Le remboîtage des livres anciens : comment les reconnaître ?


un corps d’ouvrage trop important pour la reliure

De même qu’il y a fagot et fagot, il y a remboîtage et remboîtage. II en est de bons, de passables et de pires. Nul doute que ces derniers n’aient contribué à discréditer le genre tout entier (Le livre et l’estampe, vol. 7 à 12)

Il arrive que des faussaires se chargent de recouvrir de maroquins aux armes certains livres anciens reliés en « vulgaire basane » pour les (re)vendre à un prix exceptionnel. Le maroquin qui recouvrait un simple Livre d’église à l’usage des laïcs (au hasard) se voyait déposséder de sa reliure pour habiller un exemplaire plus prestigieux. On parle dans ce cas-là de « remboîtage « , c’est à dire la « réunion du corps d’un ouvrage et d’une reliure qui n’est pas la sienne » . Littré en donne la définition suivante : « Action de mettre un livre dont la reliure est ôtée, dans une reliure ancienne ôtée à un autre livre ». Cette opération nécessite une parfaite adéquation dans les dimensions du livre avec la future reliure et c’est souvent là que le bât blesse !

Le truquage : altérations, fraudes et contrefaçons dévoilées / Paul Eudel
Le truquage : altérations, fraudes et contrefaçons dévoilées / Paul Eudel. Source : Gallica – Bnf

Pages 252 et suivantes le très utile livre  de Paul Eudel sur les trucages évoque les livres et les reliures. Une partie est consacrée au remboîtage. Refaire à l’identique une reliure du 17e siècle ou du 18e siècle est très difficile voir impossible (la plupart du temps ce sont des fers qui sont poussés sur d’anciennes reliures). La solution consiste à « raccommoder les vieilles reliures » (ah les maroquins maquillés) et à utiliser le remboîtage dont nous dit l’auteur « il faut beaucoup se défier ». Son utilisation est très fréquente, les almanachs royaux ont largement bénéficié de ce travail… Comment reconnaître le remboîtage alors ? Par l’inspection minutieuse des pages de garde et des mors nous dit l’auteur.

Je ne vous la présente pas ici mais là où je travaille il existe une reliure qui a été utilisée comme remboîtage, un remboîtage flagrant puisque la reliure a été mise à l’envers et que la pièce de titre est différente. Ici je vous présente deux livres du 18e siècle qui ont été remboîtés. Deux choses m’ont mis la puce à l’oreille : le corps de l’ouvrage qui est trop large par rapport à la reliure (le livre ne tient pas fermé) et les tranchefiles qui sont en fait des comètes (voir l’article de BiblioMab), c’est à dire des morceaux de tissus qui remplacent les tranchefiles utilisés auparavant. Pour l’un des deux le papier marbré utilisé en page de garde est caractéristique du début du 19e siècle ce qui confirme ce remboîtage.

un tranchefile du 18e siècle difficilement réutilisable pour une reliure postérieure
Dos d’une reliure qui a été remboîtée (les mors souffrent)…

Léo Mabmacien

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11 réflexions au sujet de « Le remboîtage des livres anciens : comment les reconnaître ? »

  1. Peut-être plus fréquent qu’on ne le pense… Surtout quand il s’agit d’une pièce de titre qui peut être recollée sans que cela ne soit visible. J’ai sûrement dû vendre de tels ouvrages à l’insu de mon plein gré ;-) Pierre

  2. tiens ! je pensais que ces pratiques ne se faisaient que sur les cartonnages (type hetzel) étant donné leur structure « emboitée » d’origine. j’ai pourtant vu des XVIIIe comme celui de votre photo : un gros corps dans une reliure trop étroite… mince alors !

  3. Il faut néanmoins que les nerfs des deux corps d’ouvrage correspondent. Cela limite les cas de fraude… Pierre

  4. j’ai (malheureusement) un autre exemple, d’un livre qui devait être relié classiquement en veau, réemboîté dans un vélin, de façon très grossière…

  5. les remboîtages avec une reliure en parchemin sont bien plus simples à faire, surtout avec une reliure à la hollandaise…
    Léo

  6. je vais paraître bien naïve mais je ne comprends pas quel est l’intérêt de rabaisser à ce point la valeur d’un livre (j’ai acheté il y a peu un livre ancien à 8 euros dans une reliure des années 30, ce dont je ne me suis aperçue qu’après). Hélène

  7. plus la reliure est d’origine et en bon état, plus le prix sera élevé, même si certaines reliures signées du 19e sont fort appréciées. Pour 8 euros vous avez fait une affaire, par contre une reliure des années 30 c’est moins courant. Pourriez-vous nous la présenter sur votre site ?
    Bien cordialement
    léo

  8. Attention tout de même, un livre qui baille aux corneilles n’est pas forcément remboité. Il y a plein de facteurs qui peuvent jouer en ce sens : tension des nerfs, rétractation du cuir, charnière intérieure ayant accumulé des cochonneries trop longtemps…
    Par contre l’état des tranchefiles me semblent un très bon indice.

  9. Tout à fait d’accord, ce n’est pas forcément facile à voir, j’ai eu beaucoup de doutes pour certains ouvrages… Le plus simple c’est quand la reliure dépasse (vu sur un exemplaire en parchemin) ou est à l’envers ;-))

    Bien cordialement
    Léo

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