Le spectacle de la nature par l’abbé Pluche


 

détail d’une planche

Le spectacle de la nature ou Entretiens sur les particularités de l’histoire naturelle qui ont paru les plus propres à rendre les jeunes gens curieux et à leur former l’esprit… / Abbé Pluche. Paris : Veuve Estienne, 1732-1750

La première édition a été publiée de 1732 à 1750 en 8 tomes formant 9 volumes in-12. Elle rencontra un succès considérable. On parlerait de bestseller aujourd’hui. Voici le détail des volumes et leurs dates de publication :

I. Ce qui regarde les animaux et les plantes. – 1732 ; II. Ce qui regarde les dehors et l’intérieur de la terre. – 1735 ; III. Ce qui regarde les dehors et l’intérieur de la terre. – 1735 ; IV. Ce qui regarde le ciel et les liaisons des différentes parties de l’univers avec les besoins de l’homme. – 1739 ; V. Ce qui regarde l’homme considéré en lui-même. – 1746 ; VI-VII. Ce qui regarde l’homme en société. – 1746 ; VIII. 1-2. Ce qui regarde l’homme en société avec Dieu. – 1750

Source : Catalogue général de la BNF.

page de titre et frontispice du tome 3 sur les dehors et l’intérieur de la Terre

En ce qui concerne notre Abbé (1688-1761), outre Wikipedia, je vous invite à lire la notice qui lui est consacrée par le Nouveau dictionnaire de pédagogie édité sous la direction de Ferdinand Buisson (1911). Vous pouvez aussi vous aventurer chez Michaud et sa Biographie universelle :

Biographie universelle ancienne et moderne (cliquez sur l’image pour obtenir l’ensemble du texte)

Les éditions se sont succédées ainsi que les traductions.  Vulgarisation scientifique, cette œuvre annonce l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et la nouvelle pédagogie (le vrai, la belle nature plutôt que le merveilleux des fables ou l’imaginaire des romans). Le but de l’auteur est bien sûr de proposer une vision chrétienne de l’univers (cf notamment les deux derniers tomes consacrés à l’homme en société avec Dieu), de montrer l’ordonnance merveilleuse de la nature qui est là pour l’homme qui peut s’en servir à sa guise (cf image ci-dessous)… Le tout sous le signe de la vue (le « spectacle »). La présence de nombreuses planches confirme cette vision (sic). Le tout est construit sous forme de dialogues entre un jeune homme de qualité (le chevalier du Breuil) qui se trouve à la campagne chez le comte Jonval, entre celui-ci et la comtesse, entre le curé (prieur) du lieu qui s’entretient principalement avec le chevalier. Ces entretiens se déroulent lors de différents loisirs campagnards : promenades, chasse, pêche, repas, animaux. Des lettres sont aussi échangées entre les protagonistes. L’usage du dialogue permet une grande efficacité, laissant place à l’évidence des faits. L’apprentissage est plaisant, les images et les formules percutantes.

début

Les planches sont gravées en taille-douce par Jacques-Philippe Le Bas (1707-1783), reprises d’anciens ouvrages ou provenant d’artistes contemporains célèbres ou anonymes. Le registre est large : compositions allégoriques, planches techniques, illustrations.

les plantes marines
petit vaisseau
machines à monnoyer (faire de la monnaie)
animaux habitant les montagnes
explication des planches à la fin du tome
modeste abbé !

L’abbé Pluche est tombé dans un relatif oubli à la fin du 19e siècle.

Les ouvrages ont été (mal) numérisés par l’Université de Strasbourg, sinon vous les retrouverez sur Google Recherche de livres bien évidemment.

Sources :

De Baere, Benoît. Trois introductions a l’Abbe Pluche : sa vie, son monde, ses livres.  Genève : Droz, 2001.

Gevrey, Françoise, Julie Boch, et Jean-Louis (1965-. …) Haquette. Écrire la nature au XVIIIe siècle : autour de l’abbé Pluche. Paris: Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2006.

Léo Mabmacien

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7 réflexions au sujet de « Le spectacle de la nature par l’abbé Pluche »

  1. Si le Spectacle de la Nature fut un best seller de l’époque, c’est aujourd’hui un incontournable des ventes aux enchères. Il dispute cette notorité avec l’Histoire du Ciel du même Pluche, publié chez le même éditeur, si mes souvenirs sont bons.

  2. Le « pluche » a souvent la cote. Avec un billet sur « l’histoire du ciel », nous saurons pourquoi ! Merci d’avance. Pierre

  3. Faudra que je retrouve cette Histoire du Ciel, un exemplaire aux armes si mes souvenirs sont bons, les planches ne m’avaient pas frappées pour leur beauté et, ô honte, je n »ai pas (encore) lu le livre . un petit article pourrait m’y inciter !

    T

  4. Voltaire parle avec ironie de cet ouvrage dans une lettre de défense de Montesquieu : Le Remerciement sincère , réponse à l’article des Nouvelles ecclésiastiques, du 24 avril 1750 : « A propos, monsieur, mes compliments à M. Pluche, qui continue si intrépidement à copier des livres pour étaler le Spectacle de la Nature, et qui s’est fait le charlatan des ignorants. On ne peut être plus content que je le suis de voir une préparation et même une démonstration évangélique à côté de la manière d’élever des vers à soie. Il est toujours fort beau à lui de faire de Moïse un excellent physicien, de soutenir hardiment, malgré toutes les académies, que la lumière ne vient point du soleil et des autres corps lumineux, et d’avancer que les Nègres sont devenus noirs petit à petit, en qualité de descendants de Chus. Ce Pluche n’a jamais vu apparemment de Nègre disséqué. J’apprends aussi qu’il a trouvé la place du paradis terrestre où l’on conserve la côte d’Adam et la peau du serpent qui parla à sa femme. J’ai ouï dire que l’âne de Balaam est encore vivant, et qu’il broute dans ces quartiers-là. Je ne doute pas que Pluche n’ait bientôt quelque conversation avec lui, et qu’il n’en rende compte à monsieur le prieur et à monsieur le chevalier. J’ai encore un petit mot à vous dire. J’ai lu, dans le huitième tome de ce Pluche, que Mahomet avait voyagé dans les sept planèles en une nuit. Il cite ce voyage comme s’il était dans l’Alcoran, et que ce fût un point de foi chez les Turcs. Il prend de là occasion d’appeler Mahomet fat. Si jamais Pluche va à Constantinople, je lui conseille d’être plus poli. Je rencontrai hier un Turc sur le port de Marseille, à qui je demandai si le voyage prétendu des sept planètes est en effet dans l’Alcoran; il me répondit que non. Je lui appris que le sieur Pluche traitait son prophète de fat, avec assez de légèreté. Mon Turc, qui est un homme très sage, me dit que quand on a une maison de verre il ne faut pas jeter des pierres dans celle de son voisin. »

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