Papier vergé versus papier vélin


exemple de papier vergé
exemple de papier vergé
papier velin fin 19e
papier velin fin 19e

Vous aurez sûrement remarqué que les pages d’un livre ancien laissent voir apparaître des bandes horizontales et verticales (il suffit de regarder une feuille à la lumière). Ce sont les fils de chaîne (lignes verticales) et les vergeures (prononcez « verjures », lignes claires horizontales). On appelle ce papier le papier vergé. Attesté et utilisé depuis le 13e siècle en Italie, le papier vergé doit son nom aux fils de laiton utilisés, formant un tamis entouré d’un cadre de bois, permettant en puisant la pâte dans une cuve d’avoir une feuille de papier.  On obtient un papier à la forme ou à la feuille.

Précision importante : le texte ci-dessus se trompe en parlant de pontuseaux qui sont en fait des fils de chaîne « qui sont les fils en métal qui forment le tamis avec lequel est fabriqué le papier. Les pontuseaux sont les baguettes de bois qui soutiennent les vergeures et les fils de chaine » (Wikipedia). Pour en savoir plus je vous invite à lire l’article de Jean-Pierre Gouy.

Utilisé jusqu’ au début du 19e siècle le papier vergé commence à être remplacé à la fin du 18e siècle en France par un autre type de papier, appelé le papier vélin. Le papier vélin est uni, sans vergeures ni fils de chaîne, lisse et sans grain, rappelant la peau de veau mort-né (le vélin) utilisé comme parchemin grâce à l’utilisation d’une fine toile métallique. D’où son nom.  Inventé et mis au point par John Baskerville en 1750 en Angleterre, il faut attendre 1780 pour que les frères Didot,  François-Ambroise (Didot l’aîné, 1730-1804) et son frère Pierre-François (Didot le jeune, 1732-1795) impriment sur du papier vélin. Les Didot auront d’ailleurs maille à partir avec le fabricant de papier peint Réveillon qui revendique la priorité de cette innovation. Il est intéressant de noter que Réveillon fut aussi à l’origine d’un événement déclencheur de la révolution française. Ce fut l’affaire Réveillon.

Pour en revenir au papier vélin il convient parfaitement avec les nouveaux caractères d’imprimerie dus à François Ambroise Didot, caractères dont la légèreté et la finesse ne pouvaient convenir avec un papier vergé. Papier à la forme, le papier vélin restera un produit de luxe, utilisé pour des tirages limités. Il faudra attendre l’invention de la machine à papier en continu (en cylindres), de la stéréotypie (clichage), de la lithographie… pour que l’usage du papier vélin devienne courant et supplante le papier vergé.

Aujourd’hui le papier vergé (produit industriellement) reste utilisé dans la correspondance et est considéré comme un « produit de luxe » (alors qu’avant c’était le contraire !).

Quelques sources :

L’Art de faire le papier par M. de Lalande (livre en ligne)

La fabrication du papier à la forme ( à la feuille) et à la machine à la fin du 19e siècle

Les trois révolutions du livre : catalogue de l’exposition du Musée des arts et métiers, 8 octobre 2002 – 5 janvier 2003. Paris : Musée des arts et métiers : Imprimerie nationale, 2002

Léo Mabmacien

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14 réflexions au sujet de « Papier vergé versus papier vélin »

  1. Excellent article !

    Et c’est amusant de constater que les premiers papiers vélin étaient des papiers de luxe… C’est avec les procédés industriels de fabrication et l’utilisation d’acides blanchissants donnant ces rousseurs déprimantes que le vélin a perdu de sa réputation à la fin du 19eme siècle .

    Jean de Bonnot a bien compris que l’image du papier vergé était aujourd’hui valorisante en réimprimant sur ce type de papier vergé des ouvrages qui ne l’étaient pas à l’époque et je pense par exemple au « Paris d’Auguste Vitu » (1900).

    Pierre

  2. Merci Pierre…

    Aurons nous le même phénomène avec le « ebook » et la version papier… c’est à dire des livres papiers qui deviennent rares et bien imprimés (de luxe) et des livres imprimés à la demande (« impression numérique ») et de faible qualité ?

    Cordialement
    Léo

  3. On voit les pontuseaux qui retiennent la pate à papier, mais pourquoi ne voit-on pas le fin treillis métallique des papiers vélin ? Hein , mon cher Watson ?

  4. Très bonne question Textor ;-)
    en gros :
    « emploi d’une toile métallique à la place d’un grillage de fils de laiton… + trituration plus importante de la pâte »

    Dans le livre « Filigranes : et autres caractéristiques des papiers fabriqués en France aux XVIIe et XVIIIe siècles » il est indiqué que les premiers papiers vélin fabriqués à la forme présentaient de légères traces qui furent supprimées par un meilleur apprêt de la feuille (avec un marteau ou une lisse). Après avec le développement des machines à papier à rouleau, les traces disparaîtront complètement.
    Voilà ;-))

    Bien à vous
    Léo

  5. Claire, précise, documentée, voilà une réponse sans appel. Merci Léo !
    Du coup, je tente une autre question : Est-ce que ce Barkerville-là aurait un rapport avec la police ?

    Textor

    PS : je veux parler de la police de caractère, bien sur, et non pas de sherlock Holmes…

  6. Cet homme-là était vraiment extraordinaire, papier, encre, caractères, il était à tous les échelons de la chaine graphique. Il ne lui manque plus que d’être l’auteur des textes qu’il imprimait ! N’est-il pas l’auteur du chien des Baskerville ?
    Bonne nuit !

    Textor sur papier vélin.

  7. Bonjour,
    Pourriez-vous me préciser si le « papier-vergé » était
    le seul existant au début du I6ème siècle?
    En effet, je possède une esquisse de Raphaël sur papier
    assez mou, souple et d’aspect filandreux, avec en transparence
    une sorte de « treilli » assez serré, un peu comme une toile
    de peintre de cette époque…
    Serait-ce alors un « vélin », donc I9ème?
    Merci beaucoup de votre obligeante attention.
    Dominique

  8. Bonjour Dominique
    Pourriez-vous me faire parvenir une photo en transparence de votre esquisse ? Au 16e il ne peut y avoir de papier vélin en France. Certains ouvrages peuvent être en parchemin (peau). Je n’en sais rien pour les estampes. Après je ne connais pas bien mais vous avez aussi le papier japonais, chinois, d’extrême orient…

    Léo

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