Le petit chimiste : comment se débarraser des moisissures sur les livres anciens


 

Jouer au petit chimiste avec les livres anciens : sans danger ?

J’avais déjà évoqué dans un précédent article les moyens de réparer et de conserver ses livres anciens. Le message d’un lecteur me donne l’occasion de revenir sur un des ennemis du livre : les moisissures…. Omniprésentes et très utiles, les moisissures sont un fléau pour les livres anciens qui se parent alors de belles couleurs blanches, roses, noires ou vertes, formant un délicat duvet  !

Bien sûr on évitera d’acheter un livre servant de support à la culture des champignons (sauf si vous êtes mycophiles) et on veillera à éviter tout développement de moisissures. Mais tout peut arriver…

Voici le message de notre lecteur qui nous propose sa méthode :

« J’ai utilisé une solution de Neo-Sabenyl (désinfectant, détergent antibiotique) en solution dans l’eau jusqu’à 50% et plus. On humidifie un bout d’ouate et on lave le support puis on essuie immédiatement. Le papier ne se déforme pas. Il n’y a pas de changement de couleur après une année quel que soit le support.

Le produit n’est pas cher et me parait efficace. »

Je suis perplexe devant le résultat. Qu’en pensez-vous ? Je suis allé vérifier sur internet ce qui est conseillé par les uns et les autres.

Ainsi le site Décorolia.com nous informe que « la moisissure se développe lorsque les livres sont tellement serrés que l’air ne peut pas respirer » ;-)). La solution est de vaporiser d’essence de clou de girofle les étagères (pour les insectes normalement), de saupoudrer les moisissures de farine et d’enlever ensuite avec une brosse quelque temps plus tard. Autre conseil trouvé sur le site de Marie-Claire Maison il faut « grattez délicatement avec un couteau pour ôter le surcroît, puis tamponnez la tache avec un Coton-Tige trempé dans de l’eau oxygénée faiblement dosée (10 volumes) jusqu’à sa totale disparition ». Marcel Clouzot dans son Guide de bibliographie française nous propose un bon lavage si le livre n’est pas trop abîmé. L’Institut Canadien de Conservation nous propose pour les livres moisis de les introduire dans un sac plastique et de confier le tout à un spécialiste.

L’Atelier Strebel qui est une entreprise suisse propose ses conseils : le premier est d’éviter l’apparition de moisissures, ensuite si des moisissures apparaissent d’isoler le document et éviter de le manipuler. Il nous conseille d’éviter l’utilisation de produits désinfectants (action sur l’encre…). Le traitement se fait par rayons gamma ou par stérilisation. La Bibliothèque Nationale de France propose des fiches pratiques dont trois consacrées à l’évaluation de la contamination, au diagnostic et au traitement.

Pour résumer il s’agit d’adopter les gestes suivants (cela s’applique aux bibliothèques et en partie aux particuliers) :

– isolation du document dans du papier kraft ou un carton (pas de sac plastique)

– si la contamination provient de mauvaises conditions de stockage il faudra y remédier : conditions climatiques (taux d’humidité…), fuite d’eau, infiltrations…

– prélèvement et analyse des moisissures

– traitement curatif suite à l’analyse des résultats : sur les documents même voir pour la pièce entière.

Les produits chimiques sont à éviter autant que possible…

Pour les moisissures qui sont anciennes la BNF préconise un dépoussiérage. Pour cela il faut un aspirateur à filtre absolu spécial réservé aux professionnels. Mais rien ne vous interdit d’en acheter (autour de 350 €)

Pour les autres moisissures : fumigation à l’oxyde d’éthylène +  dépoussiérage (attention : gaz toxique et très dangereux).

La BNF propose une liste de prestataires. Pour les locaux la meilleure méthode est l’huile de coude (le chiffon), en dernier recours certains produits désinfectants.

Un utile complément est proposé par la défunte Direction du Livre et de la Lecture sur son site. J’ai récupéré le pdf ( contamination) au cas où…

Une étude de moisissures a été faite dans une réserve de bibliothèque, rapportée dans le Bulletin des Bibliothèques de France, 2002, tome 47, n°6 que l’on peut lire en ligne.

