Les époux malheureux ou Histoire de Monsieur et Madame de la Bedoyère


Les époux malheureux

Les époux malheureux ou Histoire de Monsieur et Madame de La Bedoyère / [François Thomas Marie de Baculard d’Arnaud]. A Avignon : [s. n.], 1746. 4 parties en un volume in-12

Auteur du 18e siècle aujourd’hui oublié, François Thomas Marie de Baculard d’Arnaud (1718-1805) est l’auteur de poésies, de pièces de théâtre et de romans. Il introduit au théâtre le spectacle d’épouvante avec notamment Le Comte de Comminges. L’Encyclopédie Larousse le donne comme précurseur du mélodrame et du roman noir. Il eut un grand succès à l’époque mais finit sa vie dans la misère. Voici un de ses romans les plus célèbre publié à Avignon avec une marque à la sphère, sans nom d’auteur et d’éditeur en 1746. Publié un an après l’édition originale (La Haye [Paris], 1745), ce roman comptera une soixantaine d’ éditions au 18e siècle.

L’histoire raconte les infortunes du chevalier de la Bédoyère et d’Agathe Sticotti, actrice épousée contre la volonté de son père. Un thème classique mais efficace, relatant la puissance de l’amour face à un destin tout tracé (amour de raison). Roman larmoyant pour le Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire mais utile à posséder comme spécimen du genre nous dit-on !

un style très sentimental pour une histoire qui se finit mal !
un style très sentimental pour une histoire qui se finit mal !

Notre auteur fait allusion à une affaire vraie (il l’évoque dans le discours préliminaire de la 3e partie) comme on peut le lire dans la notice consacrée à La Bédoyère par Michaud dans sa Biographie universelle ancienne et moderne :


une critique :

Voici une critique parue dans la Revue des Romans en 1839 sous la plume d’Eusèbe Girault de Saint-Fargeau que je trouve juste. On notera aussi la bibliographie de ses oeuvres.


« LES ÉPOUX MALHEUREUX, ou Histoire de M. et Mme de la Bédoyère, in-12, 1745. Nouv. édit., 2 vol. in-12, 1783. — Ce roman offre en général plus de discours que d’action ; les mêmes situations, les mêmes réflexions sont reproduites trop souvent. Il y règne une teinte sombre un peu trop uniforme. L’auteur, qui ne sait pas s’arrêter, épuise le sentiment et ne le laisse pas respirer ; il pèche par un excès de pathétique, par une surabondance de sensibilité qui devient parfois fatigante. Dans cet ouvrage, comme dans tous les suivants, d’Arnaud a cherché à rendre les hommes meilleurs, en exerçant cette sensibilité ; et s’il n’y a pas réussi, on doit au moins lui savoir gré de l’intention. Ses autres productions sont :

Andelson et Salvini, anecdote anglaise, in-8, 1772. — Thérésa, histoire italienne, in-12, 1745. — Bal (le) de Venise, in-12, 1747. Réimprimé sous le titre : Amour, ce sont là de tes jeux ! — Sidney et Silly, ou la Bienfaisance et la Reconnaissance, in-12, 1766. Réimprimé sous le titre de Sidney et Volsan. — Batilde, ou l’Héroïsme de l’amour, in-8, 1767. — Clary, ou le Retour à la vertu récompensé, in-8, 1767. — Julie, ou l’Heureux Repentir, in-8, 1767. — Lucie et Mélanie, ou les Deux sœurs généreuses, 1767. — Nancy, ou les Malheurs de l’imprudence et de la jalousie, in-12, 1767. — Selicourt, nouvelle, in-8, 1771. — Anna Bell, in-8, 1770. — Épreuves (les) du sentiment, 12 vol. in-8 ou 12 vol. in-12, 1772. — Bazile, anecdote française, suite des Épreuves du sentiment, in-8, 1773. — Nouvelles historiques, 2 vol. in-8, 1777. — Les Délassements de l’homme sensible ; 24 parties, 12 vol. in-12, 1786 et suiv. — Histoire de l’infortuné comte de Comminge et d’Adélaïde de Lussan, 2 vol. i-12. — Les Loisirs utiles, 2 vol. in-8, 1793. — Sargines, ou l’Élève de l’Amour, in-8, 1793. — Les Matinées, nouvelles anecdotes, 3 vol. in-12, 1799. — Fanny, ou la nouvelle Paméla. — Denneville, ou l’Homme comme il devait être, 3 vol. in-12, 1802. — Lorimon, ou l’Homme tel qu’il est, 3 vol. in-12 ou in-8, 1802. — Eustasia, histoire italienne, 2 vol. in-12, 1803. »

Et pour finir une petite biographie de notre auteur. Je signale aux amateurs et amatrices que la tombe de notre auteur est visible au Père Lachaise.

