La numérisation à la demande dans les bibliothèques française


« Mais je crois que par la suite sont nées des bibliothèques dont la fonction était de ne pas faire lire, de cacher, de dissimuler le livre. » Umberto Eco, Visions de la bibliothèque

 

La numérisation à la demande dans les bibliothèques est un service récent mais logique dans les missions des bibliothèques, qu’elles soient municipales, spécialisées, universitaires… Il s’agit d’offrir l’accès soit à un numériseur, soit de proposer une numérisation qui sera effectuée par un personnel de la bibliothèque ou pour un prestataire extérieur (prestation gratuite ou payante). Le document doit être dans le domaine public (globalement 70 ans après la mort de l’auteur, pour les revues 70 ans après la parution). La numérisation de documents sous droits est possible pour un usage privé si elle est effectuée avec son propre matériel (et dans une certaine limite). La question en bibliothèque reste épineuse comme on peut le lire dans cet article. Bon à savoir : un scanner à plat est exonéré de la taxe sur les appareils de reproduction. Pour ma part je trouve que ce service devrait être gratuit pour tous et lié à la mise en ligne après numérisation du document dans une bibliothèque numérique (si il y’a numérisation entière du document).  A la lecture de plusieurs messages postés récemment dans une liste de diffusion consacrée au patrimoine des bibliothèques, je me suis rendu compte que ce n’était pas une pratique courante de la part des bibliothécaires.

Souvent on distingue les documents qui sont numérisés pour un usage commercial de ceux destinés à un usage personnel et privé. Le coût peut être gratuit pour un usage privé mais presque systématiquement payant pour un usage commercial. L’exemple type en France est celui de la Bnf où toute demande de reproduction, numérisation est payante. Ils vont même jusqu’à demander une mention de source sur des documents libres de droit proposés dans Gallica (alors qu’il y’a déjà une « marque d’appartenance » sur les pages…). On peut se dire qu’avec Gallica on n’a pas besoin de demander une numérisation si le document est déjà numérisé. Pensez-vous : Gallica ne vous propose que des fichiers de faible qualité (en apparence…). Pour des images en haute définition ou un tirage d’art, il faudra sortir le portefeuille soit passer par un plugin à installer sur son navigateur proposé par Sylvain Machefert. Avec quelques inconvénients : image par image, fichiers à renommer). En tout cas cela vous évitera de payer. De plus si le document n’a pas été numérisé et que vous demandez sa numérisation, il viendra enrichir la base Gallica grâce à vous. Un bon plan pour la Nationale.

Mais la Bnf n’est pas la seule en France à proposer des conditions de numérisation contraignantes ou coûteuses. Les mauvais élèves sont nombreux mais certaines bibliothèques ont bien compris qu’elles devaient offrir un accès le plus ouvert à leurs collections, en sachant que cet accès profitera à tous et à toutes.

Demander une numérisation nécessite un portefeuille bien garni surtout si vous voulez un livre de 300 pages. Ainsi à la Bibliothèque municipale de Lyon il vous en coûtera pour une haute définition 12 euros la vue (en TIFF ou JPG) soit pour une basse définition un forfait de 9 euros jusqu’à 20 vues puis de 40 centimes la vue au-delà, en JPG ou PDF. La Bibliothèque municipale de Reims propose les 50 premières vues à 0,60 € la vue puis de la 51e à la 100e la vue est à 0,40 € et au-delà de la 100e vue il faudra payer 0,30 € la vue. A ce prix là vous aurez droit (pour un usage privé) à des fichiers en basse définition (100 dpi) avec incrustation en bas de l’image de la mention Reims, BM plus la cote du document. En haute définition, « le service incruste un tatouage numérique dans l’image ». L’utilisation commerciale est soumise à une redevance (25 € par vue pour des images provenant des collections imprimées et iconographiques, 100 € par vue pour des manuscrits) sauf si les reproductions sont destinées à des ouvrages universitaires. Et n’oubliez pas de fournir une preuve de ce que vous avez publié à titre de justificatif, sinon la bibliothèque de Reims sera fâchée.

A la Bibliothèque Sainte-Geneviève si vous voulez un document en entier, le personnel vous orientera vers une société de numérisation qui vous fera une belle facture, la bibliothèque recevant en même temps que vous une copie de la reproduction (qui sera mise sur Internet Archive quand même). Deux pierres deux coups encore. Bon, pour quelques pages on vous fera des photos gratuitement (mais pour votre usage personnel bien sûr). La Bibliothèque de l’Institut de France saura vous charmer avec ses tarifs et conditions avantageuses : 15 € par tranche de 10 pages, dans la limite de 30 pages, après la bibliothèque fait appel à un prestataire extérieur dont l’agence de la RMN pour des images HQ. Pour une utilisation commerciale les prix sont plus élevés comme vous pouvez le constater sur leur site. La Bibliothèque municipale de Lille propose la numérisation à la demande gratuitement en basse qualité (jusqu’ 15 vues) puis un forfait de 5€ par quinzaine supplémentaire. Si vous voulez de la HD un forfait de 5€ est appliqué puis un prix de 0,50€ la vue. Pour une utilisation commerciale rien n’est précisé. Parfois vous aurez bien du mal à trouver l’information sur le site de la bibliothèque comme à Tours où la reproduction de documents se cache dans le règlement intérieur. On apprend quand même que le service est payant et effectué par le service photo de la bibliothèque mais les tarifs ne sont pas indiqués. Chose curieuse vous ne pourrez pas vous-même photographier un document antérieur à 1900 ! Certaines bibliothèques universitaires comme celle de l’Université de Toulouse III utilisent le service EOD – Ebooks On Demand pour une demande de reproduction. Le service est payant et on vous demandera 10€ par ouvrage et 0,15€ par vue pour avoir un pdf. Le fichier que l’usager a payé ira rejoindre généreusement la bibliothèque numérique Tolosana

