Filigrane avec la marque d’Antoine Palhion, possédant moulin à papier à Rochetaillée-en-Forez


filigrane_lettre_manuscrite_pahlion

J‘ai eu le (petit) bonheur de trouver dans un livre ancien une ancienne lettre manuscrite du 18e siècle (selon la forme de l’écriture employée). Outre le texte (objet peut-être d’un futur article) je me suis intéressé au filigrane du papier, bien présent au centre de la lettre (je ne reviens pas sur les filigranes qui ont fait l’objet d’un article sur BiblioMab).

Par curiosité je me suis amusé à retranscrire ce qui était marqué, à savoir :

Fin de

A [fleur de lys] Palhion

En Fores

[cloche]

Ce papier provient de la papeterie d’A. Palhion située dans le Forez, la qualité du papier (Fin) et le type de papier (cloche, 30 x 40 cm aujourd’hui selon l’Afnor) sont mentionnés. La petite figure (entre l’initiale et le nom) se rencontre très souvent (ici on a une fleur de lys). Selon Gaudriault (référence ci-dessous) la marque définissant la qualité du papier apparait après 1730 ce qui est une bonne indication de datation. On retrouve dans le livre notre papetier, né en 1698 et décédé en 1747. Il épousa Marie-Thérèse Palhion et  le moulin était situé à Rochetaillée-en-Forez (à côté de St-Etienne). Il exerca entre 1732 et 1746. La marque du papetier est reproduite  dans le livre (planche 136).

Irène et Jean-Paul Blettery proposent sur leur site une partie consacrée aux papetiers et moulins à papier dont une page fort intéressante sur la papeterie de Rochetaillée (Loire) , activité qui existait déjà au 17e siècle.  Il y est fait mention d’Antoine Palhion :

« Au mois de février 1732 Maître Guyot, notaire à Lyon, rédigeait l’acte de vente de la papeterie de Rochetaillée. Les vendeurs étaient Antoinette Billioud, veuve de Philippe Flachon marchand papetier de Lyon, agissant tant pour elle que comme curatrice de Pierre Flachon, son fils et les acheteurs étaient Claudine Griottier et Antoine Palhion son fils, papetier à Rochetaillée. La papeterie ainsi vendue, faisait donc partie de la succession de Philippe Flachon et consistait en :
« édifices et artifices de papeterie, deux corps de logis, la rivière de Furans entre deux, avec un jardin, un pré et un bois en dépendans, le tout scitué dans les parroisses de St Estienne et de Rochetaillée en Forest, avec les ecluses, battoires, prises, chutes et passages d’eaux, comme aussy tous les meubles meublans, linges, licts, tables, vaisselle, formes à papier, presses, cuves de cuivre et autres effets mobiliers y estans et appartenans aud. deffunt Sr Flachon ».

Et Antoine Palhion reconnaissait bien savoir ce qui se trouvait dans la papeterie, « estans de père en fils depuis longues années dans lad. papeterie » Le prix de la vente fut fixée à 14.000 livres, soit 11.000 livres pour la valeur des bâtiments et 3.000 livres pour la valeur des effets mobiliers s’y trouvant. A cette somme, fut ajoutée celle de 11.300 représentant le solde des opérations faites antérieurement  par Claudine Griottier, Claude Palhion d’une part et Philippe Flachon d’autre part. Il fut convenu d’en régler 1.000 livres au comptant, le reste par paiements différés.  A cette occasion on peut noter que Pierre Palhion, papetier de Saint-Didier en Velay, et cousin de l’acheteur se porta caution pour garantir les paiements futurs, prévus dans le contrat.
Antoine Palhion, le marié était le fils de Claude Palhion et de Claudine Griotier, précités. Quant à la mariée, Marie-Thérèse Palhion, elle était fille de Pierre Palhion et de Louise Feynas de Saint-Didier en Velay. Elle avait dû y naître en 1713 ou 1714, mais l’acte de baptême ne figure pas sur le registre paroissial Le couple se maria à Rochetaillée le 6 octobre 1733 (…).
Antoine Palhion décéda à Rochetaillée le 28 novembre 1747 à l’âge de 49 ans.
Devenue veuve, Marie Thérèse Palhion vendit les droits qu’elle possédait sur la papeterie de Rochetaillée le 22 mai 1748 à son frère Marcellin, alors papetier à Saint-Didier en Velay. »
Faire une recherche sur le filigrane du papier permet de confirmer que la lettre a été écrite au 18e siècle et d’en apprendre un peu plus sur le papetier et les filigranes. Ce qui n’est pas si mal non ?

Sources utilisées :

Filigranes : et autres caractéristiques des papiers fabriqués en France aux XVIIe et XVIIIe siècles / Raymond Gaudriault. Paris : CNRS éd : J. Telford, 1995. ISBN 2-271-05250-5

Site d’Irène et Jean-Paul Blettery. Papetiers et moulins à papier. Rochetaillée (Loire)

Synthèse entre filigranes et sortes de papier (en images).

Léo Mabmacien

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6 réflexions au sujet de « Filigrane avec la marque d’Antoine Palhion, possédant moulin à papier à Rochetaillée-en-Forez »

  1. Léo mène l’enquête ! c’est (à mon avis) la plus grande joie devant un élément inconnu : reconstituer l’histoire et retrouver les personnages… avec la belle émotion d’aboutir ! Bravo :)

  2. Un vrai livre réserve toujours de nouvelles découvertes.
    Peut-on imaginer des filigranes dans le papier d’un e-book ? :)
    René

  3. Qui sait ? :D
    il y a déjà « l’encre numérique », la pochette « reliure »… pourquoi pas l’écran filigrané ! hihihihi
    Les progrès techniques sont tout de même hallucinants, je rêve d’une table lumineuse épaisse et souple comme une feuille de papier pour la glisser entre les pages des livres.
    j’ai acheté une petite table lumineuse portative pour « traquer » les filigranes des pages de livres… mais cela ne convient pas bien pour les petits formats, la table est trop épaisse.

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