Petit complément : Avignon et l’imprimé ou une marque à la sphère à Avignon ?

A propos de cette impression sise à Avignon, la présence de la fameuse marque à la sphère (signe d’une publication non autorisée et que l’on retrouve principalement dans les publications hollandaises)  a éveillé ma curiosité et je me suis donc demandé pour quelle raison les imprimeurs avignonnais faisaient de la contrefaçon.

Il faut savoir que la ville d’Avignon est une possession pontificale jusqu’à la Révolution française et donc en dehors des contraintes royales de réglementation de la profession (comme Genève). L’organisation de la profession n’est pas réglementée et un petit bagage suffit pour s’établir imprimeur. Les presses passent de 12 ou 15 au début du 18e pour avoisiner le chiffre de 50 en 1760. Nombreuses sont donc les contrefaçons à sortir, soit d’ouvrages interdits, soit plus simplement (comme ici) sans en avoir les droits (les éditeurs parisiens possédant de nombreux privilèges). Sa situation géographique lui permet d’essaimer dans l’Europe du sud et de proposer des tarifs avantageux.

Cependant l’arrêt du Conseil d’Etat du Roi portant réglement sur la durée des privilèges en librairie du 30 août 1777 et le concordat de 1785 entraînent la faillite et le départ importants d’imprimeurs avignonnais.  D’une part la limitation de la durée des privilèges et ensuite une application commune des règlements de la librairie française entraînent ce déclin. Avignon redevient un modeste centre de production du livre. Cqfd !

Le livre en ligne dans une édition parisienne sur Google Books

Les pièces de théâtre sur le site CESAR

Pour aller plus loin :

Crépin, Marie-Yvonne. Les époux malheureux ou l’histoire de Monsieur et Madame de la Bédoyère », in Ordre et désordres dans les familles. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2002, p. 51-62.

La Villehervé, Bertran de. François-Thomas de Baculard d’Arnaud : son théâtre et ses théories dramatiques. Paris : E. Champion, 1920

Rustin,  Jacques. L’ « Histoire véritable » dans la littérature romanesque du XVIIIe siècle français. In: Cahiers de l’Association internationale des études francaises, 1966, N°18. pp. 89-102 [En ligne]

Touitou, Béatrice. Baculard d’Arnaud.  Paris [27 rue Paul-Lelong, 75002] ; Roma : Memini, 1997. ISBN 88-86609-10-8

Et pour Avignon :

Histoire du colportage en Europe : 15e-19e siècle / Laurence Fontaine. Paris : Albin Michel, 1993. ISBN 2-226-06605-5 (pages 80-81 et pages 93-94)

Léo Mabmacien

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21 réflexions au sujet de « Les époux malheureux ou Histoire de Monsieur et Madame de la Bedoyère »

  1. Très intéressant.

    Cependant, bien qu’Avignon soit la ville mentionnée en page de titre, compte tenu des réclames en bas de pages que je peux voir (une réclame au bas de chaque page), il me semble que cette impression pourrait sortir malgré tout des presses hollandaises ?? A vérifier.

    Ce ne serait pas la première fois qu’un nom de ville serait placé pour dérouter la police…
    Quant à Avignon, il me semble qu’ils adoptaient des méthodologies typographiques semblables à celles de la France ?? A vérifier également.

    B.

  2. Bien vu Bertrand.

    Tous les détails de l’affaire La Bédoyère se trouvent dans un livre intitulé Les Epoux malheureux, plaidoyer pour et de M. de la Bédoyère fils, avec les pièces justificatives, qu’on trouve souvent, même dans les catalogues de bibliothèque, sous le nom de Baculard. Très intéressant.

    Pour moi, l’ouvrage de référence sur l’auteur du roman reste celui du défunt Bob Dawson, Baculard d’Arnaud, life and prose fiction, 2 vol., 1976, contenant une bibliographie non exhaustive mais très utile à la fin du deuxième volume. D’après mémoire (loin de mon bureau), la bibliographie de Béatrice Touitou n’y ajoute pas beaucoup (ou rien ?).

  3. @ Bertrand
    Je ne suis pas assez calé pour dire si c’est une impression hollandaise… Rien trouvé sur les quelques sphères présentées par Livres interdits…
    http://www.livresinterdits.org/pages/rept_spheres_general.htm
    En faisant des recherches dans Google books la mention d’Avignon seule est proposée… Si quelqu’un est calé là-dessus ou a un peu de temps à consacrer à cela, qu’il n’hésite pas…?

