Des imprimeurs de province (l’imprimerie à Bourges avant la Révolution)


un livre à l’usage du diocèse caractéristique de la production d’un imprimeur à cette époque (A Bourges chez François Toubeau)

Je suis tombé par hasard sur un site personnel relatif à la famille Toubeau de Maisonneuve dont l’un des représentants fut Jean Toubeau (1628?-1685), imprimeur-libraire qui exerça à Bourges et écrivit notamment un traité des Institutes du droit consulaire.

Les institutes du droit consulaire, ou La jurisprudence des marchands ... par Jean Toubeau,... 2e éd. augmentée du tiers
Les institutes du droit consulaire, ou La jurisprudence des marchands … par Jean Toubeau,… 2e éd. augmentée du tiers
Source: Bibliothèque nationale de France

Voici la notice qui lui est consacrée, extraite du « Moréri » :

« TOUBEAU ( Jean ) libraire & imprimeur à Bourges , étoit un homme habile non-feulement dans son  commerce , mais dans les sciences, & principalement dans plusieurs parties de la jurisprudence. Son mérite le fit élever dans Bourges, sa patrie, à toutes les dignités où il pouvoit prétendre. Il fut échevin , &c plusieurs fois prévôt des marchands de la juridiction consulaire de cette ville. Feu M. Colbert, qui étoit informé de son mérite, le chargea en 1678 de dresser des mémoires pour faire connoitre au conseil l’utilité, la facilité & la nécessité qu’il y avoit de rétablir le commerce dans la ville de Bourges, & les moyens d’y réussir. Ces mémoires furent très-goutés, & l’auteur les imprima lui-même. Mais la mort de M. Colbert empêcha l’exécution de ces projets. Jean Toubeau ne s’en appliqua pas moins à réfléchir fur ce qu’il avoit déja écrit, à l »étendre , & à le fortifier par de nouvelles vues ; et  ces mémoires ainsi revus & augmentés, sont encore entre les mains de sa famille. Dès 1643 il avoit donné un recueil des privilèges de la ville de Bourges in-4; & en 1682 il imprima lui-même un traité des institutes du droit consulaire, qu’il avoit composé & qu’il dédia à M. Colbert. Il mourut pendant son échevinage,le 2 de juillet 1685 ,à Paris , où il avoit été député par la ville de Bourges, pour la seconde ou la troisième fois : car on le chargeoit volontiers des affaires importantes qui intéressoient cette ville , & il a réussi dans toutes. François Toubeau son fils, quitta le commerce de librairie & l’imprimerie quelque temps après la mort de son père , ensorte qu’il n’y en a plus de ce nom qui exerce à Bourges cette profession, que les Toubeau y avoient remplie avec honneur depuis un autre Jean Toubeau, qui étoit venu d’Allemagne s’établir a Bourges environ l’an 1520. François Toubeau a rempli avec distinction les mêmes charges dont son pere avoit été revêtu. II a été de plus secrétaire en chef  & en titre de l’université de Bourges, & en 1700 il donna une seconde édition de l’ouvrage de son pere sur le droit consulaire, qu’il dédia à M. Chamillard , & qu’il augmenta considérablement tant de ses propres recherches, que fur les mémoires de son pere. On en a fait depuis une troisième édition à Paris , Jacques Boyer, gendre de François Toubeau & le possesseur de son fonds, ayant négligé de le réimprimer. II est bon de remarquer que Jean Toubeau , pere de François, étoit arriére petit – petit-fils , du côté maternel, du savant Geoffroi TORY, dont on a parlé en son lieu (…) »

Parmi les articles proposés (extraits de différentes revues) les notes sur l’imprimerie à Bourges avant la Révolution permettent de mieux cerner le métier d’imprimeur-libraire de province,  de constater leur faible nombre dans cette ville qui accueillit jadis une Université florissante au 15e et 16e siècle, mais possédant une vie intellectuelle restreinte au 18e. Voici nos imprimeurs :

