Gritner, mystérieux graveur sur bois au 18e siècle


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Discours sur la profession de procureur. Dans lequel on traite de la profession de procureur en général… A Genève, et se trouve en France chez les libraires des principales villes du Royaume, [1783]. Bandeau numéro 28  selon le corpus établi par Françoise Weil.
Selon le Bénézit (Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays…) Gritner fut actif dans la seconde moitié du 18e siècle. Graveur sur bois, ses réalisations se retrouvent à Paris, Lyon, Bordeaux, Avignon, Toulouse et Nîmes, de 1763 à 1796 selon Idref. Il serait d’origine allemande et il a travaillé pour les Perisse, imprimeurs-libraires à Lyon au 18e siècle selon  P. Javons dans Bulletin historique et archéologique de Lyon, année 1930, numéros 2-4, pages 87-91.

Selon l’article de Françoise Weil  (Les ornements signés Gritner (1773-1808). Les enseignements d’un corpus) « aucun historien à ce jour n’a pu identifier le personnage ».  De plus « rien ne prouve que Gritner ait séjourné dans une des villes où résidaient ses clients, tout au plus s’est-il sans doute rendu à Nîmes en 1782 ».  Gritner reste donc mystérieux. En tout cas comme l’a fait avant moi Françoise Weil, on peut étudier ses oeuvres à travers les bandeaux et autres ornements qu’il a gravé. Je ne vais pas refaire une étude qu’à très bien réalisée Françoise Weil mais plutôt vous montrer quelques ornements de Gritner (surtout des bandeaux). Certains ornements ne sont pas recensés dans le corpus de Françoise Weil.

J’ai fait également une recherche dans la base Passe-Partout où l’on trouve 15 résultats avec comme nom Gritner. Les ornements proviennent principalement de Suisse (Neuchâtel, Genève et Lausanne). Françoise Weil dans son étude a recensé une centaine d’ornements signés Gritner ou Grit. ou Gr. Ainsi « en 1778 et 1779, les éditeurs (imprimeurs-libraires) sont à Strasbourg, en Suisse romande et à Lyon ». Les ornements de Gritner se répandent après 1780 à Lyon, dans le Sud-Ouest et en Italie du nord. C’est à Lyon que Françoise Weil retrouve le plus d’ornements, surtout utilisés par les frères Perisse et Aimé Delaroche. Les ornements de Gritner sont utilisés jusqu’en 1808 (à Turin et à Lyon) selon Françoise Weil mais ils sont encore utilisés en 1820 à Toulouse par Douladoure ou par Hénault pour cet exemplaire de 1824 (l’ouvrage est en ligne). Plusieurs de ces ornements se retrouvent dans plusieurs ateliers d’une même ville et même dans plusieurs villes. Françoise Weil avance l’hypothèse « selon laquelle dans la plupart des cas, Gritner fabriquait plusieurs exemplaires d’un même ornement ». Au 19e siècle, le développement du clichage (stéréotypie) a permis de réaliser à partir des bandeaux en bois de nouvelles matrices en fonte qui seront utilisées jusqu’à la fin du siècle. On rappellera aussi la longévité des ornements, encore utilisés une partie du 19e siècle dans les petits ateliers qui maintiennent pour un temps une composition et une impression artisanales.


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bandeau numéro 42 avec l’étonnante mention « ex ligno sculp ». Il est aussi utilisé par Delaroche à Lyon en 1780 et 1788) et à Toulouse par Joseph Dalles en 1785.

 

[Factum. Bontemps Dubarry, Jean-Pierre. 1787]
A juger, en l’audience de la Tournelle de la Cour. Pour le sieur Jean-Pierre Bontemps Dubarry, commissaire-général aux saisies-réelles, accusé & intimé, sur l’appel fait par le sieur ci-après nommé, de la modicité d’un décret contre lui prononcé ; contre le sieur Jean Thenaud, négociant d’Amsterdam, accusateur & appellant ; en présence du sieur Saint-Pierre Fils, aussi accusé ; et du sieur Bélezi, également accusé.

