Les papiers dominotés


 

page de garde en papier dominoté (sur un livre imprimé à Venise au 18e siècle)

J’ai déjà évoqué avec vous dans un précédent article les papiers marbrés utilisés pour les livres anciens. Pour rappel on distingue parmi la dominoterie les papiers à la colle, les papiers dominotés (estampés à la planche de bois gravée) et les papiers dorés-gaufrés (plaque de cuivre). Les papiers marbrés en sont exclus.

Le papier à la colle est peint avec une colle colorée directement sur la feuille en utilisant un large pinceau. C’est la méthode la plus ancienne.  Les papiers à la colle sont utilisés pour la décoration (boîtes, petits meubles) et pour les livres. Pour les livres ils sont la plupart du temps employés pour la couverture. Cette méthode économique a connu un regain d’intérêt lors de la Révolution française de 1789 mais le papier à la colle fut surtout utilisé en Italie et en Allemagne.

Les papiers dorés gaufrés ont surtout été utilisés en Allemagne dont ils sont originaires (Augsbourg, fin 17e) et en Italie aux 17e et18e siècle. La technique est complexe et provient de l’impression sur étoffes : la plaque est gravée (motifs baroques), chauffée pour l’impression avec une feuille métallique dorée (or, cuivre ou argent). Le tout est  pressé à l’aide d’une presse à cylindre sur la feuille.

Les papiers dominotés utilisent la technique de la xylographie, donc de la gravure sur bois (puis sur cuivre). Le principe est simple : on grave en creux sur une planche de bois (aujourd’hui sur des rouleaux et avec des matières issues du pétrole) des motifs (le fond est creusé). Les motifs estampés (géométriques, floraux, échiquetés (en carreaux) se répètent sur la feuille. Pour obtenir plusieurs couleurs, plusieurs passages sont nécessaires soit avec une autre planche, soit à la main ou au pochoir).

Les papiers dominotés ont été principalement utilisés par une population modeste pour tapisser des objets (coffres…) mais surtout des murs (tapisserie) ou des boutiques. L’usage va se répandre dans les hautes couches de la société en France mais la concurrence anglaise est fatale aux dominotiers français au milieu du 18e siècle. C’est à ce moment là que l’utilisation du papier dominoté pour la reliure se développe, son prix dérisoire par rapport au papier marbré en faisant un atout de poids. Ils ont rarement été utilisés en pages de garde pour les reliures en France contrairement à l’Italie par exemple où la dominoterie a connu un vif succès. La maison la plus importante fut celle des Remondini en Vénétie où plus de 1000 personnes travaillaient au 18e siècle. Elle fut active de 1660 à 1860. Le papier dominoté ci-dessus provient probablement de cette maison.

Après la Révolution française, le papier dominoté entame son déclin. Les anciennes planches, trop usées, donnent un rendu médiocre, la mode passe.  Les progrès technologiques feront le reste.

Le Mans, Chartres et Orléans furent les grands centres de production en France au 18e siècle.

Sources :

Musée du papier peint de Rixheim

Les papiers décorés (article du Blog du Bibliophile)

Papiers de garde dorés-gaufrés, dominotés et marbrés du 17e siècle à la période contemporaine dans les collections de la Bibliothèque des arts décoratifs.

De la dominoterie à la marbrure : histoire des techniques traditionnelles de la décoration du papier / Marie-Ange Doizy ; préface de Geneviève Guilleminot-Chrétien. Paris : Art & métiers du livre, 1996. ISBN 2-911071-01-8

Léo Mabmacien

Advertisements

7 réflexions au sujet de « Les papiers dominotés »

  1. […] La bibliothèque municipale d’Orléans vient de mettre en ligne sa bibliothèque numérique sous le nom d’Aurelia. La mise en valeur des collections patrimoniales des bibliothèques se poursuit en France avec pour le moment "un peu plus de 15 000 documents numérisés".  Le site précise que les collections " sont parmi les plus précieuses et prestigieuses conservées à la médiathèque d’Orléans. Il s’agit uniquement de documents d’intérêt local et régional avéré, témoins de l’histoire d’Orléans et de sa région depuis le XVe siècle jusqu’en 1941". On trouvera donc des cartes et des plans, des gravures, des cartes postales, 206 almanachs, le Journal du Loiret et des manuscrits anciens. Le tout est librement réutilisable (sauf usage commercial) et devrait s’enrichir en 2014 des manuscrits médiévaux de l’abbaye de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire) et de papiers dominotés. […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s