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Bonsoir,

si quelqu'un a une idée des initiales du tampon je suis preneur !

L’Ordine della messa, il quale deue tenere il sacerdote quando celebra senza canto, & senza ministri, secondo l’uso della S. Romana Chiesa, per il r.m. Giouanni Burcardo di Argentina … In Brescia : presso Tomaso Bozzola, 1567

Editeur et libraire italien du 16e siècle (il a exercé sa profession de 1566 à 1600 date de sa mort), Tomaso (ou Thomaso ou encore Tommaso) Bozzola a eu une activité importante d’édition (surtout de textes religieux), utilisant une marque d’imprimeur au griffon (deux versions existent mais il existe des variantes que l’on peut trouver dans l’excellente base du CERL Thesaurus). C’est peut-être le frère de Giovanni Battista Bozzola, imprimeur dans la même ville et utilisant la même marque. Il a exercé  principalement à Brescia mais aussi à Venise (1591) et Bergame (1594-1595).

une des marque de Sébastien Gryphe

On connaît bien sûr le plus célèbre imprimeur portant cette marque, Sébastien Gryphe (Sebastianus Gryphius) qui a exercé à Lyon de 1524 à 1556. Les deux marques comportent un griffon monté sur le globe ailé de la fortune, le cube symbolisant la vertu comme on peut le voir ci-dessus. Pour Sébastien Gryphe et sa famille il s’agit de jouer sur le nom de famille. Mais cet exemple n’est pas isolé et on trouve d’autres marques au griffon qui ont été utilisées, parfois avec la même devise.

Après la mort de Sébastien Gryphe  son fils Antoine reprendra sa marque entre 1565 et 1599. Citons François Gryphius, qui a exercé à Paris de 1532 à 1545 et frère de Sébastien Gryphe. Il a pour devise : Vires et ingenium. Sa marque est reprise par Jean Brachonier puis par Claude Baaleu (tous deux à Paris) qui publie 3 livres entre 1581 et 1585.  Jean Gryphius, autre frère de Sébastien utilisa la même marque en exerçant à Venise. La marque au griffon est aussi utilisée à Paris par Jérôme de Marneuf.

Plusieurs imprimeurs espagnols utilisèrent une marque au griffon. J’ai relevé les noms suivants (entre parenthèse ce sont les périodes d’activités) :

Dominico de Robertis (1534-1549)

Jean et Miguel Ferrer, Tolède (1547-1572)

Juan Gracian (Alcala de 1572-1578)

Guillaume Drouy (Madrid de 1578 à 1599)

Pere Patrici Mei (Valence, 1581-1623)

Juan Bautista Varesio (Lerme, 1614-1620)

Les imprimeurs italiens ne sont pas en reste :

Bozzola, Giovanni Battista (1558-1566)

Girolamo Scoto (Venise, 1539-1573)

Francesco I Storti (Venise, 1650-1661)

Francesco Baba (Venise, 1625-1656)

Cette liste ne saurait être exhaustive.

Pour finir une petite définition du griffon extraite du Manuel lexique ou Dictionnaire portatif des mots françois :

Source :

Attributs et symboles dans l’art profane : 1450-1600.  Genève : Droz, 1958-64.  3 volumes  (Travaux d’humanisme et Renaissance ; 29) . – Contenu : t. 1-2. Dictionnaire d’un language perdu ; t. 3.Supplement et index

Léo Mabmacien

Bonjour,

Continuons notre petit tour de France des bibliothèques possédant un fonds patrimonial. On part cette fois-ci en Bourgogne, au pays de Bertrand et plus précisément à Dijon. La Bibliothèque municipale de Dijon est une bibliothèque classée, elle gère le dépôt légal imprimeur en Bourgogne et surtout elle est pôle associé avec la Bibliothèque nationale de France pour tout ce qui concerne la gastronomie et l’oenologie (tiens donc !)…

Fondée en 1625 et publique depuis 1708, la bibliothèque municipale de Dijon possède un fonds ancien de 140 000 volumes imprimés : 242 incunables, 60 000 documents antérieurs à 1789 et 80 000 volumes du 19e siècle. A cela s’ajoute 3500 manuscrits dont un fonds roman provenant de l’Abbaye de Citeaux. Les documents iconographiques sont au nombre de 110 000 (estampes, plaques photographiques, affiches…).

La bibliothèque développe aussi son fonds régional en proposant 70 000 notices de 1001 à 2010 de documents consacrés à la Bourgogne. Constitué par des dons et legs au 19e siècle, c’est à l’un de ces donateurs (Philippe Milsand, bibliothécaire) que l’on doit la constitution de la première Bibliographie bourguignonne, qui devient courante en 1939 (rédigée alors par la Société des Annales de Bourgogne). La bibliothèque a repris sa rédaction en 1994 en lien avec cette Société et le Centre Régional du Livre). Elle est accessible en ligne à travers la base HiBou (Histoire de la Bourgogne). On trouvera également un dictionnaire des personnalités de la Bourgogne intitulé RABUTIN (téléchargeable en ligne) et un Manuel bourguignon proposant une sélection d’ouvrages utiles à l’amateur.

