Le théâtre révolutionnaire : 1789-1799


exemple de pièce jouée et imprimée pendant la Révolution française. A noter le vocabulaire : citoyen, frimaire, république, an VI

La Révolution française (1789-1799) a entraîné un développement spectaculaire des pièces de théâtre, tant sur le plan de la représentation que de l’édition. La prise de la Bastille libère la parole (René Tarin), les titres prolifèrent tout comme les représentations de pièces de théâtre. 4000 représentations sont identifiées à Paris entre 1789 et 1800, 1637 pièces imprimées (Le théâtre en France).  Il faut aussi rappeler qu’à l’époque plusieurs pièces sont jouées en alternance et que le programme change chaque jour. René Tarin (annexe 2, pages 289-291) comptabilise lui entre 1789 et 1799 environ 2 000 pièces écrites.

Liberté et censure

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 rend la presse libre (temporairement) mais le théâtre reste soumis à une censure municipale. La liberté de la scène interviendra après en janvier 1791 avec la Loi relative aux spectacles du 13 janvier 1791). Cette loi permet à chacun d’ouvrir une salle de spectacle sur simple déclaration et les ouvrages dont les auteurs sont morts depuis 5 ans au moins peuvent être représentés librement (reconnaissance de propriété aux auteurs).  Les salles se multiplient donc comme les spectacles. Ce cadre juridique durera jusqu’en 1807. De même les acteurs sont réhabilités, certains étant très actifs comme révolutionnaires (Collot d’Herbois par exemple).

La Comédie Française devient en 1789 le théâtre de la Nation et perd ses privilèges notamment  le monopole exclusif des œuvres du répertoire classique. En 1793 le théâtre où ils jouaient est fermé et la troupe échappe de peu à la guillotine.

Sous la Terreur (1793-1794) le théâtre est orienté vers des pièces politiquement correctes et la censure revient en août 1793.

Après Thermidor (27 juillet 1794) les représentations par et pour le peuple sont supprimées, les pièces « patriotiques » sont remplacées par des opéras-comiques ou des satires sociales (Serge Bianchi).

Le coup d’Etat de Napoléon Bonaparte le 18 Brumaire (9 novembre 1799) va entraîner un rétablissement officiel  de la censure et un nombre de théâtre réduit (8 salles à Paris en 1807). La Comédie-Française ou Théâtre Français est rétablie dans ses droits traditionnels.

Timoléon de Marie-Joseph Chénier (auteur du fameux Charles IX).  Une pièce (interdite) représentative de la production révolutionnaire. Sous la fiction antique se « cache » la lutte entre Montagnards et Girondins.
page 39 de Timoléon. Guerre aux tyrans (Timophane). Une haute idée de la liberté

Des formes renouvelées, le théâtre de la Constituante

Entre 1789 et 1791 s’élabore le théâtre de la Constituante : une école du peuple.

Avant la Révolution les conditions de représentation sur les scènes sont codifiées et limitées par la loi : pas d’œuvres dialoguées, mise en scène… La Révolution modifie les formes théâtrales : essor du mélodrame et de la thématique des œuvres ( « drame national », « fait historique », « tragédie nationale », « pièce héroï-nationale », « héroï-comique », divertissement… terminé par un vaudeville, comédie-parade, ambigu, folie en prose… mêlée d’ariettes, folie en vers….).

Le théâtre de cette période est fortement didactique et utilitaire. Il s’agit d’élaborer un nouveau théâtre en adoptant la scène à l’événement, en étant le reflet de l’actualité, reflet aussi de l’actualité sociale (dialogues, scènes, parlers populaires, costumes dont le costume antique, vérité dans l’Art) et renouvellement de la dramaturgie : non au superflu et aux prologues interminables, remise en cause de la règle des trois unités, scènes plus réalistes, décors et accessoires, jeu de l’acteur (non plus face au public mais entre acteurs…). Le rejet des maîtres du théâtre classique est de mise et au contraire Voltaire est valorisé comme les héros populaires. Certaines pièces de l’ancien répertoire sont reprises et mises au goût du jour après quelques modifications (expressions et vocabulaire aristocratique..). L’ancien répertoire n’a pas disparu, loin de là et l’emporte même sur les créations patriotiques.

Il ne faut pas oublier que face au modèle aristocratique (et à sa fustigation) une morale bourgeoise émerge (culte de la famille, condamnation du luxe et de l’oisiveté versus travail) ainsi que l’éloge des valeurs républicaines (religion épurée, citoyenneté, patriotisme…). N’oublions pas la dénonciation des tares des rois et des privilégiés, l’anticléricalisme de cette période.

exemple de pièce avec des personnages plus triviaux et une scène à la campagne
gouaille populaire

Léo Mabmacien

Sources :

BIANCHI Serge. Le théâtre de l’an II (culture et société sous la Révolution). In: Annales historiques de la Révolution française. N°278, 1989. pp. 417-432. [en ligne]

MARTIN J. La Terreur : part maudite de la Révolution. [Paris] : Gallimard, 2010. 127 p.(Découvertes Gallimard, ISSN 0988-0712 ; 566).

POIRSON M. Le théâtre sous la Révolution : politique du répertoire, 1789-1799. Paris : Desjonquères, 2008. 510 p.(L’Esprit des lettres, ISSN 1638-2358).

TARIN R. Le théâtre de la Constituante ou L’école du peuple. Paris : H. Champion éd., 1998. 302 p.-[27] f. de pl. p.(Les Dix-huitièmes siècles, ISSN 1259-4482 ; 13). ISBN : 2-85203-666-5.

VIALA A. Le théâtre en France. Paris : PUF, 2009. XV-494 p.(Quadrige. Manuel, ISSN 1630-5264).


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5 réflexions au sujet de « Le théâtre révolutionnaire : 1789-1799 »

  1. Passionnant, j’aime beaucoup le théâtre tombé aux oubliettes de l’histoire de cette période.

    B.

  2. une période très intéressante, riche en bouleversements et où l’on trouve encore des pièces à des prix abordables… !
    Merci Bertrand

    Léo
    PS : un article qui m’a demandé pas mal de temps ;-))

  3. Si le thème des pièces aborde plus aisément le social ou le politique, on peut constater que la versification est très classique. Les alexandrins riment sans surprise…

    Très amusant de voir l’actualité se glisser avec Chénier dans le théâtre de l’époque, comme aujourd’hui où l’on fait des films sur Sarkozy ;-))

    Bel article original. Vous bossez vos billets Léo !

    Dimanche, j’ai participé à un petit marché du « livre de seconde main en anglais ». J’étais à côté d’une anglaise professeur à l’université d’Aix qui forme, entre autres, les bibliothécaires. Vous pourriez nous dire un mot de la formation pour rentrer dans votre docte assemblée ? Pierre

  4. Merci Pierre. Oui j’aime bien la pièce de Chénier ;-))

    pour le métier de bibliothécaire c’est une vaste question :

    http://infos.emploipublic.fr/2009/07/08/8-les-metiers-de-la-bibliotheque/

    En gros il faut passer des concours : soit de conservateur, soit de bibliothécaire, soit de bibliothécaires plus spécialisés (assistants), soit de magasinier (ou adjoint en bibliothèque municipale, là c’est la seule possibilité où l’on est recruté sans concours). Tout est bien expliqué ci-dessus.

    Bonne journée
    Léo

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