La bibliothèque André Desguine, collection d’un bibliophile


« La possession de mes livres est provisoire, en attente et au service de ceux qui, après moi, pourront en jouir. » André Desguine

Qui n’a pas rêvé un jour de donner sa collection à une bibliothèque ? Pas quelques ouvrages non mais une bibliothèque complète à l’instar d’un Le Tellier, bienfaiteur de la Bibliothèque Sainte-Geneviève.

Les Archives départementales des Hauts-de-Seine ont reçu un sacré trésor en 1983 de la part de la veuve d’André Desguine (1902-1981) : 55 000 documents (livres et revues) dont  8 000 éditions antérieures à 1800. André Desguine, qui fut directeur de l’Institut Albert de Lapparent, puis de l’Ecole des Travaux publics de Cachan de 1943 à 1972, a constitué au fil des ans (presque 60 ans) une bibliothèque à l’ancienne, fruit d’une démarche intellectuelle rigoureuse, chaque achat étant mûrement réfléchi, afin de constituer une « bibliothèque de l’honnête homme ». Ses ouvrages ne portent pas de marques d’appartenance, il considérait leurs possessions comme provisoire. Ce qui m’étonne c’est de découvrir la pièce qui lui servait de bibliothèque –on peut la découvrir sur le site– on est en dehors du temps. Pas de catalogue chez lui mais un inventaire alphabétique succinct. Emmenait-il cette liste dans ses déplacements ? Les Archives des Hauts-de-Seine qui ont hérité du fonds ont catalogué une grande partie du fonds (qui continue à accroire), à savoir : 151 incunables, 1020 éditions du 16e siècle, 265 du 17e, 1120 du 18e, 1055 du 19e et 1610 du 20e siècle. Le fonds ancien en lui-même comprend 7200 volumes dont 4547 volumes du 18e siècle. Un tiers des 36 000 documents du fonds moderne sont des éditions du 19e siècle. La bibliothèque s’articule autour de trois grandes thématiques (Théologie, Belles Lettres et Histoire) avec une part belle aux impressions révolutionnaires, aux incunables, à la littérature grecque profane et chrétienne, à la littérature française des 19e et 20e siècles. Pour plus de détails je vous renvoie à l’excellent site proposé par les Archives qui explique dans le détail les fonds conservés.

Les actions de valorisation du fonds menées par les Archives sont exemplaires : un service éducatif  s’occupe de l’accueil de classes, d’ateliers pédagogiques, élabore des dossiers pédagogiques et organise le prêt d’expositions gratuites pour les enseignants. Ces expositions itinérantes reprennent en partie les expositions régulièrement organisées par la bibliothèque, la dernière est consacrée à Théophile Gautier. En complément on trouvera sur le site une version en ligne pour certaines d’entre elles  (Florian, L’ère du temps, Image de science) et des morceaux choisis (identification d’un incunable, images de la girafe).  Des publications sont aussi proposées à la vente (des livrets pédagogiques et des ouvrages bibliographiques sur certains fonds de la bibliothèque).

Mais ce n’est pas tout : le visiteur a accès à une bibliothèque virtuelle de plus de 500 titres téléchargeables, choisis parmi les plus précieux, les plus fragiles ou les plus exceptionnels. L’accès est très simple, par mots-clés ou par listes (auteurs, titre, date). Par contre on ne peut pas faire de recherche plein-texte, l’ OCR n’étant pas prévu… Un autre regret plus important, l’absence (temporaire ?) de ces ouvrages dans Gallica.

La bibliothèque André Desguine n’est pas figée et d’autres enrichissements sont réalisés (legs Mottini en 2004 de 700 volumes du 16e au 20e siècle), en accord avec les trois grandes thématiques du fonds. Un travail remarquable à saluer !

Le site internet

Bibliothèque virtuelle

Sources utilisées : notice du CCfr, site internet de la bibliothèque

Léo Mabmacien

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7 réflexions au sujet de « La bibliothèque André Desguine, collection d’un bibliophile »

  1. Magnifique bibliothèque vivante ! Et O combien ! puisqu’elle vient de s’enrichir d’un ouvrage illustré rare en reliure décorée du XIXe siècle que j’ai eu l’honneur de fournir. C’est un privilège touchant de participer dans une modeste mesure à l’enrichissement d’une telle bibliothèque.

    B.

  2. Cela me fait un peu penser au don (bien que plus ancien) de Louis Médard à la ville de Lunel…

    Magnifique, vraiment.

  3. Personnellement, je ne donnerai jamais ma bibliothèque. Soit elle restera dans ma famille, si j’ai un jour un enfant bibliophile, soit elle sera revendue. J’ai vu et entendu trop d’histoires de musées, de bibliothèques et autres qui reçoivent des dons pour les laisser pourrir dans des réserves, même des choses de valeur.

    Le meilleur moyen de conserver c’est que ça reste en main privées.

    Et puis, on a le plaisir de dénicher la perle rare ou la pièce convoitée pour sa collection. Pourquoi empêcher les autres d’avoir la même chance? De mémoire, je crois que c’était la position des Goncourt aussi. Nos livres ne nous appartiennent que pour un temps au bout duquel ils doivent retourner sur le marché pour les générations (de bibliophiles) suivantes.

    Wall

  4. Oui vous avez raison. Après je pense que cela peut se négocier avec l’institution. Le fait d’avoir de bonnes relations avec un conservateur, la dynamique de la bibliothèque… Je pense à Michel Chomarat qui a signé une convention avec la BM de Lyon pour ses documents (http://www.millenaire3.com/Affichage-de-la-ressource.122+M50a0bf04191.0.html)… C’est un peu particulier… Sinon on peut avoir une pièce avec ses ouvrages et du mobilier comme à la Bibliothèque Royale de Belgique… Un peu étrange aussi et figé… Pour André Desguine je trouve cela exemplaire… Mais combien de fonds qui croupissent…

    Léo

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