Un privilège diabolique dans un almanach pour l’année 1737


Source : Google Books

Almanach du diable, contenant des prédictions très curieuses & absolument infaillibles ; Pour l’année MDCCXXXVII (1737]. Seconde Editions Revû & Corigé des Faute [sourire]. Aux enfers, avec Approbation & Privilege [en ligne]

PRIVILEGE

LUCIFER, PAR LA COLERE DE DIEU, SOUVERAIN DES ENFERS : A tous ceux qui ces Présentes verront, grand appetit & Gousses bien garni. Notre très-cher & très-aimé Cousin, le Seigneur Asmodée , Inspecteur Général de nos Chaudieres , & Controlleur ordinaire de notre bois, charbon , souffre & autres matières combustibles servant à l’entretiennement d’icelles : Nous ayant remontré que pendant le long séjour que la sécheresse l’avoit contraint de faire à Paris, pour attendre l’arrivée des trains de bois, & des batteaux de Charbon qui ne pouvoient, pour cette raison, parvenir jusqu’à cette grande Ville, il avoir fait plusieurs Observations Astronomiques en forme d’Almanach, dont il desiroit faire part à nos Sujets, s’il nous plaisoit lui accorder pour cela les Privileges nécessaires. Nous nous sommes fait présenter & lire en présence de nos Docteurs, ledit Ouvrage, où nous n’avons rien trouvé de contraire aux bonnes mœurs, au repos, ni à la Religion de cet Empire, ainsi au contraire quantité de joyeux propos, de Portraits naïfs, d’avantures galantes & singulieres, qui nous promettent dans quelques années une Colonie abondante de nouveaux Sujets. A CES CAUSES, désirant favoriser ledit Seigneur Asmodée, & lui voulant aider, à se rembourser des dépenses extraordinaires qu’il a été obligé de faire depuis deux où trois ans en bois & en charbon, entendu le grand nombre de sujets donr les Guerres d’Italie , d’Allemagne & de Pologne, ont repeuplé nos Etats ; ce qui l’a par consequent obligé d’augmenter le nombre de nos Chaudieres ; Nous avons permis & permettons par les Présentes audit Seigneur, de faire imprimer, ledit Almanach en telle forme & caractere qu’il voudra, de le faire débiter & colporter dans toute l’étenduë de notre Empire & ailleurs s’il le juge à propos , à condition néanmoins que préalablement il en sera mis deux exemplaires dans notre Bibliotheque publique, pour la commodité des pauvres Diables qui n’auront pas le moyen de l’acheter,& un troisième dans le Cabinet de Toilette de notre très acariâtre Epouse Dona Proserpina, qui a déjà pris en affection quantité de Dames, dont elle a vu le portrait dans cet Ouvrage. Deffendons expressement à tous Officiers, Commissaires, Exempts, Archers, Mouches, Espions & autres Diables de cette nature, de quelque qualité ou condition qu’ils soient de troubler ledit Seigneur, dans la distribution qu’il sera faite dudit Almanach pendant toute la saison [des] Etrennes, le tout à peine de quatre vingts dix-neuf coups d’etrivieres, dont la moitié sera pour le dénonciateur & le reste pour notre premier Justicier. SI MANDONS à tous nos Diables, Diablotins & autres Officier de notre Justice, de faire pour l’execution des Présentes tous Actes à ces necessaires, sans demander autre permission, nonobstant clameurs de Catins, Chartres Gauloises & Lettres à ce contraires. DONNE’ au Royaume des Taupes, l’an de notre Regne le cinq mille sept cens trentes-sixième, le 21 de Décembre, & scellé de notre grand Sceau de cire bouillante.

Signé, GRIFFART.

Registré sur les Registres de la Librairie Infernale, No. 0000000000 folio blanc, le même jour que dessus.

CORNARD, Syndic.

Nous voici en présence d’un privilège peu banal, parodiant les privilèges accordés à l’époque de l’Ancien Régime pour obtenir un monopole sur un livre pendant un temps donné.

Comme le décrit Grand-Carteret, « ce curieux pamphlet en vers (ici dans une édition à la Sphère des Provinces-Unies)  eut une vogue extraordinaire, assaillit de ses épigrammes tous les personnages du moment, magistrats, prélats, hommes littéraires et académiques, sots, fripons, femmes coquettes, ne ménagea même pas le Roi et eut de nombreux imitateurs. On n’y trouverait, du reste, ni Fêtes, ni Saints, ni Calendrier, mais des prédictions dont la Clef est au Diable ». Il est précisé que d’après les registres de police « un nommé Bellemare dit Quinet ou Quesnet, fut arrêté et mis à la Bastille le 11 avril 1738, comme soupçonné d’en être le véritable auteur ».

Je vous invite à lire les « prédictions carminifiques » de ce petit ouvrage, à une époque où ce genre parodique et facétieux était à la mode.

Léo Mabmacien

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