L’interdiction du roman et la librairie : 1728-1750 par Françoise Weil


Voici un ouvrage un peu ancien mais indispensable à celui ou à celle qui veut s’immiscer dans l’interdiction du roman français entre 1728 et 1750 et en savoir plus sur les contrefaçons. Françoise Weil réalise là un travail remarquable de recherche, d’enquête, d’identification, de bibliographie matérielle qu’on ne peut que saluer. Interdire le roman ? Quelle idée a bien pu germer dans la tête du chancelier d’Aguesseau lorsqu’il lance sa proscription en 1737 (en tant que Garde des Sceaux) ? Il n’existe pas de texte juridique faisant preuve. L’ordre a été donné oralement. Malin !

Les romans périodiques (qui paraissent en livraison) sont particulièrement visés . Il faut rappeler qu’à l’époque le roman n’a pas bonne presse, qu’on le considère juste digne des jeunes gens et des femmes, tout juste divertissant. De plus tout comme les périodiques et les comédies le roman est politique : « en critiquant les individus, il mettait en cause les institutions et toute la société de l’Ancien Régime ». Il peut être aussi érotique. La condamnation au nom de la morale sert surtout à avoir dans la poche une partie du public. De cette manière le pouvoir pouvait alors « davantage contrôler la publication et la circulation des livres ». Pour interdire un roman il suffisait à l’époque de refuser une demande de privilège (autorisation d’imprimer et droit de propriété) ou de permission tacite, orale ou écrite (autorisation de débit).

Le chancelier d’Aguesseau n’est pas seul dans sa fonction : il est assisté de collaborateurs à qui il délègue certains pouvoirs dont le lieutenant général de police qui devait « surveiller l’exécution des règlements de la librairie ». Après juillet 1737 « le chancelier n’accorde plus de privilèges aux romans, et le nombre de ceux qui sont présentés au Sceau est insignifiant ». Cela n’empêche pas les publications comme le montre le tableau page 196. Les permissions tacites subissent le même sort (refus systématique après 1738). Mais des permissions exceptionnelles ont été accordées, en sachant qu’une interdiction ne faisait qu’augmenter la publicité de l’ouvrage. En ce qui concerne les poursuites, « elles semblent avoir été inefficaces, même si les personnes sont inquiétées ».

L’enquête menée par Françoise Weil qui était de vérifier l’effet de la proscription de 1737 l’a amenée « assez loin de l’idée de départ », s’apercevant que le roman n’est pas « un genre littéraire aux contours bien défini ». Cependant elle a pu à partir d’un corpus d’éditions (1728-1750) identifier les impressions parisiennes, les fausses adresses et la contrefaçon, développer le cas de la librairie hollandaise ou encore le rôle de Rouen, notamment de l’imprimerie de Jean-Baptiste Machuel dans la production et la diffusion des romans. En conclusion il ressort que la proscription n’a pas fonctionné, qu’elle n’a pu interdire la parution de romans, une production qui semble s’essouffler vers 1745. En annexe on trouvera notamment le corpus des éditions de romans (1728-1750). 1621 exemplaires sont présentés.

Weil F. L’Interdiction du roman et la librairie : 1728-1750. Paris : Aux Amateurs de livres, 1986. 648 p. (Collection des mélanges de la Bibliothèque de la Sorbonne, ISSN 0763-4862 ; 3). ISBN : 2-905053-19-4.
A compléter par celui-ci (épuisé également) :
Weil F. Livres interdits, livres persécutés : 1720-1770. Oxford : Voltaire Foundation, 1999. 138 p. (Histoire du livre (Oxford)).  ISBN : 0-7294-0635-0.

Léo Mabmacien

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5 réflexions au sujet de « L’interdiction du roman et la librairie : 1728-1750 par Françoise Weil »

  1. commentaire de l’auteur: je crois que ce travail reste valable mais actuellement je travaille sur la deuxième moitié du siècle et la situation n’est plus exactement la même, elle est plus complexe, avec un imbroglio entre autorisés officiellemnt, livres de permission tacite, livres tolérés, et cette situation n’est pas seulement celle desromans

  2. Bonjour Françoise,

    J’espère que votre travail fera l’objet d’une publication.
    Bien cordialement
    Léo

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