« On en relève trois à Bourges ·Claude Chassipot (en réalité Chassipol ou Chassippol), François Toubeau, (Jean-) Jacques Cristo. S’y ajoute un libraire-relieur, Silvain Girard, qui n’exerçait pas la typographie. Le nombre des libraires était assurément bien moins élevé qu’aux grands jours de L’Université, au XVI° siècle, mais celui des imprimeurs ne fut jamais plus important. Le 31 mars 1739, un arrêt du Conseil du Roi, renouvelant l’arrêt du 31 juillet 1704, le fixe même à 2 pour Bourges (et 36 pour Paris)  (ces deux imprimeries furent alors la Veuve Jacques Boyer et J.-R. Cristo; il n’est plus question des Chassipol après 1742). »

Plusieurs constats : de très petits ateliers, peu ou pas de personnel, un matériel réduit au strict minimum (presse, caractères dont la plupart sont usagés), de rares impressions (« des classiques pour le collège, des livres pour le chant d’Eglise ; les ouvrages juridiques nécessaires aux hommes de loi et aux propriétaires (Coutumes du Berry), voilà tout ce qu’on pouvait demander aux typographes ») et un faible revenu (l’imprimeur est souvent libraire ou exerce un métier complémentaire) qui fait vivre difficilement son « homme ».  La « situation de fortune » est bien exposée dans l’article consacré à l’état de l’imprimerie et de la librairie berruyères à la fin du 17e siècle. Le métier d’imprimeur-libraire dans une ville de Province sous l’Ancien Régime n’est pas une sinécure !

Le site de la famille Toubeau de Maisonneuve avec une partie consacrée à l’imprimerie à Bourges

Source utile (non consultée) :

Histoire des imprimeurs et libraires de Bourges, suivie d’une notice sur ses bibliothèques ; par M. H. Boyer.  Bourges : Impr. de Jollet-Souchois, 1854

Léo Mabmacien

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3 réflexions au sujet de « Des imprimeurs de province (l’imprimerie à Bourges avant la Révolution) »

  1. Bonjour,

    Le recueil des privilèges de la ville de Bourges, 1643 a été attribué à Jean Toubeau (entre autres -à vérifier- par Lelong et Brunet) mais reste douteuse étant donné l’âge de l’auteur (15 ou 18 ans?) [Mes notes donnent: né le 26 janvier 1625] et le contenu de ce livre (cf ci- dessous). Laugardière l’attribuait à Jean Chenu (« De l’ancienne juridiction des Bourgeois de Bourges, » Bourges, Pigelet, 1871).

    La parenté de Toubeau et de Tory est floue. Dans ses « Institutes du droit consulaire » Toubeau se flatte de compter Tory parmi « ceux de ma famille ». Catherinot les qualifie d’alliés seulement.

    Les Toubeau et Toubeau de Maisonneuve portent « d’azur à une fasce d’argent chargée de trois roses de gueules surmontée d’un soleil d’or et accompagnée de trois chicots de même deux en chef un en pointe », variante d’armes qui se trouvent gravées sur bois dans certaines productions des Toubeau. Ces armes dérivent de celles des Lauverjat (sans le soleil) libraires de Bourges au XVIe et ancêtres directs de Jean Toubeau. Un Jean Lauverjat fut échevin de Bourges en 1528-1529, cet autre Jean, sa veuve et son fils Germain tous libraires faisaient imprimer leurs livres par Pierre Bouchier ou les Levez à la fin du XVIe s. On remarque par exemple ces armes dans la lettrine de dédicace de la monumentale « histoire du Berry » de Thaumas de la Thaumassière, Bourges, François Toubeau, 1689. (Ici sur fond de gueules). Le « recueil des privilèges de la ville de Bourges », 1643, sn, ne donne pas le blason des Lauverjat (page 167) dans sa dernière partie « blasons des armoiries des familles de la ville de Bourges… » alors qu’il en donne beaucoup d’autres!

    Il faut lire « Hommage à Jean Jenny, historien du livre et des imprimeurs berruyers (XVIe- XVIIIe s. Cahiers d’Archéologie & d’Histoire du Berry, n° 169/170 Mars-juin 2007. Et autres publication de cet ancien conservateur de la Bibliothèque municipale de Bourges.

    Le livre de Hippolyte Boyer contient des imperfections dont l’auteur était conscient, il en prépara une seconde édition qui ne fut pas imprimée.

    Lauverjat

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