    @ Martin : merci pour ces précisions bibliographiques. L’avantage de la bio de Touitou est d’être en français ;-))…(ni vue ni lue…)
    Léo

  4. La sphère associée à une ville française (Marseille par exemple) cela peut vouloir dire : Contrefaçon française d’un ouvrage interdit qui est imprimé en Hollande ?

    Je veux bien une petite explication. Pierre

  5. Cela signifie-t-il qu’un imprimeur Marseillais de 1733 pouvait utiliser une marque à la sphère (elemens de pilotage de Pezenas) en faisant une contrefaçon de la célèbre sphère armillaire des Elzeviers ?

    Combien d’imprimeurs français ont utilisé cette marque à la sphère ?

    Pierre

  6. il faudrait que je trouve les marques qui pourraient être présentes sur le papier… Je m’en occupe dès que je rentre chez moi…

    Pierre oui oui les imprimeurs français ont utilisé des marques à la sphère aussi… par exemple à Rouen Laurent II Maurry mais ils utilisaient plutôt une adresse hollandaise… et surtout au 17e et début 18e… ce qui me fait pencher ici pour une édition imprimée à Avignon…

    Léo

  7. Après avoir feuilleté (virtuellement) quelques livres imprimés à Avignon, j’ai l’impression que les réclames sont utilisées comme à Paris: à la fin du cahier et non pas à la fin de chaque page comme en Hollande.

    Trouvé sur le net:
    Jusqu’à 1760, réclames par cahier = origine parisienne ou influencée par Paris.
    Réclames par page: standard pour les livres hollandais ou anglais; indice puissant contre une origine parisienne et après 1680 contre une origine française.

  8. Je viens de vérifier aussi quelques éditions, cela correspond… Bon : origine hollandaise avec du papier français et une adresse à Avignon !

    Léo

  9. Ne pas oublier qu’Avignon, à cette époque, n’était pas soumise aux mêmes règles de droit que la France et que publier un livre sous l’adresse d’Avignon voulait dire en quelque sorte « Pas touche » pour la police et les douanes. Quant au papier, à mon avis, bon nombre de papiers dits « hollandais » devaient en fait être français, la Hollande produisant énormément de livres « pirates » à cette époque, je ne suis pas certain que les moulins à papier hollandais se suffisaient à eux-même. Ce serait d’ailleurs intéressant à étudier, à savoir, si les imprimeurs hollandais s’autosuffisaient ou non ?

    Bonne problématique pour un réveillon entre le foie gras et le vacherin non ?

    Allez,
    meilleurs voeux à tous et que l’Hercule Gaulois vous garde,

    B.

  10. Dans le livre « Le papier : une aventure au quotidien (Gallimard) il est précisé que la production papetière se déplace en Hollande après 1671…(taxation transports des chiffons + impôts lourds sur les moulins)…Il est indiqué plus loin que jusqu’au milieu du 17e les grands éditeurs hollandais achetaient leurs papiers en France… mais après c’est le déclin…
    Une bonne problématique en effet Bertrand pour ce 31 ! Mes meilleurs voeux à vous et aux lecteurs et lectrices…

    Léo

  11. Pour continuer sur les imprimeurs avignonais j’ai trouvé dans le Dictionnaire encyclopédique du livre (paru aux éditions du Cercle de la Librairie) la précision suivante :
    « Le nom d’Avignon figure aussi sur de nombreuses éditions, sans être suivi par celui de l’imprimeur : ce sont en général des fausses adresses, correspondant parfois à des permissions tacites accordées par les autorités françaises… »
    Léo

  12. D’après Françoise Weil, L’interdiction du roman et la librairie 1728-1750, P. 1986, p. 239 cette (?) sphère armillée « est assimilable à une véritable marque de libraire » de – Pierre Prault.
    Il n’y a pas un catalogue Prault in fine, par hazard?

    Indépendemment des réclames, la signature B en bas de la page 17 semble exclure une impression hollandaise.

  13. Quelle persévérance Martin !
    Je viens de vérifier : pas de catalogue à la fin de l’ouvrage…
    Effectivement Prault a publié sous des fausses adresses dont Avignon… Paris donc ?
    Merci Martin pour vos recherches
    Léo

  14. Du nouveau sur cette édition :

    Françoise Weil me confirme que cette édition est bien parisienne et provient du libraire Prault : « Vous retrouverez la sphère armillée ou armillaire à la page 212 de mon article paru dans Gutenberg Jahrbuch de 1986; je l’ai attribué à Pierre Prault qui l’utilise le plus souvent dans des éditions qui ne portent pas son adresse mais des adresses fausses comme Avignon. »

    cqfd !
    Merci à vous Françoise et bravo encore à Martin, incollable !

    Léo

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