La bibliothèque du couvent de la Grande-Chartreuse


 

on remarquera le christ en haut à gauche et l’absence de tables de travail

« Élevé au 11ème siècle, le couvent de la Grande-Chartreuse abrita les moines de l’ordre de saint Bruno jusqu’à la Révolution française. Ils partirent ensuite en exil pour échapper à la loi dite des congrégations de 1901. Revenus en 1941, les chartreux, soucieux de préserver leur silence, n’admettent aucune visite au sein de leur monastère. Suite à plusieurs incendies, le monument est reconstruit en 1680 et accueille une église, une bibliothèque, des cellules et quelques pavillons sur un domaine de cinq hectares ceint par des remparts. » (Source : site de la ville de St Geoire en Valdaine).

Cette carte postale est issue d’un carnet et doit dater du début du 20e siècle (à confirmer je ne suis pas spécialiste). La bibliothèque semble dater du 19e siècle. Il faut savoir que les chartreux ont été expulsés du monastère en 1792, le fonds de la bibliothèque a été récupéré en grande partie par la ville de Grenoble pour sa bibliothèque municipale. Les 3543 volumes y sont encore !

En 1816 le monastère est rétabli et une nouvelle bibliothèque est constituée qui en 1862 (selon l’ Annuaire du bibliophile) comprend 6000 volumes.

Voici un extrait de l’ouvrage La Grande Chartreuse écrit par Albert du Boys et publié en 1845 sur la bibliothèque :

« En sortant de ce vaste cloître, qu’on ne peut guère visiter sans éprouver de salutaires impressions, on descend à la bibliothèque, qui, bien qu’elle contienne plus de six mille volumes acquis ou donnés depuis la restauration du couvent, est cependant bien éloignée de valoir l’ancienne, laquelle renfermait plus de cinq cents manuscrits ou de titres originaux aujourd’hui déplacés ou perdus, et trois cents volumes environ du commencement de l’imprimerie. La bibliothèque de Grenoble, qui s’est enrichie dans la révolution aux dépens de celle de la Grande-Chartreuse, possède les manuscrits suivants, qu’admirent beaucoup de bibliophiles : une grande Bible, sur vélin, ornée de miniatures, du xe siècle, dont les couleurs sont d’une fraîcheur étonnante ; un Nouveau Testament, du xie siècle; les quatre Evangiles, du xne siècle; divers livres de l’Ancien Testament, du xue siècle; Glose sur Tobie, Judith et Esther, du xme siècle; un Ancien Testament, du xme siècle; un Psautier, du xive siècle; une Imitation de Jésus-Christ, du xve siècle; beaucoup de Missels, de Rituels, d’Antiphonaires, de divers siècles jusqu’à l’invention de l’imprimerie, etc.

On trouve aujourd’hui à la Grande-Chartreuse une fort belle collection des Pères de l’Eglise, format infolio, plusieurs Commentaires des Ecritures saintes, un grand nombre de livres ascétiques, des miscellanea, et encore quelques manuscrits. L’histoire, la littérature, la physique, la botanique, y sont aussi représentées par d’assez bons ouvrages. Mais il y a encore bien des lacunes à combler sur beaucoup de points. Ainsi on s’étonne de ne pas rencontrer la collection des Bollandistes dans une bibliothèque de couvent. On regrette également de ne pas y voir les ouvrages de dom Martène, de dom Mabillon et de quelques autres bénédictins qui ont écrit sur les ordres religieux. Ces vides, il faut l’espérer, se rempliront avec le temps. »

Je ne sais ce qu’il en est aujourd’hui de la bibliothèque suite notamment à leur 2e départ en exil en 1901. Elle dut être reconstituée après leur retour en 1941. Les anciens fonds ont-ils été sauvegardés ?

Petit clin d’oeil, je ne peux manquer d’évoquer le célèbre roman libertin de Jean-Charles Gervaise de Latouche intitulé Histoire de dom B…, portier des Chartreux, écrite par lui-même. Edité à Rome aux dépens des Chartreux bien sûr !

Le texte intégral est en ligne.

Sources :

Du Boys, Albert, et Victor Cassien. La Grande-Chartreuse : ou Tableau historique et descriptif de ce Monastere ; précédé d’une vie abrégée de Saint Bruno, fondateur de l’ordre des Chartreux. Grenoble : Baratier, 1845 [disponible en ligne]

Mielle de Becdelièvre, Dominique. Prêcher en silence : enquête codicologique sur les manuscrits du XIIe siècle provenant de la Grande Chartreuse. 1 vol. Travaux et recherches – CERCOR, ISSN 1242-8043 ; 17. Saint-Étienne : Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2004.

L’ordre des Chartreux

Léo Mabmacien

16 réflexions au sujet de « La bibliothèque du couvent de la Grande-Chartreuse »

  1. Hum! la divine description de la Toinette…
    je n’ai pas tout lu, je me le reserve pour les longues soiréées d’hiver…
    trés bel article qui donne envie d’aller voir dans ce fond et de faire plus de recherches.

  2. Les fonds de bibliothèque des ordres monastiques ne sont constitués, pour l’essentiel, que d’ouvrages théologiques qui nous dépassent et souvent dans des états d’usure conséquente. Ce qui en fait l’attrait pour les bibliophiles et des historiens du livre, ce sont les manuscrits enluminés et premiers ouvrages imprimés et illustrés…

    Deux exils doivent permettre de les retrouver tous dans la bibliothèque municipale de la ville de Grenoble ! A moins que l’état pense aujourd’hui à redonner à ces ordres ce qui leur appartenait ?

