Passions du livre : l’ordinaire et le propre des livres par Dominique Autié


Dominique Autié, malheureusement décédé en 2008, écrivain et ancien directeur des Editions Privat, était actif aussi comme « écrivain blogueur ». Sur son blog toujours disponible en ligne, sont regroupés sous le titre « L’ordinaire et le propre des livres : petite philocalie » un ensemble de textes sur les livres et sa passion pour eux. Quelques titres très poétiques pour vous accrocher : Du fil, Un prêté n’est jamais un rendu, les bibliophiles ont une âme, Chaleur des livres, Un livre n’a pas d’odeur, La bibliothèque est un jardin clos, La paix des livres…

En voici quelques extraits. Je vous invite à découvrir plus longuement ses textes sur son blog qui sont d’ailleurs sous licence Creative Commons BY-NC-ND.

Textes de Dominique Autié (extraits) :

« Passer pour un bibliophile me plonge toujours dans l’embarras. Selon la stricte étymologie, je le suis, comment le nier ? Pourtant, si je me délecte de la matérialité du volume, ma gourmandise n’est excitée qu’à la promesse d’un contenu ».

« Dans un livre, il y a du papier, de l’encre, du fil et de la colle.

Pas de fil ?  Ce n’est pas un livre ».

« Le Livre de Poche (la marque, mais aussi l’objet) a été commercialisé en France en 1953. Ma grand-mère maternelle en fit aussitôt grande consommation, au point que lui restent associées, dans ma mémoire, des petites piles de ces volumes, qu’elle achetait par cinq ou dix et posait sur le dessus de la cheminée. La tranche en était teintée – de bleu pétrole, de rouge rosâtre, de marronnasse –, ce qui la protégeait des traces de doigts et, certainement, contribuait à éviter que les pages ne gondolent. Le papier était bis, couleur de pain. Les romans épais, une fois lus, avaient le dos creux. À l’exception du pelliculage qui, avec le temps, s’écaillait (comme une mue de serpent – ou, plutôt, le livre rejetant cette chape chimique, inutile, délétère), de tels livres étaient robustes, solidement cousus. [C’est à la fin des années 1960 que j’achetai pour la première fois un volume de la collection « Idées » de Gallimard qui, à peine ouvert, s’effeuilla.] »

« Il n’existe aucune justification technique crédible à l’emploi du brochage sans couture. Il ne s’agit, pour l’industrie de l’édition, que d’une misérable économie de bouts de ficelle ».

« J’ai longtemps prétendu qu’il m’est impossible, désormais, de rester dans une pièce où un récepteur de télévision est allumé. En fait, c’est dans un intérieur où ne se trouve aucun livre qu’il m’est pénible de séjourner. »

« C’est grand tort et temps perdu de faire reproche aux auteurs de littérature à l’estomac ainsi qu’aux éditeurs qui les publient. Il faut s’en prendre aux industriels qui sont parvenus à formater le livre aux normes de la grande distribution. Ce qu’on y trouve témoigne d’une irréprochable harmonie avec les angles vifs, le papier surfacé glacé à blanc, le pelliculage mat, la colle polymérique du produit blistérisé ».

« Moquer quelqu’un pour son goût des livres, son respect de la chose imprimée, en faire coûte que coûte un bibliophile – comme on force le « retour ligne » sur un logiciel de traitement de texte (… ou le destin) : le trait provient rarement de personnes tout à fait étrangères à la culture et à l’économie de l’écrit. Il ne viendra pas à l’esprit d’un supporteur. Mais un universitaire, un écrivain pénétré de la haute portée métaphysique de son œuvre, un bouquiniste (il circule dans la profession un portrait-charge du bibliopathe, que je tiens à la disposition des incrédules) n’hésiteront pas un instant ».

Sommaire de L’ordinaire et le propre des livres

Blog de Dominique Autié

Léo Mabmacien

[Photo extraite du blog de Dominique Autié.]

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