Introduction à la textologie par Roger Laufer : un ouvrage majeur


Introduction à la textologie : vérification, établissement, édition des textes parRoger Laufer. Paris : Larousse, 1972 (Collection L)

Dominique Varry cite cet ouvrage (devenu un classique) dans son Introduction à la bibliographie matérielle comme le « premier manuel d’initiation à la critique textuelle, destiné en premier lieu aux étudiants universitaires et influencé par les modèles du monde anglo-saxon. Les travaux plus récents de l’auteur sont aussi très intéressants, même s’il évolue désormais dans la jungle de l’hypertexte. »

Cet ouvrage est depuis longtemps épuisé, vous pourrez le retrouver en bibliothèque. Il traite de la textologie c’est à dire l’étude des conditions générales d’existence des textes. La première partie s’attache aux problèmes de l’édition des textes (quel état choisir pour établir une édition la plus conforme possible, comment établir et présenter le texte avec les différentes variantes). Roger Laufer présente plusieurs cas : Paul et Virginie, l’Histoire de Gil Blas de Santillane, tome 1, Madame Bovary…). La seconde partie est consacrée aux problèmes matériels de l’édition des textes. Cette partie est l’une des premières introductions à la bibliographie matérielle publiée en langue française. Pour rappel la bibliographie matérielle s’attache à l’archéologie du document imprimé, à la matérialité du support et du texte :

« La bibliographie matérielle, discipline d’origine anglo-saxonne, est une archéologie du livre imprimé… La bibliographie matérielle est indispensable à l’éditeur scientifique d’ouvrages anciens, à l’historien soucieux de la fiabilité de ses sources imprimées, mais aussi au bibliothécaire ou au collectionneur désireux de connaître les livres qu’il conserve. Elle leur permet de reconstituer la généalogie des éditions d’un texte, d’en identifier les contrefaçons et les éditions pirates faites sous fausses adresses étrangères destinées à contourner la censure, de repérer les « manipulations » effectuées par des vendeurs peu scrupuleux, ainsi que les faux mis sur le marché d’antiquariat à différentes époques. » (Dominique Varry dans son Introduction à la bibliographie matérielle).

Et de l’analyse bibliographique découle la critique textuelle, l’étude des variantes textuelles d’un texte. L’auteur présente notamment des « rudiments » d’histoire des arts et techniques du livre on ne peut plus utiles. Il insiste également sur l’importance du relevé des empreintes (évoquées dans un précédent article du blog). Pour finir je vous invite à suivre son exemple de collation sur les premières éditions autorisées des Pensées de Pascal. Pas facile à suivre !

Léo Mabmacien

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6 réflexions au sujet de « Introduction à la textologie par Roger Laufer : un ouvrage majeur »

  1. J’ai toujours été très étonné de ne lire que des références à Laufer (agrégé d’anglais, comme par hasard) et à l’école anglo-saxonne quand on parle de bibliographie matérielle. Il est évident que la place manque ici pour développer un sujet qui n’est pas simple et sur lequel, outre les anciens, de nombreux contemporains écrivent encore. Je ne peux que rappeler quelques jalons qui montrent que les français, et particulièrement les bibliophiles, furent en avance sur le sujet : ils n’ont eu que le tort de ne pas assez publier.

    Seule la seconde partie de l' »Introduction à la textologie » de Laufer traite de « bibliographie matérielle » : Laufer avait traité le sujet dans un article publié en Australie dès 1966.
    Les anglo-saxons, menés par Pollard, abordèrent le sujet peu avant la Première Guerre mondiale, à propos des éditions de Shakespeare, au sein de la Bibliographical Society fondée en 1892.
    Constantin, dans son « Manuel de bibliothéconomie » (1841) fait bien la différence entre « bibliographie littéraire », qui traite du mérite des ouvrages, et « bibliographie matérielle » qui fait « connaître le matériel des livres ».
    Peignot, dans son « Répertoire bibliographique universel » (1812) traite du « matériel des livres » qu’il place dans la « bibliographie élémentaire ».
    Achard, dans son « Cours élémentaire de bibliographie » (1806) écrit qu’il connaît des bibliopoles qui se distinguent « dans la partie matérielle des livres » et qui peuvent nous apprendre que pendant l’impression d’un ouvrage qu’un désordre dans les lettres d’un mot n’a été rétabli qu’après le tirage de plusieurs exemplaires.
    Enfin, cessons de nous battre pour une terminologie qui serait bien plus explicite avec l’utilisation de la paraphrase « analyse matérielle du livre » puisqu’il semble que l’expression « bibliographie matérielle » est incompréhensible pour certains.

  2. Bonjour,
    merci pour cet article, et son commentaire pour le moment unique, qui me montre, que sans une reflexion et une bonne méthode ,on est perdu dans les querelles plus liées à des individus qui intellectualisent, trop à mon avis, qu’à des pratiques simples et logiques.
    Encore la faute aux ( ajoutez ce que vous voulez) … Qui ne manquent pas de créativité, ni aux ingénieurs qui ont conçus les machines à imprimer et autres instruments, ni aux relieurs, ni aux hommes tout simplement qui chaque fois qu’une génération passe, inventent et différencient pour que les générations suivantes ne s’ennuient pas.
    ;-)

    Bien à vous.
    Sandrine.

  3. C’est volontairement que j’ai voulu séparer les « théoriciens » qui utilisent des données statistiques ou des mauvais exemples pour leurs démonstrations, des « praticiens » bibliophiles ».
    Même si leurs travaux de bibliographie matérielle peuvent sembler manquer aujourd’hui de précision, ceux de Paul Lacroix, concernant les oeuvres de Rétif de la Bretonne et de Molière, et ceux de Antoine Augustin Renouard, pour ses célèbres catalogues, sont néanmoins très antérieurs aux premiers travaux similaires anglo-saxons.

    Toutes ces réflexions pour dire combien je suis pressé de lire le dernier ouvrage d’Alain Riffaud.

  4. Merci pour ces précisions M. Fontaine. D’accord pour « analyse matérielle du livre » ! Le livre de Riffaud n’est pas encore paru mais je l’attends avec impatience, tout comme vous.
    Léo

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