    Il arrive que votre femme vous mette de mauvais poil (sic). Ce n’est pas une raison pour en rendre le client responsable…

    Pierre

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