En tant que particulier le traitement est plus délicat, le meilleur conseil si vous avez des moisissures est d’isoler le document et de faire attention aux conditions de conservation. Le fait de dépoussiérer ses ouvrages sera un plus. Et attention aux produits chimiques !

Sources utiles :

Sciences et patrimoine culturel. Portail de la conservation-restauration (Ministère de la culture)

Centre de Recherche sur la Conservation des Collections (CNRS) qui propose une magnifique base de données sur les moisissures (avec photos) : MBc – Moisissures et biens culturels

Laffont, Caroline, Mouren, Raphaële, « Les ennemis du livre », BBF, 2005, n° 1, p. 54-63
[en ligne] <http://bbf.enssib.fr/&gt;

Léo Mabmacien

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9 réflexions au sujet de « Le petit chimiste : comment se débarraser des moisissures sur les livres anciens »

  1. La meilleure solution : ne trouver aucune sorte de (mauvaise) raison pour accepter un livre avec des moisissures dans sa bibliothèque. Pourquoi introduire un loup dans sa bergerie?

    Lauverjat

  2. bonjour
    vous trouverez des informations un peu plus actuelles dans le « Manuel du patrimoine en bibliothèque », qui donne une bibliographie sur le sujet. L’utilisation de l’oxyde d’éthylène nettoie complètement le livre, mais paradoxalement favorise le retour d’une attaque si le livre est remis dans des conditions défavorables. Il est par ailleurs interdit (très toxique).
    Je ne conseillerais pas d’isoler l’ouvrage en le mettant dans une enveloppe de papier kraft (acide!) mais en le séparant complètement des autres documents en le mettant dans une autre pièce.
    La première solution à mettre en oeuvre est effectivement le dépoussiérage à l’aspirateur à filtre intégral, cela suffit la plupart du temps.
    Enfin, il faut préciser qu’il est impossible de voir à l’oeil nu, pour certaines moisissures, si elles sont actives ou endormies. Seule l’analyse permet de le savoir…

  3. Merci pour ces précisions. Mea culpa : j’ai oublié de regarder le manuel du patrimoine en bibliothèque ! Je suis étonné quand même pour le papier kraft puisque la BNF le préconise… mais pour un temps très limité alors….
    Ah les moisissures !

    Bien cordialement
    Léo

  4. j’ai trouvé des moisissures sur des livres anciens qui étaient restés dans ma maison fermée pendant 7 mois .Je les ai traités avec du bicarbonate de soude pour assécher les moisissures de fonctionner

