L’enluminure des cartes et des plans : « coloriage » mode d’emploi


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Article extrait du Journal des connaissances utiles (1837)

Le coloriage n’est pas l’apanage des enfants. L’enluminure (« art de mettre des couleurs ») des cartes et des plans du 16e au 18e siècle fut une activité peu connue qui mérite que l’on s’y attarde. L’enluminure des estampes a en effet rarement attiré l’attention des historiens comme le souligne C. Hofmann dans L’enluminure des cartes et des atlas imprimés VIe-XVIIIe siècle (réf. ci-dessous). Peu développée au 16e siècle, l’enluminure eu un âge d’or avec la cartographie flamande et hollandaise entre 1570 et la fin du 17e siècle. Je ne citerai comme exemple que Johannes Blaeu et son fameux Atlas Maior publié entre 1662 et 1672 en plusieurs langues. La Bibliothèque universitaire d’Utrecht a numérisé les 9 volumes en néerlandais qu’elle possède. La plus belle édition est celle détenue par la Bibliothèque nationale d’Autriche à Vienne. Elle est proposée en fac-similé (uniquement la partie Terre) par l’éditeur Taschen pour 50 €. Les exemplaires ont été enluminés en partie par Dirk Jansz Van Santen (1637/38-1708), enlumineur renommé.

En France, l’enluminure est un métier rattaché à la gravure, souvent peu considéré après le développement de l’imprimerie. L’enluminure traverse en France une période sans faste entre 1630 et 1750 avant de prendre un nouvel essor. L’offre s’étoffe et les éditeurs proposent « des cartes en feuilles ou réunies en atlas, atlas reliés ou brochés, atlas in-folio, in-4 ou de poche, planches en blanc ou « enluminées » (Hofmann) ». L’enluminure augmente bien sûr le prix de l’exemplaire, elle peut être ordinaire (simples traits) ou « en plein » c’est à dire constituée de lavis (« lavé ») plus ou moins denses, elle est alors réservée aux exemplaires de luxe. Après les années 1750 en France, la couleur « tend à être prise en compte comme un véritable vecteur d’informations, et non plus comme un simple « adjuvant » destiné à faciliter la lecture de la carte (Hofmann) ».

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Article extrait du Journal des connaissances utiles (1837)

Côté technique, il faut savoir que les cartes et les plans ne se colorient pas arbitrairement. Jusqu’au milieu du 19e siècle (avant l’utilisation de la chromolithographie),  les cartes sortaient en noir et blanc de l’imprimeur  puis étaient ensuite réhaussées de couleurs par des petites mains (voir des grandes pour les artistes reconnus).

Le rôle de la couleur dans les cartes a peu évolué depuis la Géographie de Ptolémée. Elle est notamment évoquée par Pierre Duval dans son Traité de géographie de 1672 (texte en ligne).

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enluminure simple d’une carte du 19e siècle

La couleur était  optionnelle, utilisée non dans un but esthétique (Il faut distinguer dans l’enluminure des cartes le décor qui lui a un rôle purement esthétique) mais taxinomique, c’est-à-dire afin de « distinguer, souligner, associer, opposer ou hiérarchiser des éléments ». C’est le cas pour tout ce qui concerne les limites de pays, les contours du littoral, les principaux éléments de paysage (montagnes, forêts, fleuves, villes). La palette est assez réduite nous dit C. Hofmann : « brun pour les montagnes, vert pour les bois, rouge pour les cités et les maisons, bleu pour les eaux. » Et de préciser que pour distinguer les limites des pays il faut appliquer « une couleur différente pour chacun, de sorte que deux pays adjacents ne soient pas de la même couleur ». Le tout est possible en utilisant seulement 4 couleurs différentes (théorème des 4 couleurs).

Selon C. Hofmann il faut attendre le 19e siècle pour qu’un traité complet paraisse sur le sujet (le Manuel du coloriste édité en 1834 par la célèbre librairie Encyclopédique).

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Aller plus loin :

Technique cartographique : l’esthétique graphique [fabrication d’une carte] sur le site de l’IGN.

Sources :

Extrait du Journal des connaissances utiles (1837)

L’enluminure des cartes et des atlas imprimés XVIe-XVIIIe siècle / par C. Hofmann. Bulletin du Comité Français de cartographie, n°159, mars 1999, p. 35-47 [en ligne]

 Léo Mabmacien

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