Bien dater ses livres anciens : calendriers (républicain, julien, ecclésiastique) et commencement de l’année


Il existe quelques subtilités de catalogage au niveau des dates d’impression (en se limitant à la France). L’une avec le calendrier républicain après la Révolution française, l’autre moins connue avec le calendrier julien au 16e siècle et un commencement de l’année pouvant débuter à Pâques.

Le « ‘must » en matière de datation et de calendrier est le Manuel de diplomatique d’Arthur Giry, un guide pour les historiens, qui est disponible en fac-similé  et en texte intégral sur Internet.

Le livre II est consacré à la chronologie technique et plus particulièrement les chapitres III (des dates de mois et de jours), IV (calendrier grégorien) et V (calendrier républicain).

Je vous invite à vous y reporter si vous désirez approfondir ce sujet. Sinon suivez le « guide » :

Le calendrier julien

Il faut savoir que le calendrier julien (calendrier romain réformé par Jules César en 46 avant J.C.) a été beaucoup utilisé pour les livres jusqu’au 16e siècle,  avant que le calendrier grégorien ne s’impose.

Chaque mois du calendrier julien est organisé  « en périodes inégales appelées « avant les nones », « avant les ides » et « avant les calendes » :

– les calendes : 1er jour du mois

– les Nones : 7e jour du mois pour mars, mai, juillet, octobre ; 5e jour pour les autres mois

– les Ides : 15e jour du mois pour mars, mai, juillet, octobre ; 13e jour pour les autres mois

Pour savoir quel est le jour du mois, il faut compter à reculons à partir du jour des nones, ou du jour des ides ou du jour des calendes du mois suivant. Le jour qui sert de point de départ au calcul est compté. La date est exprimée par un quantième.

Par exemple :

« die quinto ante Kalendas octobris » = 5e jour avant les Kalendes d’octobre = 27 septembre

Autre exemple :

Date au colophon pour cette Grammatica de Nicolaus Perottus (Source : Google Books)

Nous avons « anno M DV tertio kalendas junii ». Ce qui nous donne :

année 1505 troisième jour avant les calendes de juin = 30 mai 1505

On peut aussi trouver des dates avec un quantième exprimé selon le calendrier ecclésiastique.

Le calendrier ecclésiastique

Le temps hebdomadaire dans le calendrier ecclésiastique est divisé en 7 jours (féries) portant le nom de planètes, sans relation avec les mois et les années. Il a été emprunté aux juifs par les chrétiens. On a donc :

1er jour = Ia feria = dimanche = dies dominica

2e jour = IIa (secunda) feria = lundi

3e jour = feria tertia = mardi

4e jour = feria quana = mercredi

5e jour = feria quinta = jeudi

6e jour = feria sexia = vendredi

7e jour = sabbatum = samedi

Par exemple :

« IVe feria post nativitatem domini 1527 »

Plus compliqué « la date peut-être exprimée non par un quantième mais par un jour de la semaine rapporté à une fête religieuse proche. » Certaines fêtes sont fixes d’autres sont mobiles (elles se règlent sur la date de Pâques) :

« lundi après la saint-Sixte l’an 1521… », « le mercredi après la nativité de la Vierge »…

Pour trouver le mois et le quantième il faut connaître le calendrier liturgique et la concordance des jours de la semaine avec les quantièmes du mois. Je vous renvoie pour tout cela au Manuel de diplomatique qui l’explique très bien et qui propose une table chronologique pages 175 et suivantes.

Le commencement de l’année

En France du XIe siècle jusqu’en janvier 1564, l’année ne commence pas au premier janvier mais à la date de Pâques (on parle de « style de Paques », « d’ancien style », [a. st.], de « style de France ou mos gallicanus » ou encore de « style de Paris ». Le « nouveau style » [n. st.] est généralisé à partir de 1568.

Ainsi avant 1564 il faut faire attention à la date d’impression qui peut varier.

Si la date est comprise entre le 1er janvier et Pâques (date mobile : entre le 22 mars et le 25 avril) et si l’imprimeur ne précise pas le style utilisé, il faudra indiquer les deux années possibles sur la notice :

exemple : Idibus Martiis 1532 [15 mars 1532/1533]

Si le style utilisé est précisé (« sub calculo romano, « more gallico, « secundum usum romanum »…) il faut faire suivre la date de la mention [a. st.] ou [n. st.]

Le calendrier républicain

Appliqué par la France le lendemain du 9 décembre 1582 (les dates varient selon les pays),  le calendrier grégorien (utilisé de nos jours en France et dans la majeure partie du monde) sera remplacé entre 1792 et et 1806 en France par le calendrier républicain. Créé pendant la Révolution française « ce calendrier avait pour but d’effacer de la mémoire des Français le calendrier grégorien, étroitement lié au christianisme, en s’appuyant sur le système décimal (source : Wikipedia) ». Je vous invite à lire l’article de Wikipedia consacré à ce calendrier qui fut supprimé par Napoléon Ier.

Les documents publiés pendant cette période utilisent le calendrier républicain, principalement au niveau de l’année d’édition comme ci-dessous avec la mention ‘L’an III. de la République, une et indivisible ».

L’an III = 1794-1795

Si vous n’avez que l’année il vous faudra indiquer deux dates comme dans l’exemple ci-dessus (1794-1795), le calendrier républicain commençant en effet le 22 septembre 1792.

Plusieurs sites proposent un tableau des concordances entre le calendrier grégorien et républicain comme sur le site Guide-Genealogie.com.

Tableau extrait du Manuel de diplomatique

Sources et ressources :

Pour tout savoir sur les calendriers la bibliothèque de l’Institut de France propose un document très détaillé à partir de ses collections. Le fichier pdf est « lourd ».

Je vous invite aussi à parcourir l’excellente exposition « L’ère du temps » proposée en ligne par la bibliothèque André Desguines.

Manuel de diplomatique : diplômes et chartes. Chronologie technique, éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes, les chancelleries. Les actes privés / par A. Giry. Paris : Félix Alcan, 1925. 2 vol. (XVI-944 p.) [en ligne sur Gallica]

Léo Mabmacien

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8 réflexions au sujet de « Bien dater ses livres anciens : calendriers (républicain, julien, ecclésiastique) et commencement de l’année »

  1. Excellent article qui résume parfaitement la difficulté à dater les livres très anciens. Vive la République ;-)) Pierre

  2. Près de 500 ans avec le même calendrier, c’est un record. Beaucoup croient encore que le calendrier grégorien et le républicain ne font qu’un ! Pierre

  3. Bonjour,
    Je découvre ce blog avec émerveillement ! Félicitations.
    Existe-t-il une version « friendly » imprimable des articles ?

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