Une archéologie du livre français moderne par Alain Riffaud : un manuel de bibliographie matérielle


Une archéologie du livre français moderne / Alain Riffaud. Genève : Droz, 2011. ISBN 978-2-600-01453-3. 55 €

Avec un peu de retard, mais mieux vaut tard que jamais, je voudrais évoquer avec vous le livre d’Alain Riffaud (maître de conférence à l’Université d’Angers et du Maine) consacré à la bibliographie matérielle (ou descriptive si vous préférez).  Alain Riffaud n’emploie pas ce terme là mais utilise le terme d’archéologie du livre pour désigner cette discipline. Son but est d’initier les gens au livre ancien, d’une manière très pédagogique et synthétique ce qu’il fait de façon magistrale en nous entraînant dans des recherches et des analyses que n’aurait pas reniées Agatha Christie. Mais ici point de coupable mais la joie de trouver quel est l’imprimeur de telle édition sans adresse, de confirmer l’édition originale de l’Ecole des femmes…etc…

Mais ces exemples sont pour la fin du livre. Auparavant nous aurons vu les techniques de l’impression à l’époque de la presse manuelle (la structure d’un livre, la composition et l’impression, les différents formats, de l’imposition au pliage, les corrections, l’organisation du travail), nous aurons réussi à  identifier une édition, à nuancer la qualité typographique entre plusieurs impressions, exercé notre œil à reconnaître un imprimeur et à distinguer les contrefaçons et supercheries (ah les fausses adresses !) pour enfin déceler les traces de la vie du livre.

Si vous avez déjà lu par exemple Introduction à la textologie, si vous avez bien lu les articles de Bibliomab (sourire) ou si vous avez pratiqué la bibliographie matérielle (d’un point de vue professionnel), vous resterez un peu sur votre faim. Il s’agit avant tout pour l’auteur de s’adresser à l’amateur éclairé. En ce qui me concerne cela m’a permis de préciser certains termes et définitions, de mieux comprendre la composition partagée entre plusieurs imprimeurs et de bien faire le point sur ce que je savais déjà. Une mention spéciale à l’argot typographique où vous saurez tout du squelette, du bourdon, de la façon de faire un mastic, de retrouver les morpions de pétouilles et si vous vous débrouillez mal vous risquez d’aller faire selon le cas un tour en Germanie, à Saint-Jacques ou en Galilée !

Les illustrations sont claires et nombreuses, l’ouvrage comporte plusieurs index et une bibliographie très utile mais avare en ressources disponibles sur internet (de nombreux ouvrages anciens ont été numérisés comme La science pratique de l’imprimerie, donc facilement consultable). Deux petits regrets : l’absence d’un chapitre sur la façon de rédiger les descriptions bibliographiques et les formules de collation (au moins un petit exemple) et un prix élevé (toujours cher chez Droz). Un livre on ne peut plus utile !

Mise à jour : Conférence en ligne de M. Riffaud sur l’archéologie du livre ancien pour des étudiants de Licence de Lettres et de Deust Métiers du livre sur le site de l’Université Rennes 2.

Pour retrouver l’argot des ouvriers du livre (19e siècle) :

Dictionnaire de l’argot des typographes par Eugène Boutmy [en ligne]

Léo Mabmacien

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10 réflexions au sujet de « Une archéologie du livre français moderne par Alain Riffaud : un manuel de bibliographie matérielle »

  1. Bonjour,

    J’aurais écrit :

    Son but est d’initier les gens au livre ancien, d’une manière très pédagogique et synthétique ce qu’il fait de façon magistrale en nous entraînant dans des recherches et des analyses que n’auraient pas reniées Agatha Christie.

    Me trompé-je ?

  2. Une référence à posséder, semble t-il. Mais je crains le pire chez Droz qui vit en Franc-Suisse…

  3. Merci pour l’excellent article ainsi que le lien pour le conference. Pourriez vous precisez pourquoi il appelle son oeuvre ‘livre moderne’ ce terme veut dire depuis l’imprimerie a caractere mobile ou biens livre recent? Merci – Peter

  4. Il en parle dans mon souvenir en introduction je crois mais actuellement je n’ai pas l’ouvrage sous la main. Voici ce qu’en dit la présentation des éditions Droz : « il concentre ses exemples sur le livre français moderne, déterminant un corpus cohérent qui se révèle adéquat pour éprouver la méthodologie, sans empêcher d’être étendu aux premiers siècles de l’imprimerie, du XVe au XVIIIe siècle. » Comme c’est un spécialiste du 17e siècle…

    Léo

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