Jacques Garrigan, imprimeur-libraire à Avignon


Nouvelle émission de Jacques Garrigan à l’adresse de Duchesne, mort en 1765 ?

La ville d’Avignon fut un centre important d’édition au 18e siècle jusqu’en 1777 (voir l’article suivant pour rappel), permettant à des imprimeurs-librairies de pratiquer abondamment la contrefaçon, la ville étant alors hors du territoire français. Jacques Garrigan, installé place Saint-Didier développa un commerce important, imprimant de nombreuses pièces de théâtre. Né le 9 janvier 1725 à Avignon, fils d’un maréchal-ferrant, il se marie avec la fille d’un marchand d’Avignon. Il s’installe à son compte en 1750, « en association avec Bénézet Boissier. Ils achètent ensemble le fonds de Labaye (pour 4000 livres) » selon L’imprimerie, la librairie et la presse à Avignon au XVIIIe siècle.  Jacques Garrigan a l’air de se débrouiller, il possède deux presses en 1785 (il a 63 ans) mais travaille surtout pour Jean-Joseph Niel, autre imprimeur-libraire d’Avignon et seul imprimeur de Sa Sainteté ! Toujours, selon L’imprimerie, la librairie et la presse à Avignon au XVIIIe siècle, il est dit que « son magasin n’est pas très bien monté. » Il fut selon la Bnf membre fondateur du corps des imprimeurs-libraires d’Avignon en 1753-1755 et exerça jusqu’en 1790. Il cède son affaire à son fils Jean-Marie Garrigan peu après.

On trouve des ouvrages sous son nom mais également des pièces de théâtre sous les noms de Delalain, N-B Duchesne, Prault, Didot l’aîné qui ont été imprimées par lui… On sait qu’il a contrefait le Dictionnaire de l’Académie en 1785 (ref. ci-dessous). On pourrait donc déduire que Jacques Garrigan aurait contrefait ces pièces de théâtre. C’est ce que je pensais comme pour cet exemple présenté ici portant une page de titre avec l’adresse de N. B. Duchesne, Nicolas-Bonaventure, décédé en 1765 (l’année indiquée ici est 1774). L’approbation ne figure pas dans la pièce et l’impression est fruste, condensée (format in-8 de 40 pages) et utilise des ornements typographiques passe-partout (vignettes typographiques de Fournier). Et, cerise sur le gâteau, on trouve à la fin le texte suivant (image ci-dessous) : « On trouve à Avignon, chez Jacques Garrigan, Imprimeur-Libraire, place Saint-Didier, un assortiment de Pieces de Théâtre, imprimées dans le même goût. » Tout correspond non ?

Et patatras je suis tombé sur des notices de confrères à Jacques, les Frères Bonnet qui exercèrent entre 1767 et 1801 à Avignon. Ils ont imprimé aussi pas mal de pièces de théâtre qui, curieusement, sont de la même facture que pour Garrigan, à savoir une adresse parisienne et une annonce réclame à la fin. Sur la base Data.bnf.fr, on trouve un certain nombre de notices avec la précision suivante : « Impr. à Avignon, par les frères Bonnet, d’après le matériel typogr. (avec diffusion conjointe à Paris par Didot, détenteur du privilège). » Ceci sur une édition avec pour adresse Ruault à Paris. Cette édition est en ligne. On trouve également la mention suivante : « réimpression avignonnaise, avec diffusion conjointe à Paris par Prault, détenteur du privilège ».

Ceci se tient : le libraire parisien détenteur d’une permission et d’une approbation, voir d’un privilège, demande l’impression à Jacques Garrigan, qui rajoute (ou pas) sa réclame à la fin des pièces. On aurait donc soit une édition partagée, soit une nouvelle émission empruntant l’adresse parisienne d’un libraire. Dans tous les cas ce ne serait pas une contrefaçon puisque l’imprimeur dévoile son identité à la fin. Si vous avez des précisions à apporter je suis preneur.

NB : le poids n’a rien à voir avec l’ouvrage…

Source utilisée :

Moulinas R., Guiral P. L’imprimerie, la librairie et la presse à Avignon au XVIIIe siècle. Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble, 1974. ISBN 2-7061-0034-6

Léo Mabmacien

2 réflexions au sujet de « Jacques Garrigan, imprimeur-libraire à Avignon »

  1. Le subterfuge est adroit car il faut regarder à la fin de l’ouvrage. Ces provençaux, quand même ! Pas un pour racheter l’autre ;-) Pierre

  2. Cela reste discret et de bon goût, il n’a quand même pas eu l’audace de mettre son vrai nom en page de titre… très élégante initiative ;-)

    Léo

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