  5. Je suis très étonné de ce que je vois sur internet à propos du lavage des livres. A croire que la chose est impossible, que les livres tachés ou moisis son définitivement perdus. Je pense que ceux qui écrivent cela sont soit des ignorants, soit des gents préoccupés de garder jalousement leur savoir, je ne sais pourquoi puisqu’ils n’en aurons aucune utilité là haut.
    Pour ma part, je lave des livres que j’achète sur internet ou dans les brocantes. Je ne suis pas relieur de profession, je suis en retraite et je pense que cet état me permet de faire des choses où le temps compte beaucoup
    Pour le lavage, c’est très simple, Je démonte complètement les livres et je mets les feuillets un à un dans de l’eau à laquelle j’ajoute un peu de javelle à dose modérée bien sùr. Il suffit d’en mettre une ou deux cuillères et si besoin d’en rajouter jusqu’à satisfaction du résultat.
    J’ai lu des histoires dans laquelle il fallait d’abord humidifier le papier, je ne vois pas l’intérêt. Pour ma part, je pose le feuillet à plat sur l’eau et j’appuie doucement des deux mains pour le faire couler. J’attends que l’eau de javelle produise son effet et je change l’eau. La encore, c’est simple, je renverse mon bac (J’utilise des plateaux plastiques allibert) et je vide l’eau alors que la masse des feuillets reste collée au fond du bac.Je remets de l’eau suffisamment pour que les feuillets soient bien à l’aise et pas en paquets (En général. je fais tout avec de l’eau de pluie) Alors que le détachage dure en moyenne 20 minutes, je m’arrange pour laisser le rinçage
    toute la nuit. Je change l’eau au moins 2 fois.
    Vient alors l’opération la plus délicate, sortir les feuillets de l’eau. j’utilise une fine palette en bois de 2 cm de large et longue de 40 cm que je glisse sous le feuillet à attraper (si il le faut. je fais des vagues pour que le feuillet se décolle du reste) celui ci se colle sur la palette et je le sort de l’eau par un mouvement ondulatoire. C’est très facile, il suffit de faire quelques essais.
    Ensuite. vient le séchage, pour cela point de buvards, le papier journal est parfait pour cela. Je dépose mon feuillet par un deuxième mouvement ondulatoire. il faut à tout prix éviter les plis. (Je mets ainsi 4 à 6 feuillets par page de journal) et je remets une autre feuille de journal dessus pour absorber un maximum d’eau. Le principal problème c’est que les journaux de maintenant sont imprimés en couleurs et cela est absolument rédhibitoire Heureusement, je fais cela depuis longtemps et j’ai ma pile de journaux que j’utilise et fais sécher à l’infini
    Ensuite, je peux enfin prendre mes feuillets avec les doigts et les mettre à sécher sur le fil en utilisant le pli. Il est important qu’ils soient bien sec avant de les mettre sous presse.
    Selon cette procédure, je lave un tome par semaine
    Je me suis permis de faire ce long commentaire car j’ai acquis une certaine expérience. Je possède une « Histoire de la restauration de Vaulabelle en 8 volumes » que j’ai lavée en 1998 qui se porte merveilleusement bien aujourd’hui.
    On dit que le clore est nocif pour la cellulose du papier, je ne suis pas chimiste et je n’ai pas d’éléments pour dire le contraire. J’ATTENDS QUE L’ON ME PROPOSE UN AUTRE PRODUIT Pas un truc hiper dangereux impossible à utiliser. J’ai vu un relieur professionnel attaché au fond ancien d’une bibliothèque faire ce que j’ai décrit plus haut, il avait pour cela une installation en inox avec circulation d’eau, clayettes de séchage etc.Que l’on ne me dise pas que cela ne se fait pas !!!!

  6. En réponse à Bill :

    OUI l’eau de javel est nocive pour le papier ! Vous préférez donc un papier blanc qui va se détruire prématurément à un papier taché et/ou jauni qui se conservera plus longtemps ? Vos livres sont en bon état depuis 1998, mais à l’échelle d’un livre, c’est une période très courte et vous avez bel et bien réduit leur durée de vie.
    Si vous décidez de nettoyer vos pages vous-même, contentez-vous au moins de le faire avec de l’eau plutôt que d’abîmer des livres car vous jugez que les connaissances des professionnels (qui ont suivi des cours de chimie pour comprendre ce que peuvent engendrer leurs actions) sont inutiles.

    Et cela se fait, oui, malheureusement, par des restaurateurs de livres qui travaillent avec des connaissances trop anciennes qu’ils n’ont jamais actualisées, des relieurs qui s’improvisent restaurateurs sans se documenter et se former, ou des restaurateurs malhonnêtes.

    Il n’existe qu’un bon conseil si vous avez des moisissures sur vos livres et que vous ne voulez pas faire appel à un professionnel : bien les dépoussiérer (dans un lieu bien isolé afin de ne pas éparpiller les spores là où vous ne voulez pas avoir de moisissures) et conserver vos livres dans de bonnes conditions (lieu sec et frais).

    Et si les moisissures reviennent, vous pouvez vous dire -que vos conditions de conservation sont mauvaises et- que vos livres ont besoin d’être désinfectés. Et si vraiment, vous êtes extrêmement pingre et/ou peu attachés à vos livres (ce qui peut éventuellement se comprendre s’il s’agit d’un livre moderne et courant) et que vous préférez risquer de faire une catastrophe plutôt que de faire appel à un professionnel, optez pour quelque chose qui ne va pas détruire votre livre, comme l’éthanol -acheté en pharmacie afin de ne pas avoir de mauvais additifs- … à vos risques et périls puisque sans maîtrise, il peut causer : migration de l’encre, noircissement du cuir, décoloration des toiles de cartonnages éditeur, déchirure du papier fragile quand il est imbibé d’éthanol, auréoles, …

    _____________
    Blague à part, qui s’insurge si son chauffagiste ne lui donne pas un cours de réglage et d’entretien de sa chaudière et préfère faire ça au hasard lui même sans être certain de ce qu’il fait ?

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