En étant pôle associé avec la BNF pour la gastronomie et l’oenologie, la bibliothèque municipale développe son fonds culinaire qui atteint aujourd’hui  10 000 documents de 1401 à nos jours.

Plusieurs fonds particuliers sont conservés (je n’ai mis ici que ceux qui ne se rapportent pas au fonds local. Vous pouvez vous reporter au site du Centre Régional du Livre Bourgogne pour plus de détails).

Autres fonds particuliers :

- fonds Clément-Pierre Marillier : 644 volumes entre 1751 et 1800 de ce célèbre graveur et dessinateur.

- fonds Gaspard-Auguste Brullé : 1600 volumes de 1801 à 1900 de cet entomologiste.

- fonds Henri Breuil : 3000 notices de ce maître chocolatier et collectionneur dijonnais !

- fonds Pierre Virely : 2350 notices

- fonds Roger de Belloguet   : 1115 notices de 1501 à 1850 de ce baron et écrivain.

- fonds Théophile Berlier (817 notices de 1789-1815), avocat à Dijon.

On regrettera l’absence de collections numérisées accessibles en ligne ou d’expositions en complément de celles organisées autour du livre ancien (d’excellents livrets sont publiés à cette ocassion).

Site de la bibliothèque

Quelques références :

Catalogue des incunables de la bibliothèque publique de Dijon / par M. Pellechet. Dijon : G. Lamarche, 1886

Catalogue des fonds particuliers de la Bibliothèque publique de Dijon : Delmasse, Duxin, Balme, Vallot, Berlier, de Juigné, Saverot, Carnot, R. de Belloguet, d’Antraigues. Dijon : Imprimerie de l’Union typographique, 1909

Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Tome 63, Dijon, Pau, Troyes. Paris : Plon, Nourrit & cie, 1885-1984

Patrimoine des bibliothèques de France. Volume III, Catalogue des livres anglais du XVIIe siècle conservés à la Bibliothèque municipale de Dijon / [réd.] par Anna-H. Chaubard ; Ministère de la culture et de la communication, Direction du livre et de la lecture. Bordeaux : Société des bibliophiles de Guyenne, 1987. ISBN 2-904532-10-2


Léo Mabmacien

Bonjour,


Histoire de l’écriture typographique : de Gutenberg au XVIIe siècle / Yves Perrousseaux ; [préface de Paul-Marie Grinevald]. – La Fresquière [04340 Méolans-Revel] : Atelier Perrousseaux, DL 2005. – . – 1 vol. (427 p.) : ill. en en noir et en coul. ; 30 cm. – Bibliogr. p. 418-421. Index
ISBN 2-911220-13-7 (br.) : 50 EUR

Voilà un ouvrage qui ravira les amateurs et amatrices de typographie, ces caractères mobiles en relief inventés par Gutenberg en Occident. Yves Perousseaux nous  retrace l’histoire de la typographie, comment elle est née et s’est inspirée des anciens procédés d’impression. Un chapitre est consacré à Gutenberg et ses successeurs, à l’ère des incunables puis aux différents imprimeurs et éditeurs marquants du 15e au 17e siècle et inventeurs de caractères (Alde Manuce, Josse Bade, Plantin, Elzevier…) Le tout est entrecoupé de « pauses » consacrées à la technique typographique, les écritures manuscrites en usage au début de l’imprimerie, la classification vox-atypi, la gravure d’illustration, l’origine et la formation du français.

De nombreuses illustrations parcourent ce magnifique ouvrage qui comporte une belle bibliographie à sa fin.

Un ouvrage que je vous recommande vivement.

Léo Mabmacien

Bonsoir,

Le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France propose depuis le 23 octobre et jusqu’au 31 janvier une exposition intitulée « Choses vues choses lues » consacrée à la lecture en occident. La belle salle Labrouste accueille l’installation-exposition-manifeste d’Alain Fleischer, transformant « la salle de lecture en salle d’exposition des lectures« . On peut ainsi découvrir des lectures filmées sur des centaines d’écrans disposés dans la salle, lectures d’anonymes et de comédiens, accompagnées de manuscrits et d’éditions originales.

