La Fable de Psyché, figures de Raphael


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Voici un livre très intéressant tant au niveau typographique que graphique. La fable de Psyché, figures de Raphael est parue avec les caractères d’Henri Didot à Paris l’an II (1802) en un format grand in-4, comprenant 33 planches hors-texte dont un frontispice. Une page liminaire précise que les planches de cet ouvrage ont été dessinées et gravées au trait, d’après Raphaël, par Dubois et Jean-Baptiste-Charles Marchais, sous la direction de Girodet. Selon la notice de la Bnf, le texte a été préparé par Antoine Denis Bailly, la traduction est de Brugière de Barante  (en regard du texte latin) et le texte est précédé d’une dissertation par de L’Aulnaye. Il est mentionné que l’on peut trouver cet ouvrage chez Dubois et Marchais, peintres au 2 rue de l’Eperon, chez Henri Didot, graveur au 810 rue du Regard et chez J. B. Fournier et Fils, libraires au numéro 27 de la rue Hautefeuille (le tout à Paris bien sûr). L’ouvrage, qui a fait l’objet d’une souscription, a été imprimé sur papier vélin (adapté aux caractères Didot) et coûtait 36 francs de l’époque. Une publication très représentative de cette période de néo-classicisme tant ici par le sujet, l’illustration et les caractères d’imprimerie employés. Henri Didot (1765-1862), fils de Pierre-François Didot, fut graveur de caractères et l’inventeur de la fonderie polyamatype (art de fondre une certaine quantité de lettres à la fois). Les publications mentionnant Henri Didot sont rares (les pages de titres ou les pages liminaires mentionnant rarement le graveur de caractères) comme pour cet exemple. « Tout est parfaitement bien » comme le dit le Journal typographique et bibliographique :

 

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La Fable de Psyché ou plutôt « la légende de Psyché est une longue nouvelle enchâssée dans L’Âne d’or (ou Les Métamorphoses) d’Apulée (IIe siècle après J-C). Dans ce célèbre roman, l’auteur raconte les aventures d’un certain Lucius transformé en âne pour avoir voulu percer les mystères de la magie. Condamné à errer à travers le monde, Lucius est confronté à plusieurs situations au cours desquelles lui sont narrés divers récits qui le conduisent peu à peu à la « purification » de son être. Sur sa route, il rencontre une vieille femme qui lui raconte le mythe de Psyché. » (Amélie Ferrigno, « Agostino Chigi et le mythe de Psyché »).

Charles-Paul Landon dans un extrait de la revue Nouvelles des arts, peinture, sculpture, architecture et gravure évoque la parution à venir : « De tous les Artistes qui ont tracé l’histoire de Psyché, Raphaël est celui qui l’a traitée de la manière la plus gracieuse et la plus poétique. La suite des trente-deux planches qu’Antoine Salamanque a publiée, d’après ce maître méritait d’être enrichie d’un texte précieux, et consacré par le suffrage des littérateurs. Ces planches étant peu soignées sous le rapport du burin, comme le sont en général celles à l’usage des Artistes, les citoyens Dubois et Marchais ont pensé que le simple trait en ferait mieux ressortir les beautés. Le citoyen Girodet a dirigé les auteurs dans leur travail : c’est un heureux présage du succès de l’entreprise.
Ce volume paraîtra au commencement de vendémiaire ; nous en rendrons compte aussitôt qu’il sera mis au jour. On souscrit à Paris, chez Dubois aîné , peintre, rue de l’Eperon, n.° 2, et chez J. B. Fournier et fils, libraires., rue Hautefeuille , n.° 27. »

Les planches qui ont servi pour le travail de Dubois et Marchais ont été gravées par Bernardo Daddi, dit le Maître au dé (1512?-1570) et par Agostino Veneziano (selon les sources). La Bnf possède un recueil d’estampes de Daddi (visible sur Gallica). Les estampes ne sont pas décrites mais on trouve bien les gravures sur Psyché.

Voici la liste des 32 planches (liste établie par la Bibliothèque municipale de Lyon) :

Contient : 1 : Apulée changé en âne écoute la fable de Psyché ; 2 : Le peuple rendant les honneurs divins à la belle Psyché ; 3 : Le mariage des soeurs de Psyché ; 4 : Le père de Psyché consultant l’oracle sur le sort de sa fille ; 5 : Psyché conduite sur une montagne ; 6 : Psyché enlevée par Zéphir ; 7 : Psyché servie dans le bain par les nymphes ; 8 : Psyché servie à table par d’autres nymphes ; 9 : L’Amour couché dans les bras de Psyché ; 10 : Psyché habillée et coiffée par des nymphes ; 11 : Psyché fait des présents à ses soeurs ; 12 : La jalousie des soeurs de Psyché ; 13 : Psyché regarde l’Amour ; 14 : L’Amour fuit Psyché ; 15 : Psyché raconte son infortune à ses soeurs ; 16 : Oiseau blanc apprenant à Vénus la maladie de l’Amour ; 17 : Vénus faisant des réprimandes à l’Amour ; 18 : Vénus se plaint à Jupiter ; 19 : Cérès refusant toute assistance à Psyché ; 20 : Junon renvoyant Psyché ; 21 : La Tristesse et la Douleur châtiant Psyché ; 22 : Vénus ordonnant à Psyché de démêler des amas de grains ; 23 : Psyché et la laine d’or des moutons ; 24 : Psyché part pour les Enfers ; 25 : Psyché dans la barque de Caron ; 26 : Psyché entre dans les Enfers ; 27 : Proserpine et Psyché et la boite de beauté ; 28 : Psyché ouvre la boite de beauté devant l’Amour ; 29 : Cupidon demandant grâce à Jupiter pour Psyché ; 30 : Vénus et l’Amour plaidant leur cause devant Jupiter ; 31 : Les dieux célébrant les noces de Psyché et de l’Amour ; 32 : Cupidon et Psyché couchés ensemble dans le lit nuptial.

