Les reliures en peau retournée (en « daim »)


Exemple de reliure en peau retournée (17e siècle)

La peau se compose de trois couches : épiderme, derme et hypoderme. Pour la reliure on ne garde que le derme et la couche de Malpighi ou couche épineuse située entre l’épiderme et le derme. Cette membrane située entre l’épiderme et le derme constitue après traitement la « fleur » du cuir. C’est ce côté-là qui est visible sur une reliure.

Dans le cas (comme ici) d’une « peau retournée » le côté « fleur »  (côté poil) est collé sur les cartons et le côté chair est apparent.

On emploie pour cela une peau mégissée (traitée avec de l’alun et de couleur fauve ou jaune, blanche à l’origine). L’IRHT (Institut de Recherche et d’Histoire des Textes) propose la définition suivante pour le fait de mégisser une peau : « apprêter les peaux par un traitement non tannant (ou très peu tannant) qui leur conserve leur souplesse. Les peaux ainsi traitées peuvent être destinées à être utilisées sous cette forme après avoir reçu différents apprêts (à base d’huile et de jaune d’oeuf, en particulier), ou être transformées en parchemin par un travail approprié. »

Le fait de qualifier une reliure en daim (à moins d’en avoir vraiment une sous les yeux) est impropre. Il s’agit en fait la plupart du temps d’une imitation de son aspect doux et velouté, obtenu à partir de peaux de moutons, d’agneaux, de chevreaux. Le cuir est alors très souple.

plat d’une reliure en peau retournée. On voit des traces jaunes et blanches.

La peau chamoisée (utilisée en ganterie notamment) est traitée avec de l’huile de poisson afin de la rendre souple et de l’adoucir. On utilisait autrefois la peau de chamois d’où le terme « chamoisage ». La Région Poitou-Charentes propose sur son site un excellent dossier sur les peaux et le patrimoine industriel local.

Pour en savoir plus sur les peaux et les cuirs et leur traitement au 18e siècle je vous invite à lire la seconde partie du tome troisième de l’encyclopédie méthodique de Panckoucke. Elle est en ligne. Allez faire aussi un petit tour sur le Bibliomane moderne qui a présenté une reliure en « daim » sur une impression du 16e siècle.

Les peaux retournées se rencontrent dans les livres courants, notamment pour les reliures d’archives. Un comble pour des peaux extrêmement fragiles ! Si vous en possédez elles ne nécessitent aucun entretien (ni cire ni eau…). Un petit coup de brosse douce ou de pinceaux à poils fins pour dépoussiérer suffira (merci Etienne).

Sources :

Dictionnaire Encyclopédique Du Livre, N-Z, tome 3. Paris : Éd. du Cercle de la Librairie, 2011. ISBN : 978-2-7654-0987-8.

La Platiere, R. de., Panckoucke, C. Encyclopédie méthodique : manufactures et arts et métiers. A Paris : Chez Panckoucke, 1790 [en ligne]

Léo Mabmacien

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3 réflexions au sujet de « Les reliures en peau retournée (en « daim ») »

  1. l’effet « daim » ou velours de la reliure devait être très esthétique à la sortie de l’atelier… en revanche le côté chair, livré aux doigts et aux frottements, résiste mal au temps. PS : La photo en haut de votre article est très réussie.

  2. Bonjour,

    vous dites, dans votre deuxième paragraphe : « le côté chair (côté poil) est apparent ».
    Le côté chair, ne saurait être le côté où se trouvent les poils. Les poils de l’animal se trouvent à l’extérieur, ce qui correspond au côté fleur de la peau tannée.

    Cordialement,

    Frédéric K. Harnsich – http://www.in4o.fr

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