Antoine-Marie-Henri Boulard, traducteur et bibliomane déterminé : l’homme aux 500 000 livres


Page de titre des Idylles et poëmes champêtres de Gessner avec la traduction du citoyen Boulard

« C’est d’ici que le vénérable Boulard enlevait tous les jours un mètre de raretés, toisé à sa canne de mesure, pour lequel ses six maisons pléthoriques de volumes n’avaient pas de place en réserve. » Charles Nodier, Le Bibliomane

Antoine-Marie-Henri Boulard est né le 5 septembre 1754 à Paris. Il est surtout connu comme bibliophile (ou bibliomane selon les sources ;-)), grand amasseur de livres dans ses maisons parisiennes, notamment à partir de 1808 où il cède son étude de notaire à son fils. Il fut aussi député et maire à Paris. Ce que l’on sait moins c’est son intérêt pour la littérature et la traduction.

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traduction interlinéaire des idylles

Il traduisit  de l’anglais et de l’allemand mais aussi de l’italien ou du latin des oeuvres notamment de Samuel Johnson, d’Edward Gibbon, d’Adam Smith, de Lessing ou encore de Salomon Gessner comme dans l’exemplaire présenté ici. Ses traductions sont considérées comme « bonnes » dans le Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889.

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Texte en allemand avec en regard la traduction française

On a de lui également des travaux sur l’histoire, la linguistique, les sciences, la religion.Il meurt le 6 mai 1825, entouré de presque 500 000 ouvrages (à la louche). Cette masse considérable (vive la Révolution !) accumulée en 50 ans est en partie rachetée (150 000 volumes) à vil prix par certains de ses anciens vendeurs, le reste donna un catalogue en 5 volumes in-8 parus entre 1828 et 1833, rédigé par M. Gaudefroy et Bleuet, et pour les livres en langue étrangère, par M. Barbier, neveu du bibliographe (selon Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne).

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page de titre du premier volume contenant la théologie, la jurisprudence, les sciences et les arts

Je vous invite d’ailleurs à parcourir ce riche catalogue (deux volumes sont accessibles en ligne)  et à lire la notice sur la vie et les ouvrages de M. Boulard (au tome 1) qui permet de relativiser l’image de bibliomane du Père Boulard.

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Il manquait au Père Boulard une cohorte de bons bibliothécaires pour classer tous ses ouvrages mais je suis envieux quand je vois certains titres…

Je termine en laissant la parole à Louis-Gabriel Michaud (Tome 59 de sa Biographie universelle et moderne) : « Le désir de conserver à la France une partie de ses richesses littéraires lui avait fait, dès les premières années de la révolution, former une bibliothèque qui s’accrut successivement, au point  d’être, après celle du roi, la plus nombreuse de Paris. Si, comme on l’a dit, le goût d’acheter des livres était devenu dans Boulard une sorte de manie, on conviendra du moins qu’il n’en est pas de plus respectable. Mais on a rencontré plus juste en attribuant les acquisitions qu’il faisait chaque jour sur les quais, dans les dernières années de sa vie, au désir qu’avait cet excellent homme d’aider, par des encouragements pécuniaires, la partie la plus souffrante du commerce de la librairie. Dans cette louable intention , il lui est arrivé souvent d’acheter un graud nombre d’exemplaires du même ouvrage. Tous les étalagistes de Paris le connaissaient et le respectaient. Il les visitait tous au moins une fois par semaine, et il ne rentrait jamais chez lui sans être chargé de livres, et après en avoir rempli ses énormes poches qu’il avait fait faire exprès (il arrivait souvent à Boulard d’acheter, sans marchander, des charretées de brochures et de bouquins, dont quelques petits libraires venaient de faire l’acquisition dans des ventes publiques. Comme le nombre de ses livres augmentait prodigieusement chaque année, sa maison suffisait à peine pour les loger, quoiqu’il eut donné successivement congé à tous ses locataires et même aux boutiquiers) ». Un homme que les libraires comme les bibliothécaires ou les bibliophiles d’aujourd’hui trouveraient providentiel (sourire).

Livre présenté :

Idylles et poëmes champêtres de Gessner, avec la traduction française interlinéaire, par le citoyen Boulard. Tome premier [-second]. A Paris chez Colnet, libraire, rue du Bac, n°. 618, au coin de celle de Lille. De l’imprimerie de Moller, rue et maison des Filles-Saint-Thomas, vis-à-vis la rue Vivienne, An 8 [1799-1800]. 2 t. en 1 vol. (VIII-98-[2 bl.]-101-[1 bl.] ; [6]-95-[1 bl.]-87-[1 bl.]) p. ; in-8

Jean-Paul Fontaine a consacré un article au père Boulard (Le cas Boulard, bibliophilie ou bibliomanie ?) dans le Magazine du bibliophile, n°44, février 2005. Le Bibliomane Moderne l’évoque également sur son blog.

Les deux premiers volumes du catalogue des livres d’ A. M. H. Boulard ont été numérisés et sont disponibles sur Google Books : tome 1 et tome 2

Pour les curieux et curieuses je vous invite à lire l’article de Daniel Sangsue intitulé Démesures du livre. In: Romantisme, 1990, n°69. Procès d’écritures Hugo-Vittez. pp. 43-60 [texte en ligne]. L’inflation des ouvrages disponibles au début du XIX siècle tant anciens que modernes transforma la réprésentation des livres pour les hommes (rejet du livre, bibliomanie…).

Léo Mabmacien

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