Parmi les bons et un peu moins bons élèves citons la Bibliothèque municipale de Dijon qui offre ce service gratuitement (pas plus de 30 clichés par demande) même pour une utilisation commerciale (il suffit de leur envoyer un exemplaire du document contenant les reproductions). Cela permet d’avoir des numérisations de qualité car il faut savoir que les fonds numérisés en ligne proposent en grande majorité des documents de qualité médiocre, que ce soit un PDF ou des images JPEG. La Bibliothèque municipale de Besançon – mauvaise élève avant 2018 – propose maintenant gratuitement jusqu’à 100 images en basse définition, au-delà  il faudra débourser 15€ puis 5€ par tranche de 100 images. Si vous voulez une image en TIFF (réservée aux éditeurs !) et si vous n’êtes pas un éditeur associatif ou universitaire, le prix à payer est de 20€ la page. La Bibliothèque municipale de Rennes propose un copieur numérique mis à disposition gratuitement (je n’ai pas vu d’informations sur les demandes en ligne de numérisation). La Bibliothèque de l’INHA s’est repentie fin 2016 : plus de copyfraud et fourniture gratuite de documents déjà numérisés en haute définition. Pour les documents qui ne sont pas numérisés le service est payant (pour les modalités et les prix il faut envoyer un courriel…). Encore un petit effort à faire pour l’INHA. Terminons par une mention spéciale pour les Bibliothèques Universitaires de Grenoble Alpes qui offrent un service gratuit, ouvert et profitable à tous, les numérisations étant déposées dans la bibliothèque numérique patrimoniale de l’Université.

Rappelons que vous pouvez utiliser votre propre appareil (appareil photo, smartphone…) pour numériser des documents. A noter toutefois qu’un document numérisé (ou microfiché) et disponible en ligne est parfois difficile à consulter dans sa version d’origine pour diverses raisons : état qui ne permet pas la communication du document (mais qui a quand même été numérisé !), le document est en ligne … Mais ceci est une autre histoire….

Léo Mabmacien

PS : liste non exhaustive bien évidemment de bons et moins bons élèves….

Crédit photo : 2011_eh_erika_cohn_scanner_1 / WashUlibraries, licence CC BY NC SA

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5 réflexions au sujet de « La numérisation à la demande dans les bibliothèques française »

  1. bonjour,
    Pour les documents déjà numérisés par Gallica ou d’autres bibliothèques, il est possible de récupérer les images originales en HD (300dpi) avec le plug-in IIIF download, (Firefox et chrome).
    Sinon, pour d’autres serveurs d’images zoomables, le site Dezoomify offre une solution simple et efficace. http://ophir.alwaysdata.net/dezoomify/dezoomify.html.

    Source
    Le bloc note du développeur de l’extension http://geobib.fr/blog/2017-12-06-telechargement-gallica
    Sur Gallica Studio : http://gallicastudio.bnf.fr/veille-des-gallicanautes/les-astuces-des-gallicanautes-t%C3%A9l%C3%A9charger-les-images-de-gallica-en-hd
    Pour aller un peu plus loin et télécharger en masse des documents HD via un script :
    View story at Medium.com

  2. Bonjour,
    Juste une petite remarque au sujet de votre vœu.
    « Pour ma part je trouve que ce service devrait être gratuit pour tous »
    Pas d’angélisme. La gratuité n’existe pas. Dans ce cas (et dans bien d’autres car la gratuité est une part de la doxa) il faudrait trouver un mot plus adapté. Donné à tous par exemple. Ou bénéficiable à tous si l’adjectif existait.
    Car au bout du bout il faut bien payer.
    J’ai connu un type qui, avec son terre-à-terrisme de bon aloi, disait : ce qui est gratuit ne vaut rien. Sous-entendu : pas de contrepartie, on n’en connaît pas la valeur, qui finit par avoisiner le normal, l’habituel, l’impayé.
    Mais c’était dans un autre siècle…
    Je vous souhaite la tranquillité de l’âme.
    Salix.

  3. Bonjour,

    C’est la collectivité qui supporte déjà le coût d’une bibliothèque, donc nous. Certaines bibliothèques ne font pas payer leurs lecteurs pour les prêts, même chose pour la numérisation.C’est un choix. Un service public n’a pas à être rentable et ne doit pas faire payer deux fois la personne. Sinon la gratuité existe bien : ce que nous propose la nature, les échanges entres personnes etc…
    Léo

  4. oh, merci Eric pour ces précisions. C’est génial pour Gallica. J’ai installé l’extension de Sylvain et cela marche du tonnerre. Dommage que ce ne soit pas possible directement sur le site de Gallica… Enfin c’est possible. Merci

    Cordialement
    Léo

  5. Article très intéressant (comme d’habitude, devrais-je dire) mais au-delà, je trouve qu’il s’agit à la fois d’un article de référence sur le sujet et d’une réflexion indispensable dans la période de mutation que nous connaissons. Pourquoi ne pas communiquer cet article à des revues littéraires ou à des organismes officiels (à l’échelon municipal, départemental…) ?
    Merci, Léo.

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