De la nécessité de la création d’une typographie vietnamienne par Dam Ca Pham


 

Extrait du mémoire de Dam Ca Pham (tous droits réservés)

« Existe-t-il une typographie vietnamienne ? »

Dans l’introduction à son mémoire de post-diplôme « Typographie & Langage » à l’ESAD d’AmiensDam Ca Pham explique la difficulté à répondre à cette question par la difficulté à accéder aux sources historiques et au matériel typographique au Vietnam, du fait principalement des conditions climatiques et des guerres : « c’est une conversation d’un jeune étudiant au regard des hommes d’un autre temps qui n’ont plus le pouvoir de lui répondre ».

Il précise que  « dans les écoles de design graphique, les cours de typographie sont négligés. La formation se limite à recopier deux caractères, une linéale et un serif classique, mais uniquement en capitales (qui seront appliqués ensuite à des affiches de propagande). Les étudiants qui sont intéressés ont peu de documents sur les fondamentaux de la typographie, s’ils veulent aller plus loin. »

D’où le sujet de ce mémoire consacré à la typographie vietnamienne et à la nécessité de proposer une nouvelle famille de caractères qui tienne compte des caractéristiques de la langue vietnamienne.

Dam Ca pham aborde la transformation de l’écriture (du chinois au latin), le rôle de l’imprimerie, de la xylographie chinoise (15e siècle) à l’impression typographique ;  le tout à travers l’étude de plusieurs documents imprimés, montrant l’influence occidentale sur la typographie vietnamienne.

On apprend ainsi que  « jusqu’au XIXe siècle, le pays possède deux systèmes d’écriture différents : les caractères chinois sont destinés aux lettrés qui doivent passer presque la moitié de leur vie à les étudier ; et le « Nôm », l’écriture dite démotique du langage quotidien, paraît plus compliqué parce qu’il associe des caractères empruntés au chinois. »

Le Vietnam est successivement découvert au XVIe siècle  « par des marchands hollandais et des missionnaires dominicains, franciscains et jésuites » qui « ont inventé un système de notation destiné à écrire avec des caractères latins les sons de la langue vietnamienne, le « Quôc-ngu » ».  Le « Quôc-ngu » est alors utilisé pour imprimer des documents et des livres en écriture latine pour propager la foi catholique bien sûr (il fallait aider les missionnaires à comprendre et parler la langue). Les premiers ouvrages en « Quôc-ngu » datent du 17e siècle et ont été imprimés à Rome sur les presses de la Stamperia della Sacra Congregazione de Propaganda Fide. D’autres, au 19e siècle seront imprimés à Bangkok, à Serampore, à Paris ou à Hong-Kong mais pas au Vietnam lui-même (voir à ce sujet l’article consacré au Vocabulaire français-annamite paru sur BiblioMab), utilisant des caractères adaptés provenant des pays colonisateurs (la fonderie Deberny a eu des relations commerciales avec les imprimeurs du pays) ou de fonderies de pays asiatiques.

Il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour que l’imprimerie typographique se développe au Vietnam avec la création de l’imprimerie impériale à Saïgon en 1861 par l’amiral Bonard. Il s’agissait bien sûr d’asseoir un gouvernement colonisateur. Suivront d’autres imprimeries liées au gouvernement, à la religion catholique et des imprimeries privées.

Jusque dans les années 80, l’impression typographique est caractérisée par l’utilisation de matériels réutilisés, de copies en métal ou en bois de caractères et surtout par l’utilisation de caractères provenant de fonderies françaises (la police de caractère Europe a notamment été remaniée pour l’écriture vietnamienne). La création vernaculaire ne va se développer qu’à l’ère de l’informatique et de la PAO (Publication Assistée par Ordinateur) où plusieurs polices de caractères sont élaborées. Cependant les fontes créées au Vietnam sont réalisées « d’après les modèles de caractères typographiques provenant de l’étranger », simplement en « rajoutant les signes diacritiques » et en résolvant la question technique (134 caractères vietnamiens alors que le code ASCII en compte 128). Dam Ca Pham parle de « bricolage » pour désigner la typographie vietnamienne.

Son mémoire se termine sur la volonté de créer une famille de caractères tenant compte des caractéristiques de la langue vietnamienne. C’est maintenant chose faite avec le Cadao [ka dzau] « destiné à l’usage vietnamien, comprenant quatre versions : romain, italique, romain gras et italique gras. »

Il ne me reste qu’à saluer ce travail formidable et passionnant et à souhaiter à Dam Ca Pham une belle réussite !

De la nécessité de la création d’une typographie vietnamienne / Dam Ca Pham. ESAD Amiens, 2012 [en ligne]. Tous droits réservés.

La famille de caractères Cadao / Dam Ca Pham [en ligne]. Tous droits réservés.

La famille de caractères Cadao (fichier Pdf). Tous droits réservés

Le site personnel de Đam Ca PHAM, graphic & type designer

Léo Mabmacien

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