Les manuscrits de Tombouctou par Jean-Michel Djian


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La sortie du dernier livre de Jean-Michel Djian consacré aux manuscrits de Tombouctou vient à point, d’une part pour rappeler que ce patrimoine est menacé, d’autre part « pour apporter la preuve, contre toutes les idées reçues, d’une authentique tradition écrite » [en Afrique].

En effet depuis le XIIIe siècle, mais surtout au XVe et XVIe siècle, la ville de Tombouctou (qui fait partie du Mali aujourd’hui) est l’épicentre d’une région économique et culturelle importante, où l’or et le sel apportent une richesse économique et où le savoir et l’enseignement étaient grandement développés. Sous l’Empire Songhaï la ville draine les étudiants et leurs enseignants ainsi que les métiers autour du livre et de l’écriture : copistes, répétiteurs, libraires, relieurs, traducteurs, enlumineurs… Et qui dit livres dit bibliothèques, souvent importantes en manuscrits écrits en langue arabe comme la bibliothèque du savant Ahmed Baba. Au XVIIe siècle l’Empire s’effondre, les manuscrits sont conservés dans « des cantines rouillées et des caves poussiéreuses… Et oubliés. » Tellement oubliés que l’explorateur René Caillié ne verra rien des manuscrits de Tombouctou au XIXe siècle… Il faut attendre les années 70 pour que l’on commence à s’intéresser véritablement à ces manuscrits transmis de générations en générations, dont l’existence a si longtemps été cachée aux yeux des occidentaux et de l’indifférence pour ces trésors. Car trésors il y’ a puisque selon Jean-Michel Djian il y’aurait pour la seule ville de Tombouctou 100 000 (voire 180 000) manuscrits dont une partie sont conservés dans certaines bibliothèques officielles comme les 30 000 manuscrits à l’Ahmed Baba Institute of Higher Learning and Islamic Center.

Les manuscrits de Tombouctou se présentent souvent sous forme de folios séparés, ils sont écrits en arabe mais aussi en ajami (variante à partir de langues africaines). Ils sont consacrés à la théologie, au mysticisme, à la philosophie, au droit, aux mathématiques, à la médecine, à l’astronomie, à l’histoire… On continua de copier et de produire des œuvres jusqu’au XXe siècle. L’enjeu actuel pour ces manuscrits est leur préservation (rachats, collectes, conditions de conservation, restauration), leur numérisation et leur valorisation par la recherche, trop peu active dans ce domaine.

Un ouvrage intéressant qui pêche cependant par son côté grand public (nous sommes chez Lattès, pas aux Presses de la Sorbonne), des références pas assez précises pour les documents présentés (dates absentes…). Certaines photographies sont un peut répétitives et sans intérêts, le photographe appréciant un peu trop les tranches des manuscrits. On pourra poursuivre cette visite par l’écoute d’une émission radio sur RFI et aller faire un tour sur le site (en partie en français) consacré au projet des manuscrits de Tombouctou.

Tombouctou Manuscripts Project

Les manuscrits de Tombouctou : secrets, mythes et réalités / Jean-Michel Djian. Ed. Jean-Claude Lattès, 2012. ISBN 978-2-7096-3954-5. 25 €

Léo Mabmacien

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3 réflexions au sujet de « Les manuscrits de Tombouctou par Jean-Michel Djian »

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