Une version de cette exposition est maintenant disponible en ligne. En plus des lectures filmées (écoutez celle des Travailleurs de la mer, c’est un régal), la lecture est abordée tout au long de son histoire, du monde grec à l’époque moderne. Les lecteurs et les modèles de lecture ne sont pas oubliés, je vous invite à suivre la conférence d’Alberto Manguel sur la lecture et surtout d’aller dans le cabinet de lecture. Pour finir jeter donc un oeil sur le « work in progress » de José Froment (des rats et des livres) avec Gérard dans le rôle principal… Vanité du bibliothécaire ou cauchemar ?

Bibliographie (fort intéressante)  à télécharger : « Visages et usage de la lecture« 

détails et présentation en vidéo de l’exposition

article paru dans le magazine Chroniques de la BNF

Léo Mabmacien

Bonsoir,

oeuvres de racine tome 1

page de titre portant le nom de Fournier comme éditeur

A priori rien de particulier sur cette édition en trois volumes des œuvres de Racine format in-12, publiée à Paris chez Fournier, quai des Augustins, à la Providence, en 1760. Sauf qu’en interrogeant le Catalogue Collectif de France (CCFr), je ne retrouve pas trace de cette édition avec cet éditeur. En regardant le privilège qui figure à la fin du premier tome, on se rend compte qu’il est attribué à Michel-Etienne David, pour 20 ans en 1720, puis renouvelé pour 10 ans en 1733 (avec une curieuse erreur pour la date d’enregistrement : 1614 !) et un troisième privilège en 1744 pour 10 ans… Ce qui nous donne une fin de privilège pour 1754 ou 1760 si on cumule les privilèges depuis 1720. Privilèges qui figurent dans un livre publié en 1760 avec un Fournier en page de titre.

On trouve pour l’année 1760 une édition parisienne en 4 volumes  in-4 avec figures bien publiée par un David. Il ne s’agit pas de Michel-Etienne David, qui est mort en 1756 . En faisant une recherche dans la base du CERL, on note avec étonnement qu’il était situé quai des Augustins à l’enseigne de la Providence (entre autre). En continuant ma recherche sur le CCFr je trouve aussi des notices sans nom d’éditeurs pour le format in-4 et une qui mentionne une « Société des Libraires » (vérifié aussi sur le Manuel du libraire et de l’amateur de livres). Pour le format in-12, je trouve comme éditeur Prault et aussi Brocas…

Il faut rajouter aussi qu’à la fin des privilèges (voir l’image ci-dessous)  il est précisé que cette édition  sort des presses de l’imprimerie d’ Hyppolite-Louis Guérin et de Louis-François Delatour, situés rue St Jacques à Paris. Le premier (le père) était associé au deuxième (le fils) de 1752 à 1765. Mais cela ne nous aide guère.

Nous serions en fait en face d’une édition partagée, c’est à dire commune à plusieurs éditeurs. Le principe est de partager les frais d’une édition puis une fois la vente faite soit les gains obtenus, soit les pertes… Imprimer un livre coûte cher au 18e siècle d’autant plus s’il s’agit d’une belle édition en plusieurs volumes. La page de titre peut alors indiquer tous les associés (tous les exemplaires portent la même page) soit uniquement un seul nom (selon le nombre d’exemplaires revenant à l’éditeur).

Si l’édition est couverte par un privilège, un extrait doit figurer dans l’ouvrage et les noms des libraires associés au privilège mentionnés. Ce qui n’est pas le cas ici, peut-être parce que le privilège a expiré ? Aurait-il été cédé ? On ne remarque aucune mention de nouveau privilège. Auriez-vous un avis de votre côté ?

L’édition partagée se pratique toujours aujourd’hui pour les ouvrages illustrées (livres d’art), les encyclopédies, livres spécialisés et livres demandant de forts capitaux.

premier début privilege du roi oeuvres racine

approbation et premier privilège du roi. On appréciera les ouvrages demandés par Michel-Etienne pour l'obtention du privilège

début privilege du roi oeuvres racine

fin du second privilège et 3e privilège toujours accordé au sieur David

privilege et impression oeuvres racine

la fin du 3e privilège et les noms des deux imprimeurs en bas

Source utilisée

Dictionnaire encyclopédique du livre. Tome 2, E-M. Paris : Editions du Cercle de la Librairie, 2005. ISBN 2-7654-0910-2

NB : le jour où j’ai terminé cet article, le Blog du bibliophile nous gratifiait d’un article sur l’édition partagée…. Ceci n’est donc que pur hasard et en aucun cas une volonté délibérée de ma part.

Léo Mabmacien

Nom de code : Utpictura 18

Bonsoir,

Voici une base de données qui sera très utile aux personnes intéressées par l’analyse des images et leurs relations avec les textes. Elle se nomme UTpictura18 et comporte plus de 7000 notices de peintures et de gravures, le tout accompagné de nombreuses références bibliographiques. Elle est développée par le Centre Interdisciplinaire d’Etude de Littérature d’Aix-Marseille (CIELAM), unité de recherche de l’Université de Provence.

