La contrefaçon des livres sous l’Ancien Régime : savoir reconnaître une contrefaçon


« La contrefaçon se signale rarement comme telle » (Silvio Corsini)

La contrefaçon des livres sous l’Ancien Régime en France est un sujet passionnant à étudier mais qui peut s’avérer chronophage et finir en mal de tête pour qui se prend au jeu des identifications. J’espère que ce ne sera pas le cas avec cet article qui se limite à l’identification (modeste) des contrefaçons sous l’Ancien Régime. Pour plus d’informations je vous renvoie à la bibliographie ci-dessous.

Selon François Moureau (article contrefaçon du Dictionnaire encyclopédique du livre) « un livre de contrefaçon est un ouvrage publié sans l’aveu du possesseur du droit de copie dans un territoire où ce droit est protégé ».

Pour Silvio Corsini une contrefaçon est « une réimpression diffusée au préjudice du propriétaire de l’ouvrage, qu’elle reproduise ou non l’adresse (lieu d’édition, nom de l’imprimeur…) de l’édition copiée ».

Sous l’Ancien Régime le droit de copie (droit de propriété de l’ouvrage) est garanti par les privilèges (droit d’imprimer un document pendant un temps donné et interdiction de le contrefaire…).

N’est pas une contrefaçon l’ouvrage reproduit dont le privilège est arrivé à expiration, une reproduction étrangère (Pays-Bas, Provinces Unies, Avignon…). Ne sont pas considérés comme contrefaçons (selon Silvio Corsini) « les réimpressions publiées plusieurs années après la diffusion de l’édition reproduite », ni les éditions dont le texte présente des variantes significatives par rapport au modèle prétendument copié (éditions falsifiées) ».

Par contre un ouvrage imitant la présentation, la page de titre, l’aspect général, le privilège d’une édition « officielle » est une contrefaçon.

La contrefaçon parfaite est rare (mais elle existe : citons l’exemple des Comptes-faits de Barrême), le plus souvent il s’agit d’une contrefaçon imparfaite que l’on peut déceler assez facilement.

Une contrefaçon peut se distinguer (je précise bien « peut » puisque le seul examen du livre ne permet pas de définir à coup sûr une contrefaçon) :

– aspect : fautes d’orthographes, graphie  fautive, papier de mauvaise qualité, impression plus serrée (pagination réduite), format plus petit que l’original…

-page de titre : mentions telles que : « Suivant ou jouxte l’imprimé », « Sur l’imprimé » avec reprise de l’adresse originale. Emploi d’une fausse adresse. Cependant la fausse adresse est souvent utilisée pour les éditions non autorisées (furtives ou subreptices) mais ce ne sont pas des contrefaçons : cas des permission simples ou l »imprimeur-libraire devait mettre une fausse adresse étrangère.

– absence de privilège (mention, texte du privilège) faisant souvent défaut.

–  fausse adresse : le nom du contrefacteur n’est que rarement présent sur la page de titre. Par contre il faut bien distinguer la fausse adresse de l’adresse imaginaire (édition subreptice et non contrefaite).

Trois types de fausses adresses sont possibles : une adresse à moitié vraie (« A Amsterdam et se trouve à Paris chez Osmond », la véritable adresse étant celle de Paris) ; une adresse indiquant un libraire-imprimeur véritable (on a « emprunté » son nom) ; une adresse imaginaire (A Cologne, chez Pierre Marteau).

La comparaison entre plusieurs exemplaires, l’archéologie du livre, la consultation des correspondances et des gazettes de l’époque, les dénonciations des libraires spoliés, les archives et les catalogues de libraires sont seuls susceptibles de produire des réponses.

Ainsi il faudra vérifier l’emplacement des signatures, leurs formes, vérifier les illustrations (bandeaux ou fleurons), les variantes dans le texte, les filigranes du papier…

Pour finir voici un exemple de livre publié par la Veuve Estienne à Paris et contrefait par Marc-Michel Bousquet à Lausanne (exemple de Silvio Corsini, se reporter au livre Les presses grises et au chapitre correspondant pour le détail).

contrefaçon lausannoise (exemple de Silvio Corsini)
la dernière page donne la solution…

Sources :

Moureau F. Les Presses grises : la contrefaçon du livre, XVIe-XIXe siècles. Paris : Aux Amateurs de livres, 1988.  ISBN : 2-905053-48-8. On consultera notamment l’article de Silvio Corsini : La Contrefaçon du livre sous l’ancien régime

Fouché P. Dictionnaire encyclopédique du livre t1. Paris : Éd. du Cercle de la Librairie, 2002. ISBN : 9782765408413
Martin H. Histoire de l’édition française. Paris : Promodis, 1984.  ISBN : 9782903181314

non consulté :

Henri Falk, Les privilèges de librairie sous l’ancien régime. Étude historique du conflit des droits sur l’œuvre littéraire, Paris ; Paris, A. Rousseau, 1906
réimprimé chez Slatkine en 1970

Léo Mabmacien

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6 réflexions au sujet de « La contrefaçon des livres sous l’Ancien Régime : savoir reconnaître une contrefaçon »

  1. Les éditions portant mention de Pierre Marteau ne sont pas toujours des contrefaçons mais, au moins au début, des publications anonymes originales.

  2. Vous avez raison Textor je l’ai bien mis dans l’article : « Par contre il faut bien distinguer la fausse adresse de l’adresse imaginaire (édition subreptice et non contrefaite). »

    Léo

  3. […] Les signatures sont formées de lettres ou de signes accompagnés de chiffres. Parmi ces lettres et signes employés dans les cahiers liminaires, les signatures les plus fréquentes sont l’astérisque puis les caractères abc de bas-de-casse. Leur emploi varie selon les pays et les époques comme on peut le découvrir ici. N’oubliez pas que le relevé des signatures (notamment liminaires) aide à l’identification d’une édition en l’absence d’adresse (lieu d’édition et  nom d’imprimeur-libraire absents) ou en présence d’une contrefaçon. […]

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