D’une brocante et de quelques caractères typographiques…


hauteur des caractères mesurée : 23 mm, normalement on doit avoir 23,56 mm). Notez la boucle du M

Avec les beaux jours les brocantes viennent sonner à notre porte. Cela faisait longtemps que je n’avais pas tenu un « stand » dans une brocante, encore faut-il avoir des choses à vendre où à se débarrasser. Cela fait bien longtemps que je ne cherche plus dans une brocante un chopin, par exemple un livre du 16e siècle qui me tendrait ses bras pour une somme dérisoire. En tout cas ce dimanche j’en ai profité pour me délester de quelques erreurs d’acquisitions (comme on dit), anciennes erreurs de jeunesse (achetées dans des brocantes…), livres pour la plupart dépareillés (un tome sur les 17 d’une édition…) ou dans un état fatigué…

Si cela vous arrive n’attendez pas à rentrer dans vos frais, généralement on perd plus qu’on n’y gagne. En tout cas vous aurez fait plaisir à certaines personnes. Et c’est là que l’on se rend compte que le livre ancien intéresse à 95% des hommes, plutôt âgés, qui se reconnaissent (j’exagère à peine)  » à ce qu’ils ont des cheveux poivre et sel, des lunettes, de l’aplomb, un peu d’humour et une veste pied de poule » (j’ai repiqué la citation à Pierre du blog Librairie ancienne et autres trésors).

J’ai bien vu quelques femmes (âgées aussi) lorgner vers les livres anciens mais ce sont uniquement les hommes qui achetaient. Je comprends aussi mieux maintenant les libraires qui recouvrent leurs livres de papier cristal (ou autre) pour les protéger des « vandales ». J’ai même retrouvé une tranchefile traînant dans un carton c’est vous dire ! Sans oublier le soleil qui comme la pluie peut être fatal pour une reliure… Si vous avez déjà vendu des livres dans une brocante vous pouvez nous faire partager vos impressions en laissant un commentaire.

essai maladroit d’impression

Dans une brocante on se débarrasse mais on peut aussi en profiter pour acheter quelques affaires chez d’autres confrères comme ces deux caractères d’imprimerie que vous voyez sur les photos. Deux lettres uniquement (c’est fou le prix demandé pour deux malheureux caractères certifiés, selon le vendeur, d’une ancienneté frôlant le centenaire). C’est l’occasion en tout cas de vous les présenter, une lettre « e » et une lettre « m ». Deux caractères italiques avec un crénage (une partie du caractère déborde sur l’autre caractère voisin) dont l’un (pour la lettre « m ») est brisé. Etant novice je ne pourrais pas vous donner une date pour ces caractères (années 70 ?),  ni à quelle famille ils appartiennent. En tout cas selon la classification Vox-Atypi ce ne sont pas des didones, des fractures ou des linéaires… Quant au corps du caractère (ou taille si vous voulez) on le mesure avec le corps (partie d de la figure suivante) et en se référant  à la valeur en point. Celle utilisée actuellement est le point Pica ( 0,352 778 mm environ) ce qui nous donne ici un corps de taille 51 (le corps fait 18 mm) ou si on prend le point Truchet de corps 96 (ancien nom : double-canon). Pour en savoir plus sur le point typographique je vous renvoie à l’article de Wikipédia et à la partie consacrée au point typographique par Yves Perrousseaux pages 194 et suivantes de l’Histoire de l’écriture typographique, tome 2/2.

(source : Wikipédia)  c: étant la chasse (largeur) et d le corps. Pour le reste voir l’article de Wikipédia

Je crois que je vais en profiter pour aller lire à l’ombre un traité de typographie comme celui d’Henri Fournier (disponible en ligne). Bonne journée à vous.

on voit bien le cran (entaille) à gauche qui indique au compositeur le sens suivant lequel le caractère doit être placé dans le composteur.

Léo Mabmacien

8 réflexions au sujet de « D’une brocante et de quelques caractères typographiques… »

  1. Je ne sais plus à quelle occasion, quand j’étais enfant, j’avais reçu en cadeau une presse typographique ; je fixais les types qui étaient en plastique sur une grille qui se glissait sur la table de la presse, que l’on refermait avec une manivelle. Un tampon encreur encrait les lettres puis on les pressait sur la feuille de papier. Le résultat donnait un texte en Time-roman de corps 12, aligné plus ou moins régulièrement, qui n’était pas sans rappeler les premières impressions d’Henri Estienne ! :))

  2. Il va falloir que je fasse quelques recherches archéologiques dans l’appartement familial !! Il est possible que ce jouet existe encore bien rangé dans un carton. Vous me donnez l’idée de faire une présentation humoristique sur le BM autour de cette première presse ! Je ne sais pas qui était à l’origine de ce jouet, évidemment à l’heure du Nitendo, tout ceci fleure bon le siècle dernier !