A Bordeaux, de l’imprimerie de Pierre Phillippot, imprimeur de la Cour de Parlement, sur les fossés de Ville. 1787
98-[2 bl.] p. ; in-4


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bandeau numéro 53 du corpus utilisé aussi à Lyon, à Turin, à Dijon…

[Factum. Bernadeau, Jean. 1787]
[Factum. Bernadeau, Jacques. 1787]
Mémoire pour Jean & Jacques Bernadeau, tonneliers, freres, Louis Lataste, matelot, & Jacques Charlot, serrurier, appelans d’une sentence, rendue par le sénéchal de Guienne le 28 avril 1785, confirmative d’une autre sentence rendue par l’ordinaire du Bourg le… Contre Michel Letu, sergent royal, intimé.
A Bordeaux, de l’imprimerie de Phillippot, imprimeur de la Cour de Parlement, fossés de Ville. 1787
37-[3 bl.] p. ; in-4


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Source : Tolosana. Ce bandeau ne figure pas dans le corpus de Françoise Weil

Cantiques de Castres en langue languedocienne et française. Nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée. On a fait en sorte de les composer sur des airs connus

A Castres, chez J. Auger, imprimeur, rue du Temple, 2e section, n° 288. 1800 [ouvrage en ligne]


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Source : Rosalis. Ce bandeau n’est pas signé. La bibliothèque municipale de Toulouse l’attribue à Gritner d’après Mesuret. Le fleuron au titre est de Gritner aussi. Ce bandeau ne figure pas dans le corpus de Françoise Weil

Mémoire abrégé, et situation actuelle de l’Hôtel-Dieu de Toulouse, présenté par l’administration de cet hôpital a messieurs les administrateurs du département de la Haute-Garonne, le Décembre 1790. A Toulouse : de l’imprimerie de J.-A.-H.-M.-B. Pijon, 1790 [ouvrage en ligne]


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.Source : Rosalis. Ce fleuron n’est pas dans le corpus de Françoise Weil,

Au loup !
Toulouse : [s.n.], 1792 [ouvrage en ligne]

« Fable satirique en vers languedociens contre le Père Sermet
2 vignettes gr.s.b l’une,signée Gritner, représente un faune affrontant une chèvre), l’autre une poule picorant une grappe de raisins. »


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source : Google Livres. Bandeau numéro 12 du corpus utilisé exclusivement à Lyon par les frères Perisse pour des ouvrages de dévotion

L’Ame religieuse, élevée à la perfection… A Lyon, Chez les frères Perisse, 1788 [ouvrage en ligne]


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Source : Google Livres. Bandeau numéro 43 utilisé à Lyon chez les frères Perisse, chez Grabit, à Toulouse chez Guiramand, en Suisse et pour de fausses adresses

L’art du poëte et de l’orateur. Nouvelle rhétorique à l’usage des collèges… A Lyon, Chez les Frères Perisse, libraires des colleges, rue Merciere. 1783. Avec privilege. [ouvrage en ligne]

 


NB : Je tiens à exprimer ici ma gratitude à Philippe R. de Limoges pour son aide précieuse.

Sources  :
Les ornements signés Gritner (1773-1808) : les enseignements d’un corpus / Françoise Weil. In Le livre & l’estampe, LII, 2006, n°166, p. 91-161.

Gritner dans Idref

Gritner dans Worldcat Identities

Léo Mabmacien

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2 réflexions au sujet de « Gritner, mystérieux graveur sur bois au 18e siècle »

  1. M. Georges Forestié apporte un complément très intéressant dans son commentaire : « Je viens de lire votre article du 16 juin 2014 consacré au graveur sur bois Gritner. Vous y rapportez que Françoise Weil dans son étude sur « Les ornements signés Gritner » parue en 2006, ayant observé que les vignettes de celui-ci se répandent à partir de 1780, formule l’hypothèse d’une gravure en plusieurs exemplaires du même motif. N’est-t-il pas plus vraisemblable d’admettre une production en série à partir d’un moulage du bois original en employant un alliage de plomb et d’étain ? Cette technique n’a du être utilisée que pendant une période assez courte, transition entre les derniers bois gravés en bois de fil, et les gravures en bois de bout au début du XIX ème.
    Comme en effet, rien ne distingue une impression avec un bois d’avec une impression avec un plomb moulé, personne n’en parle dans la littérature sur l’ornementation typographique.
    Je conserve en effet une bonne partie des vignettes typographiques en bois et en métal que ma famille paternelle avait réunies, provenant de tous les imprimeurs ayant exercé avant elle dans la ville de Montauban depuis la fin du XVI ème siècle.
    Parmi celles-ci se trouvent les vignettes référencées par Françoise Weil avec les numéros 12, 42 et 53, et qui illustrent votre article. Elles sont en plomb, fixées sur bois. On en retrouve les épreuves dans les ouvrages imprimés à Montauban à la fin du XVIII ème siècle et au début du XIX ème. »

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