Voici la planche 32 (Cupidon et Psyché couchés ensemble dans le lit nuptial) :

gravure de Dubois et Marchais pour La Fable de psyché de 1802
gravure de Dubois et Marchais pour La Fable de psyché de 1802
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Gravure de Bernardo Daddi. Epreuve avant la lettre

 

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La même mais avec les vers italiens expliquant la scène. Vous noterez la présence du vase (symbole féminin) sur toutes les gravures (et de la fenêtre). Le vase contient parfois un rameau de myrte, symbole de l’amour.

Une nouvelle édition de la Fable de psyché parue chez Didot en 1872 et intitulée Les amours de Psyché et de Cupidon évoque les 32 dessins de Raphaël :

« Raphaël est au premier rang parmi les peintres qui ont consacré leurs talents à en retracer les principales scènes : non-seulement il y prit les sujets de douze des beaux tableaux dont il orna le palais Chigi, autrement dit la Farnésine, mais il composa encore, d’après la narration d’Apulée , une suite de trente-deux dessins, qui nous la présentent dans son entier. On ne sait pas bien positivement si cette suite fut seulement destinée à être gravée, où si elle fut peinte par les élèves de Raphaël, dans la maison qu’il fit bâtir à Rome, in Borgo nuovo, et qui est détruite depuis longtemps : ce qu’il y a de certain , c’est que les dessins originaux étant perdus , il ne reste plus aujourd’hui de l’histoire de Psyché, composée par Raphaël, que les gravures, que l’on attribue vulgairement à Marc— Antoine. On pourrait douter que ce célèbre graveur y ait lui-même travaillé, mais il est constant qu’elles ont été faites chez lui et sous sa direction : trois de ces pièces portent la marque d’Augustin de Venise. Antoine Salamanca en publia la collection à Rome, et fit graver au bas de chaque planche des octaves italiennes qui en expliquent le sujet ; Ce sont ces trente-deux dessins que nous donnons au Public. »

La Villa Farnesina à Rome abrite au rez-de-chaussée la loggia de l’amour et Pysché peinte en 1518 par Raphaël et son atelier, reproduisant des épisodes de la légende de Pysché mais pas la suite des 32 dessins. Le musée Condé du château de Chantilly possède 44 vitraux « exécutés entre 1542 et 1544, à la demande du connétable Anne de Montmorency, homme de guerre, ami de François Ier, pour le château d’Ecouen. Après la Révolution française, ils sont placés dans le musée des monuments français en 1796. Rendus, par la suite à la famille des propriétaires du château d’Ecouen, le duc d’Aumale, âgé de huit ans, en hérite. A l’âge adulte, devenu collectionneur d’art, il fait construire une galerie à Chantilly pour les accueillir (Psyché : le mythe dans les collections du Château de Chantilly). »

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Vitrail du musée Condé

Une notice de la base Joconde précise que ces vitraux s’inspirent des gravures exécutées en Italie par Agostino Veneziano et le Maître au Dé d’après des dessins attribués à Raphaël, mais dus probablement au flamand Michiel Coxcie. On pourra également comparer les vitraux aux dessins parus dans le tome 6 du Musée des monumens français (le livre est en ligne) dont est extraite la planche suivante :

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Pour terminer, voici quelques gravures extraites du livre, l’ensemble des gravures peut être retrouvée sur mon compte Flickr. L’ouvrage présenté ici est disponible sur Google Livres.

Quelques sources

Amélie Ferrigno, « Agostino Chigi et le mythe de Psyché », Cahiers d’études romanes [En ligne], 27 | 2013, mis en ligne le 25 juin 2014. URL : http://etudesromanes.revues.org/4114

Claude Benoit, « De la tapisserie à la peinture : le didactisme de l’image au sujet de la légende de Pysché et Cupidon ». In L’espace de l’eros : représentations textuelles et iconiques. Limoges : PULIM, 2007. ISBN 9782842874216

Psyché : le mythe dans les collections du château de Chantilly : entretien avec Nicole Garnier sur Canal Académie.

Léo Mabmacien

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