L’encollage du papier (avec la pâte ou après la pâte ?)


un papier buvard qui a un peu servi

Une petite devinette pour commencer cet article : savez-vous quel est le type de papier qui boit-sans-soif ?

Le papier buvard bien sûr, un papier qui a la capacité d’absorber une petite quantité de liquide. Le papier buvard servait autrefois (je me rappelle que nous l’utilisions quand j’étais en primaire à l’école il n’y a pas si longtemps) à éviter les taches et autres maculatures quand on écrivait à la plume, l’encre ne séchant pas très rapidement. Les collectionneurs de papier buvard sont appelés notamment des papibeverophiles !

Le papier buvard en fait est un papier qui n’a pas été traité. Pour pouvoir rendre le papier hydrophobe, c’est à dire utilisable pour l’écriture et l’imprimerie, il faut réaliser une opération qui s’appelle l’encollage. Il s’agit d’appliquer sur la feuille une préparation faite de gélatine animale (os broyés, peaux…). Cette opération était faite autrefois après l’obtention de la feuille (« au trempé »).

Coûteux, lent et difficile à appliquer, l’encollage à la gélatine est remplacé par l’encollage à la résine (inventé en 1806 par Illig) au 19e siècle. Ce procédé est généralisé en 1826 et est toujours utilisé. Il s’agit de verser un savon de résine (obtenu à partir de la colophane) sur les fibres avec de l’alun ou du sulfate d’aluminium, directement dans la pâte à papier et non plus à postériori. Un procédé qui « tend à disparaître avec l’utilisation de plus en plus large du procédé alcalin au sulfate, dans lequel les résines de pin sont remplacées par des résines synthétiques » nous précise Astrid Brandt. Ce qui permet de rendre plus stable le papier et d’éviter qu’il ne se détériore comme c’est le cas avec le papier industriel à pâte de bois (voir à ce sujet « l’acide attaque les livres »).

L’encollage dans la masse ne vaut pas l’encollage traditionnel à la gélatine, « fantastique pour la durée de vie, la résistance, la bonne tenue du papier lorsqu’il était correctement effectué » (extrait du site du Moulin de la Rouzigue). Une substance qui fait malheureusement le bonheur des insectes bibliophages où comme le dit la librairie Essentiam « il n’est pas rare de trouver des galeries creusées par ces insectes dans les marges des pages. En outre, si les pages ont été mouillées ou l’ouvrage stocké dans une pièce humide, la chiffe se ramollie et devient très digeste pour ces petites bêtes. »

Pour les gourmands et les gourmandes voici la recette de la gélatine animale (extraite du Dictionnaire de l’édition) : « elle peut être tirée d’os, de cartilages, de débris de peau, de corne selon la qualité souhaitée. Préparation : pour extraire la gélatine des os, on les broie, les ébouillante, les dégraisse puis on les trempe vingt-quatre heures dans de l’acide chlorhydrique étendue d’eau qui dissout la matière minérale, composée surtout de phosphate et de carbonate de chaux. La matière molle qui reste est copieusement lavée pour la débarrasser de toute trace d’acide. Enfin, on fait bouillir puis évaporer. »

Pour terminer voici un extrait de la 26e leçon de Faustino  Giovita Mariano Malaguti concernant l’encollage  (Leçons élémentaires de chimie, tome 2 . Paris: Dezobry et E. Magdeleine, 1853). Le texte est disponible en ligne.

Léo Mabmacien

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