    Magnifique bibliothèque. Pierre

  3. L’amour des livres a toujours été profond chez les Chartreux.
    Lors des expulsions, à la suite de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, toutes les bibliothèques chartreuses françaises furent groupées à Lucques (Toscane).
    Au retour, après la Première Guerre mondiale et après 1940, toutes les anciennes maisons n’ayant pu être rouvertes, les bibliothèques furent redistribuées. Les incunables furent réunis à la Grande-Chartreuse, aux côtés de 35 000 ouvrages modernes : 61 éditions, françaises, allemandes et vénitiennes d’auteurs chartreux ; 20 Bibles, légendes dorées, oeuvres de St-Auhgustin, Albert le Grand, Thomas a Kempis, etc.

  4. J’ai lu sur le site de la bibliothéque qu’il y avait un exemplaire de la danse macabre et d’autres trésors; Existe-t-il un catalogue de description et d’inventaire codicologique detaillé, avec des planches détaillées de certains de ces manuscrits?
    J’ai lu aussi plus haut quelques chose sur les bollandistes; savez-vous pourquoi l’auteur regrette que cette collection ne soit pas dans la bibliothéque à l’époque ou il ecrit ce texte. Je sais juste que les carmes et les bollandistes étaient opposés mais pas pourquoi non plus…
    Que peut valoir une collection en 27 ou 28 volumes, je ne me souviens plus, d’histoire ecclésiastique; je n’ai pas plus de references que ça pour le moment.
    Merci d’avance pour vos reponses ou vos indications;
    sandrine salières gangloff.

  5. Les Petits Bollandistes ont constitué une oeuvre babylonesque d’une vingtaine de forts volumes regroupant les vies des Saints et Martyrs de l’Eglise. Il doit en exister une version numérisée peut-être accessible via Internet.

    René

  6. Merci René, je vais chercher cette piste.
    Je n’arrive pas à savoir quelle peut être la valeur de tous ces livres saints qui arrivent un jour ou l’autre dans l’atelier, en etat moyen, voir piteux.
    En depit du fait qu’ils ont de jolis dos et sont en plein veau.
    18ème tardif… le papier de garde est une coquille.

  7. N’ayant pas encore renoncé aux biens de ce monde, je n’ai jamais pu entrer à la Grande Chartreuse, toutefois, il est possible de visiter les bâtiments situés en contrebas, qui étaient autrefois destinés à l’habitat et aux ateliers des frères convers et où fut installée une presse . En effet dès le 17ème siècle la Grande Chartreuse imprimait ses propres ouvrages. On en voit passer à la vente de temps en temps, à l’adresse de la Correrie. Des ouvrages religieux, bien évidemment, recherchés par les amateurs. Le premier imprimeur, André Galle, venait de Grenoble, appelé par le père le Masson, en 1680. Le premier ouvrage portant l’adresse de la Correrie fut la seconde édition des statuts de l’ordre imprimé par Laurent Gilibert, que certains considèrent comme le premier imprimeur de la Grande Chartreuse.

    Voir Bibliographie des ouvrages des presses de la Correrie, imprimerie particulière de la Grande-Chartreuse d’ Edmond Maignien, chez H. leclerc et p. cornuau – 1896.

    Textor

  8. Une petite retraite ? Avec l’Introduction à la vie dévote. Paris, veuve Estienne et fils, 1747. In-8, maroquin olive, filet et armoiries centrales à froid, dos lisse, roulette intérieure, doublure et gardes de tabis rose, tranches dorées.?
    Je ne dis pas non ! ….
    Bonne soirée
    Textor

  9. Merci pour ces liens; Ils m’ont permis de me cultiver sur ces sujets aussi variés que E. maignien, le fond de la bibliothéque municipale de Grenoble, les bollandistes, petits et grands, de remonter jusqu’à Plantin , en passant par la vie monastique et la méditation scientifique… Les Chartreux, de retomber sur d’autres liens qui expliquent bien comment on devient bibliophile avec un certain nombre de portraits interessants( le blog du bibliophile), que j’ai trouvé juste,
    et au prix de parfois beaucoup d’hésitations, tellement les informations sont nombreuses.
    Ma formation d’artisan relieur, trés terrienne, incluait une part d’histoire du livre., et je revois la tête de mon professeur d’histoire du livre, à qui on avait demandé de nous résumer l’essentiel en UN AN, de cette discipline … Qui finalement procéde plus d’une passion ad vitam aeternam, et d’une rigueur personnelle à vouloir apprendre… Je comprends mieux la reticence de certains à aller chez un relieur et le fossé qui peut exister entre le monde de la bibliophilie et le monde de la reliure… Et cela confirme la transparence que je souhaite voir entre libraire, bibliophile et relieur, restaurateur pour rester au plus juste, dans la modération.

    Au fait il existe bien une boisson liquoreuse qui porte ce nom des chartreux, il me semble. Cela complétera la lecture de dom B., portier des chartreux…
    Entre la vie des martyrs en latin et la vie des portiers, il devait, certes, y avoir de quoi faire…
    Sandrine.

  10. @Sandrine : une bonne boisson liquoreuse et un bon livre pour des journées agréables au coin du feu, c’est parfait !
    @ Textor : je pencherais plus pour une simple reliure janséniste ;-))

    Bien à vous
    Léo

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