L’errata dans les livres : pris en faute


 

errata voltaire

Vous aurez peut-être remarqué lors d’un achat la présence d’une feuille ou d’un carton volant portant en titre l’inscription « Errata » et accompagné d’une liste de fautes à corriger dans le texte. L’errata (erratum au singulier) vient du latin erratum (erreur, fait de se fourvoyer) et désigne « une liste des fautes d’impressions d’un ouvrage ». Les corrections à apporter sont bien sûres indiquées comme l’emplacement (page, ligne…).

L’errata peut être sur feuille volante (collée ou non en tête ou à la fin du livre) ou incorporé à l’ouvrage, au début (plus rare) ou à la fin du livre (entre la fin de l’impression et l’assemblage) sur un feuillet blanc. La composition de l’errata n’obéit pas à des règles bien déterminées. En général on inscrit en titre la mention « Errata »  puis en dessous 4 colonnes avec « page, ligne, au lieu de, lisez ». Le caractère d’imprimerie est plus petit que celui du texte.

Les premiers livres imprimés ne comportaient pas d’errata, les fautes éventuelles étant corrigées à la main sur les exemplaires mêmes. Mais très vite dès la fin du 15e siècle on prit l’habitude de réunir les corrections et les fautes à la fin du volume.

Les erreurs plus importantes (page entière à changer) nécessitent l’utilisation d’un carton. La recherche des cartons est d’ailleurs un sport chez certains bibliophiles !

L’errata peut prendre des proportions importantes comme le rapporte cette très intéressante publication :

Des errata (extrait de Curiosités bibliographiques par Ludovic Lalanne, Paris : A. Delahayes, 1857).

Notre auteur raconte ensuite que l’impression d’un ouvrage contre le papisme en 1562 contient 172 pages dont un errata de 15 pages. Il s’en excuse en publiant ce texte :

« Ce maudit Satan, dit-il, lorsqu’on imprimait cet ouvrage, mit en œuvre toutes ses ruses, et parvint à le faire souiller de tant de fautes (car certains passages n’offrent aucun sens, et d’autres présentent un sens contraire à celui qu’ils devraient avoir), dans le but d’en empêcher la lecture par les âmes pieuses, ou d’affecter ainsi les lecteurs d’un tel ennui, qu’aucun d’eux ne pût, sans un dégoût suprême, aller jusqu’à la fin du livre. Déjà le même Satan, avant que le livre fût remis à l’imprimeur, se servant d’un autre moyen, l’avait jeté quelque part dans un bourbier, et tellement sali de liquide et de boue, que l’écriture était presque effacée sur un grand nombre de feuillets entièrement gâtés. De plus, ce livre était tellement déchiré, que non-seulement on ne pouvait pas le lire, mais qu’on ne pouvait même l’ouvrir sans que les feuillets ne se séparassent les uns des autres. Aussi, pour remédier à ces artifices de Satan, on a été, après l’impression, obligé de revoir l’ouvrage et de noter les fautes, malgré leur nombre. »

Etc etc. On trouvera à la suite d’autres anecdotes curieuses que je vous laisse lire.

L’errata peut refléter les tensions entre auteur et imprimeur, l’un reprochant à l’ autre le manque de soin dans la publication. L’errata est aussi l’occasion au temps de la censure préalable d’apporter quelques retouches au texte, en faisant quelques fautes bien intentionnelles !

L’errata a aussi été l’occasion de messages décalés ou ironiques de la part d’auteurs comme Paul Scarron ou Louis Aragon.

L’errata a pratiquement disparu à la fin du 20e siècle, ne subsistant que pour des erreurs graves. Les fautes par contre n’ont pas disparu.

Chose étonnante l’errata va apparaître (et encore maintenant) pour une publication un gage de qualité !

On notera l’importance ou non de la présence d’un errata pour un livre ancien, déterminant un exemplaire de tout premier état (c’est à dire sans errata) et donc de plus grande valeur (pécuniaire).

Enfin on signalera une autre définition à l’errata (en bibliographie et bibliophilie) : liste de fautes établie  permettant de faire la lumière sur des éditions qui semblent identiques. Il s’agit pour l’amateur de comparer les différences typographiques entre deux éditions.

Je terminerais sur ce passage extrait de Curiosités bibliographiques par Ludovic Lalanne

« Un livre peu correct, ajoute Chevillier, c’est un ouvrage plein de ténèbres. C’est une nuit où on ne fait point de pas sans craindre. La correction, c’est la lumière avec laquelle on marche sûrement. Le plus grand ennemi de l’imprimerie sont les fautes. Il est d’autant plus dangereux qu’il renait de ses propres cendres. Souvent il en croît plus qu’on n’en a ôté. Un imprimeur se doit regarder comme un Hercule qui a toujours des monstres à combattre ».

errata_histoire
errata classique du 18e siècle

Sources :

Curiosités bibliographiques / Ludovic Lalanne, Paris : A . Delahayes, 1857 [disponible en ligne]

Dictionnaire encyclopédique du livre. Tome 2, E-M. Paris : Editions du Cercle de la Librairie, 2005. ISBN 2-7654-0910-2

Traité de typographie / Henri Fournier. Bruxelles : P J de Mat, 1826. [disponible en ligne]

Léo Mabmacien

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