Cas de conscience : « A Avignon et se vend à… »


 

L’ouvrage ci-dessus porte comme adresse « à Avignon et se vend à Sens chez Lavigne, libraire place St Etienne ». Il est en 3 tomes in-8 et a été écrit par François Morenas (1702-1774), né à Avignon et compilateur infatigable selon Michaud. A priori rien de particulier à dire sur l’adresse si ce n’est que le privilège ne se trouve pas dans les tomes…. L’édition originale est bien datée 1758 et mentionnée comme éditée à Avignon. J’avais déjà évoqué avec vous le « problème » des impressions avignonnaises, la présence d’Avignon rendant méfiant. J’ai fait une petite recherche sur internet et j’ai trouvé une autre page de titre du tome 1, presque identique (le filet et l’adresse sont différents) mais portant l’adresse de trois imprimeurs-libraires (Joly, Tournel et Boissier), bien établis à Avignon :  « A Avignon, chez Henri-Joseph Joly, rue des Fourbisseurs, Simon-Joseph Tournel, Place S. Didier, Benezet Boissier, proche les Célestins. M. DCC. LVIII. AVEC PERMISSION & PRIVILEGE. »

Source : cazitel.com

Nous sommes là en présence selon moi d’une émission de l’ édition d’Avignon (changement de la page de titre). Je n’ai pas pu comparer les parties liminaires de l’édition avec les imprimeurs d’Avignon mais j’ai eu confirmation de l’absence du privilège et de la permission comme pour l’édition portant l’adresse de Lavigne.

Pour l’exemplaire avec l’adresse de Lavigne je ne crois pas (en se référant à Anne Sauvy, In Histoire de l’édition française, t. 2, p. 139) qu’il s’agisse d’une adresse qui invoque, à tort le nom d’un libraire réellement existant ou ayant réellement existé (Lavigne a bien existé).  Elle cite ainsi l’exemple de Giroud à Grenoble qui affiche l’adresse « Paris, Thomas Moëte » sur ses livres.

La mention « A.. et se vend » signale bien souvent que le livre n’a pas été imprimé dans le premier lieu mais bien dans le second (ici Sens). La pratique est courante puisque l’on trouve la même chose à Lyon avec Bruyset (éditions de 1759, 1761, 1768) : l’ impression est bien lyonnaise et la mention d’Avignon bien discrète pour cette possible contrefaçon qui se fait vœu de présenter dans un avertissement au public un ouvrage grandement corrigé et revu :

« Il y a environ une année , qu’il parut un Dictionnaire portatif des Cas de Conscience , en 3. vol. in-8°. S’il eût rempli son objet, & qu’il eut tenu tout ce qu’il sembloit annoncer , nous n eussions eu garde de présenter sitôt au public un ouvrage semblable. Mais les fautes sans nombre , les erreurs fréquentes, les absurdités même , si l’on ose le dire , qui se trouvent dans le premier , nous firent mieux sentir la nécessité de celui – ci. Il étoit en effet important de réformer un livre qui , loin d’être de l’utilité qu’il promettoit, laissoit tout au moins beaucoup de choses à désirer. »

Dans l’ouvrage Les presses grises, François Moureau nous indique que « les permissions tacites, souvent très officielles et ne cachant pas le nom du libraire autorisé (« A Amsterdam, et se vend à Paris, chez… ») … font figure de privilège de 2e classe. »

Ici la mention d’Avignon n’est pas cachée et je penche là plutôt pour un accord entre les imprimeurs d’Avignon et Lavigne, notre libraire s’engageant à acheter une part des exemplaires revêtus de son adresse. Quant à expliquer pourquoi la page de titre mentionne un privilège et une permission, est-ce pour tromper les autorités, les imprimeurs-libraires ?

 Qu’en pensez-vous ?

Source utilisée :

Les presse grises : la contrefaçon du livre (XVIe-XIXe siècles) / Textes réunis par François Moureau. Paris : Aux Amateurs de livres, 1988. ISBN 2-905-053-48-8

Léo Mabmacien

5 réflexions au sujet de « Cas de conscience : « A Avignon et se vend à… » »

  1. Je vais vous faire la réponse de RM : prenez l’empreinte pour en être sûr. Et demandez une comparaison avec d’autres exemplaires au CCFr. ;)

  2. Bonjour, je n’ai surement pas assez de connaissances pour me permettre de dire quoique cela soit, juste une idée par rapport à la date 1758 et le climat politique , peut être qui fait que les privilèges n’étaient accordés que pour 3 ans jusqu’en 1777, aprés, 5 ans.
    peut être une méconnaissance de l’éditeur ou l’ambiguïté d’avoir eu ce privilège puis de n’avoir pas redemandé pour la réedition ?
    Ce ne sont qu’hypothèses. Comment vérifier d’ailleurs une telle hypothèse?
    merci Léo pour cette enigme.
    Bon weekend,
    Bien à vous,
    Sandrine.

  3. Il s’agit d’une édition partagée, une partie du stock a été revendue au libraire de Sens…. C’est assez commun et cela permettait d’amortir les frais d’impression qui étaient assez élevés. Cela a existé dès le XVe siècle…. souvent la page de titre ne porte que le nom d’un des deux ou trois libraires-éditeurs… Toutefois, Avignon et Sens ce n’est pas très courant… A.M.

  4. Vous avez raison Claire, j’ai demandé des scans mais ce n’est pas chose aisée à avoir.

    Oui, je penche comme vous Alain pour l’édition partagée.

    Léo

  5. J’étais en train d’écire la même chose quand j’ai été dérangé.. : édition partagée. Sens, comme Reims aussi éloignée, l’ont souvent fait avec Avignon.

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