Diversité des marques d’imprimeurs : l’exemple des Cramoisy


 

1631 sur in-folio, marque gravée sur cuivre par Jean Picquet. On remarque les armes de l’imprimeur  dans le médaillon du haut, une ancre surmontée de trois étoiles et le chiffre en médaillon en bas de Sébastien Cramoisy (fonds Léo Mabmacien)

Sébastien Cramoisy (1584?-1669), actif entre 1606 et 1669, fut l’un des plus important imprimeur-libraire à Paris au 17e siècle. Imprimeur du Roi, directeur de l’Imprimerie Royale de 1643 à 1661, échevin, grand-juge consul, administrateur des hôpitaux, garde des poinçons du Roi, libraire de Richelieu… il amassa une fortune considérable et publia de nombreux ouvrages (religieux pour la plupart) qui dominèrent le paysage éditorial du siècle. Il fut notamment directeur de la Compagnie de la grand-Navire, réunissant et associant des libraires parisiens pour publier des œuvres des Pères de l’Eglise (célèbre marque au navire). Il employa plusieurs marques typographiques tout au long de sa carrière, passant de la gravure sur bois au cuivre, selon les formats employés (une grande marque ne tenant pas sur un in-12 par exemple), les remplaçant selon leur usure au fil du temps. On peut voir ci-dessus et ci-dessous la variété de celles-ci (des grands formats). En fait il reprend la marque et la devise de Sébastien Nivelle (1525?-1603), son grand-père,  imprimeur-libraire à Paris de 1549 à 1603. Il lui succède en 1612 et s’établit à Paris rue Saint Jacques à l’enseigne « aux (deux) cigognes ». Il eut aussi une adresse à Pont-à-Mousson entre 1621-1627.

Détaillons un peu la marque typographique ci-dessus trouvée dans un in-folio de 1631. Dans un médaillon central  figurent deux cigognes qui volent dont l’une soutient et nourrit l’autre, entouré de la devise extrait de la Bible (« honora patrem tuum et matrem tuam ut sis longaevus super terram. Exod. XX. » que l’on traduit par « honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la terre ». Autour de ce médaillon central 4 médaillons représentant des scènes de piété filiale et deux petits médaillons (l’un avec les armes de Sébastien Cramoisy, l’autre son chiffre – ses initiales, un coeur et une croix en forme de 4-).

Ci-dessous les différentes marques utilisées par Sébastien Cramoisy au fil du temps  (voir aussi la notice de la base Marques d’impressors) :

1627 pour un in-4, marque gravée sur bois (Source : Bnf)
1621 pour un in-4, marque gravée sur cuivre (Source : Bnf)
1640 pour un in-4, marque gravée sur bois (Source : Bnf)
1662 pour un in-4, marque gravée sur bois (Source : Bnf)
1665 pour un in-4, marque gravée sur bois (Source : Bnf)

A noter : une gravure sur cuivre s’use plus vite qu’une gravure sur bois lors de l’impression.

Son petit-fils Sébastien Mabre-Cramoisy (1637?-1687) rentre en apprentissage en 1652 et travaillera en association avec Sébastien Cramoisy jusqu’en 1669. Actif entre 1659-1698 mais avec moins de succès que son prédécesseur (il est entre autre victime de contrefaçons provinciales), sa veuve reprend l’affaire en 1687 et publie notamment sous le nom de son mari jusqu’en 1698. Le fonds est racheté en 1715 par Jean-Joseph Barbou qui reprendra la marque des Cramoisy (avec quelques modifications) tout comme après son neveu Joseph Gérard Barbou.

Sébastien Mabre-Cramoisy garde précieusement la marque aux cigognes qui va vers une simplification (fin de la devise, un seul médaillon…), à l’heure où l’usage des marques tend à s’amenuiser. En voici trois ci-dessous dont une composée d’un monogramme de l’imprimeur-libraire, alors à la mode à cette époque (voir aussi la notice de la base Marques d’impressors) :

monogramme de Sébastien Mabre-Cramoisy (1683), gravé sur bois, pour un in-12 (fonds Léo Mabmacien)
marque gravée sur bois, pour un in-12 (fonds Léo Mabmacien)
1670 pour un in-4, marque gravée sur cuivre (Source : Bnf)

Pour finir un extrait d’une page de titre d’une contrefaçon d’une édition de Sébastien Mabre-Cramoisy, gravée dans le marbre (sourire) :

contrefaçon d’une édition de Sébastien Mabre-Cramoisy (fonds Léo Mabmacien)

Source utile :

BARBIER F., JURATIC S., MELLERIO A. Dictionnaire des imprimeurs, libraires et gens du livre à Paris, 1701-1789. A-C. Genève : Droz, 2007. ISBN : 978-2-600-01336-9.

Léo Mabmacien

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11 réflexions au sujet de « Diversité des marques d’imprimeurs : l’exemple des Cramoisy »

  1. Une marque qui garantit la qualité de l’ouvrage quand on l’achète. Toujours agréable de la retrouver. Pierre

  2. De la maison des Lapins aux deux cigognes, en passant par la Corne de Cerf, le pot aux moineaux ou le griffon d’Argen, il resterait à écrire un bestiaire de la librairie parisienne !

  3. @Pierre : du vrai marketing avant l’heure ;-))

    @Textor : cela nous laisse pas mal d’articles à écrire… ;-))

    Léo

  4. Il reste pas mal d’articles à écrire mais, avec la prolifération des blogs de bibliophile, beaucoup de sujets ont déjà été abordés et il faut se rabattre sur des sujets plus ardus, comme mon prochain article : « Sources et influence du typographe à l’R bizarre dans la production de Weidenbach ».
    Je vais quand même faire une petite étude de marché préalable pour voir si cela intéresse quelqu’un…
    T

  5. Faites donc Pierre ! entre la poule de Cavellat, le lapin de Colines et le dauphin du vieux Aldo, il y a certainement de quoi composer plus d’un article ! :)

  6. oh il y’a toujours des articles à faire, c’est bien je trouve que la bibliophilie soit partagée par le plus grand nombre. Vous pouvez Pierre, sans problème !
    Léo

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