  3. Je sors peu de ma boutique pour vendre des ouvrages, Léo, car vous venez de résumer les écueils d’une telle aventure ! L’idéal est de posséder du matériel de professionnel (parasol, tables, lampes adaptés). Je viens pourtant de faire un petit marché en extérieur du livre ancien, la semaine dernière. Je n’avais pris que du broché et bien m’en a pris car le soleil a été généreux et les reliures n’aiment pas…

    Ce n’est pas pour la valeur financière des ouvrages que j’angoisse. En fait, je déteste laisser des livres s’abimer pour rien. J’ai tellement râlé de voir des ouvrages insolés, gondolés et frottés sur les vides-greniers que je préfère encore les brader en boutique ! Et puis, si je commence à vendre mes incomplets, il ne me restera plus rien ;-)) Pierre

  4. @Textor : René de B m’a envoyé par mail une petite presse pour imprimer des cartes de visite, chinée dans une brocante. Il nous fera peut-être un article là-dessus.

    @Pierre : tout à fait d’accord, il faut du matériel sinon c’est un désastre quand on découvre l’état après. Ah les incomplets, c’est toujours délicat à écouler ;-)). Dans un futur article je vous parlerais des reliures uniformes proposées à l’époque, reliures d’attente ou non.Comme quoi il est possible de retrouver des reliures identiques pour des incomplets. Mais la tâche est ardue ;-)

    Léo

  5. Quelques petites rectifications s’imposent. D’abord la hauteur typographique en France et limitrophe (sauf Angleterre) est de 23,56 mm, ou 53 points 2/3 et ça depuis plus de 200 ans quand même ! L’unité précédemment citée est celle du « Cicéro », subdivision de la ligne de pied de roi, (système duodécimal) : il y a 12 points dans un cicéro. Le pica est utilisé par les anglais, pas par nous ! Le cicéro, nommez aussi « douze » donc, est toujours employé par tous les typos de France dont votre serviteur dans son modeste atelier privé du « Cygne typographique » et les caractères présentés sur la photo semblent être de la famille des Didot, un quelconque italique en capitale de corps 30 ou 36. Toutes les fonderies de caractères (Deberny et Peignot, Fonderie Typographique Française, Olive, Hass, etc.) se conformaient à cette hauteur et à l’utilisation du cicéro. Il sera toujours intéressant en plus des ouvrages cités par Léoarpet d’acquérir un des catalogues de ces fondeurs, pour découvrir la richesse des productions de l’époque pas si lointaine, et de s’approprier un peu plus de savoir. Citons le magistral ouvrage de Jean-Luc DUSONG, un des papes de la typo contemporaine : « Typographie, du plomb au numérique » ou plus difficile (et chère) et ancienne, mais remarquable, la série en 3 tomes « Manuel français de typographie Moderne » – 1923 du bien connu des spécialistes de la chose, de F. THIBAUDEAU, consultable dans toute bonne bibliothèque municipale qui se respecte.
    La typographie au plomb est un art strict qui ne se laisse pas approcher comme ça, et seule la main dans la casse et le composteur dans l’autre peuvent permettre de sentir ce petit frémissement intérieur de satisfaction, que nul ordinateur ne pourra jamais produire. La typo est vivante, et restera éternelle tant qu’il y aura des mains pour tirer des casses.
    L’histoire continue… j’ai commandé en Allemagne à la dernière fonderie de caractère existante (il y a encore 3 ans) le caractère « Française Légère » en corps 12 ital., des anciennes fonderies D.P. dont le musée-fonderie a récupérer les matrices, casse bien fournie pour 280 €… Un grand moment à l’ouverture du paquet et de découvrir, attaché à la ficelle ces magnifiques caractères au plomb brillant et je ne vous raconte pas la « mise en casse », moment de pur bonheur. Bien sûr caractères en plomb, antimoine et étain et toujours à la bonne hauteur pour s’harmoniser avec le reste de ma typo existante. GILOULETYPO bien typographiquement vôtre (je retourne à l’atelier tirer quelques casses pour le plaisir).

  6. Merci pour ces importantes précisions et corrections. Je vous en suis reconnaissant. Je relayais récemment sur Twitter l’atelier ouvert par Thomas Berthon en Avignon http://www.graphiline.com/article/21871/un-atelier-d-impression-typographique-ouvre-a-avignon-84. Il n’utilise plus le plomb mais des clichés polymères ;-). Une évolution du métier encourageante. J’espère que le métier de typo continuera encore longtemps en tout cas et que les caractères en plomb se perpétueront comme vous le faites.
    Cordialement
    Léo

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