Bestsellers du monde entier par les éditions Rencontre


« Sans bouger de chez vous, constituez votre bibliothèque à bien meilleur compte.. »

Tout le monde connaît les éditions France Loisirs, spécialistes de la vente par correspondance de livres et de produits culuturels ainsi que du principe de club de lecture. On prend son adhésion, on reçoit un catalogue de documents sélectionnés avec l’obligation d’acheter au moins un livre par catalogue. Les documents sont estampillés France Loisirs, cartonnés par rapport à l’édition normale et à un prix moins élevé. Mais connaissez-vous les éditions Rencontre ? Installées à Lausanne en Suisse, elles furent actives de 1950 à 1971 et publièrent un grand nombre d’ouvrages (plus de 6 millions en 1970 ce n’est pas rien !) en utilisant le principe du club de lecture. D’une part cela permet d’avoir un lectorat captif (la personne doit adhérer) tout en lui promettant par cette adhésion un prix attractif sur les livres, différents avantages et d’autre part pour l’éditeur, il peut savoir exactement à quel nombre il va imprimer ses ouvrages qu’il sera sûr de vendre. D’ailleurs l’éditeur ne s’en cache pas dans l’annonce publicitaire (« la formule permet de produire des livres d’une rare beauté à des prix bien avantageux ») et par là même de vanter la « profonde volonté coopérative qui nous unit à nos lecteurs. »

Cette réclame, parue dans le journal Le Monde, du 20 septembre 1969, supplément au numéro 7678, propose de choisir parmi 120 romans célèbres. Il suffit de prendre au minimum un roman chaque mois parmi ceux proposés au prix de 10,60 francs le volume sans les frais de port. On reçoit le premier volume « à l’examen ». Soit on est content et on le garde, soit on peut le renvoyer. Si l’on ne se manifeste pas le processus est lancé. Parmi les auteurs proposés on trouve Druon, Remarque, Steinbeck, Buck, Greene… Il est précisé que la reliure de chaque livre est en « skivertex, dans 8 coloris subtilement harmonisés évitant toute monotonie » et « soigneusement cousus au fil de lin ». Il est précisé que le « dos arrondi et les plats aux bords biseautés sont gaufrés or » et que « la composition typographique est réalisée dans un caractère d’un « oeil » choisi spécialement pour assurer une lecture aisée ». Gage supplémentaire de qualité il est précisé que l’impression est réalisée sur les propres presses de l’éditeur.

En plus de ce programme on peut également adhérer au club pour 6 francs seulement, carte permettant de bénéficier de prix « exceptionnels » parmi plus de 1500 ouvrages du catalogue (ils ne précisent pas lesquels). Comme avec France Loisirs un bulletin mensuel permet de valoriser le fonds de l’éditeur. Et voilà comment on compose une belle bibliothèque (suivez le lien) !

Pour en revenir à l’éditeur, les éditions Rencontre sont nées d’une revue du même nom et les fondateurs (au nombre de 6) vont faire appel à Pierre Balthasar de Muralt, entré en possession d’une imprimerie et typographe lui-même. Resté rapidement seul aux manettes, Muralt a l’idée en 1955 nous dit Isabelle Martin de « proposer un abonnement à 12 volumes par an, reliés en cuir synthétique, au prix très bas de 5,70 francs, formule qui devient une des clés de voûte de la diffusion Rencontre. La production décolle : de 1000 abonnés en 1956, on passe à 8000 deux ans plus tard ».

Une publicité importante et « agressive » dans Paris-Match, Constellation ou Le Monde permet de développer l’activité. La boîte finit pas être cotée en Bourse ! Pour lutter contre la concurrence les éditions Rencontre rachètent une imprimerie, une revue et se diversifient dans l’audiovisuel. Manque de bol les événements de 1968 en France et la dévaluation du franc l’année suivante provoquent un déficit important. Restructurée l’entreprise périclite rapidement. L’activité éditoriale est reprise par le Cercle du bibliophile selon le site de la Société des Amis d’Alexandre Dumas qui relance un bon nombre de collections.

Réclame extraite du journal Le Monde, 20 septembre 1969, page VII, supplément au numéro 7678

Pour aller plus loin

Isabelle Martin. Les éditions Rencontre, de l’ascension à la chute. Le Temps, 24 décembre 2004 [en ligne]

François Vallotton. Les Editions Rencontre. 1950-1971. Avec la contribution de Thierry Cottour. Postface de Pierre Balthasar de Muralt. Ed. d’En bas, 212 p. ISBN 2-8290-0312-8

Léo Mabmacien

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7 réflexions au sujet de « Bestsellers du monde entier par les éditions Rencontre »

  1. mes parents étaient abonnés, c’est dans des livres Rencontre que j’ai pu lire Dumas, Hugo, Stendhal, mais aussi Laclos… Certaines reliures étaient fragiles, d’autres, des cartonnages de très bonne qualité, ont bien tenu le choc. ça ne vaut rien aujourd’hui, bien sûr, mais c’est nettement mieux qu’un livre de poche (si je me souviens bien les préfaces sont de bonne qualité).

  2. Le papier était de bonne qualité et reste encore agréable à lire si on est pas rebuté par le skyvertex. Côtoie généralement sur les étagères des années 60-70 : Jean de Bonnot, l’ormeraie et autres cercles du bibliophile. :)

  3. C’est une certaine époque ;-)… De mon côté mes parents possèdent la collection Grands écrivains (livre + fascicule)… avec leurs reliures par siècle… Les fascicules étaient intéressants….
    Léo

  4. ça visait moins prestigieux que Jean de Bonnot et L’Ormeraie, tout de même. Mais ce n’étaient pas des fac-similés. Le skivertex a très mal vieilli, mais les cartons sont encore bons…

  5. Ces livres sont la hantise des acheteurs de bibliothèques car ils remplissent cartons et caisses plastiques. Comme ils sont d’une qualité honorable et que c’est de la bonne littérature, on ne jette pas… Plus encombrant, je ne vois que l’encyclopédie Universalis ! Pierre

  6. Quelle madeleine de Proust ! Je ne découvre l’article qu’aujourd’hui, mais avec une joie indéfinissable.
    Une armoire pleine de ces livres existe encore chez mon père, qui a découvert la littérature par les bibliothèques de prêt, puis au travers du livre de poche quand il a pu s’en procurer. Ensuite, avec ses salaires, dans les années 50 et 60, il a acquis de réels chefs-d’œuvre de la littérature, qu’il considérait aussi comme de « beaux livres », dignes de figurer dans la bibliothèque d’un amateur (peu fortuné !). J’ai longtemps regardé ces livres d’un œil un peu lointain, les trouvant soit poussiéreux, soit loin de mes préoccupations. Ce n’est que plusieurs décennies plus tard que je m’aperçois qu’il a constitué une bibliothèque de référence. Cet article me donne envie de les dépoussiérer un peu, de les faire revivre (pourrai-je les nettoyer sinon les restaurer ?), et – pourquoi pas ? – de les mettre à l’honneur sur les rayonnage de ma bibliothèque, pour une partie d’entre eux tout du moins.
    On pourrait également évoquer sur le même thème « La Guilde du Livre – Lausanne » qui a produit quelques beaux ouvrages toilés et « Le Club français du livre ».
    Merci pour cet article.

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