On trouvera aussi des textes en ligne sur les notions théoriques, les lectures du récit, sur Diderot et les salons, Voltaire, l’Arioste.

Présentation Powerpoint de cette base.

Léo Mabmacien

Bonjour,

Dictionarium latino-gallicum = Dictionnaire latin-français, composé sur le plan de l’ouvrage intitulé : Magnum totius latinitatis lexicon, de Facciolati,…par FR [François Joseph Michel] Noël ,… Paris : Le Normand, 1843. 1 vol. (XIII-1018 p.) ; 8°

A priori rien d’exceptionnel pour ce dictionnaire latin-français de 1843, un classique de l’époque utilisé en classe. Par contre l’avis de l’éditeur au début de l’ouvrage est très intéressant. En voici les dernières pages reproduites ci-dessous :

avis éditeur 8

avis éditeur 9

Il indique préférer l’utilisation des caractères mobiles en raison de la facilité de la mise à jour et des corrections à apporter par rapport au clichage, procédé récent du début du 19e siècle, consistant à obtenir par moulage un cliché en relief (appelé flans). On parle aussi de stéréotypie, procédé inventé à la fin du 18e siècle et utilisé pendant le 19e siècle à l’exemple des célèbres frères Didot (ce sera l’occasion d’un prochain article).

La composition reste manuelle mais une fois que les clichés sont obtenus, il n’y a plus besoin de recomposer l’ouvrage pour une nouvelle édition. Un gain de temps important mais aussi un stockage plus grand. De plus le texte ne peut pas être modifié facilement contrairement à notre dictionnaire.

Comme quoi les caractères mobiles sont encore utilisés en 1843 et prouvent ici leur utilité. Ce dictionnaire par sa typographie et sa composition est encore composé et imprimé de manière « artisanale ». Cette impression montre bien que la limite entre livres anciens (en France 1810) et livres romantiques et modernes reste arbitraire. En voici un exemple !

Léo Mabmacien

Bonsoir,

Après la Rose et l’Imprimé, le SCD de l’Université de Poitiers (SCD = les bibliothèques) propose une nouvelle exposition consacrée aux livres anciens, cette fois-ci autour des voyageurs des Lumières, à travers leurs récits et leurs différentes modes de voyage en ce 18e siècle : découverte, colonisation, dépaysement. Les livres exposés proviennent des fonds anciens de la Bibliothèque de Limoges et du SCD de l’Université de Poitiers. Des visites guidées sont prévues ainsi que des conférences à la Bibliothèque Universitaire Droit Lettres. Un catalogue sera bientôt disponible à la vente, édité par les Presses Universitaires de Tours, dans les Cahiers d’histoire culturelle. Mais ce n’est pas tout : on naviguera  avec plaisir dans l’exposition en ligne qui nous est offerte et on se perdra avec délice parmi les reproductions et les bibliographies proposées… Bon voyage !

Exposition du 11 janvier au 27 mars 2010
du lundi au vendredi : 8h30-19h30
le samedi : 9h-17h

L’exposition en ligne (informations pratiques en suivant le lien : Rendez-vous)

Léo Mabmacien

Bonsoir,

Le Musée de l’imprimerie de Lyon organise une intéressante exposition sur les livres de très petits formats (du 29 janvier au 27 juin 2010),  appelés aussi livres minuscules voir « livres nains » à la Bibliothèque Nationale de France. Intitulée Minuscules, les livres de très petits formats au fil des siècles, près de 400 de ces ouvrages seront exposés, anciens et contemporains (une centaine), provenant des fonds du musée, de la Bibliothèque municipale de Lyon et de particuliers (dont le collectionneur Hubert Silvain et de relieurs collectionneurs). Ateliers, conférences sont proposés ainsi qu’un catalogue de l’exposition. Idée originale : une partie des livres contemporains exposés est le résultat d’un concours lancé par le musée à l’occasion de l’exposition. Rien en ligne par contre ! A découvrir si vous êtes dans la région ou lyonnais. Vous pourrez en tout cas lire l’excellent dossier de presse pour en savoir plus sur les livres de très petits formats (et vous procurer le catalogue).

Sur internet le Blog du bibliophile a évoqué ces livres minuscules, Anick Butré vous propose ses livres d’artistes miniatures. Enfin si vous voulez en savoir plus sur Hubert Silvain, collectionneur de « minuscules », le Magazine du Bibliophile lui a consacré un article dans son numéro 47 de mai 2005.

Pour rappel les livres minuscules ont une dimension de 75 mm maximum, les miniatures de 25 mm, les microbes de 12,5 mm et de 0,95 mm pour les records techniques (source : dossier de presse du Musée de l’imprimerie).

Léo Mabmacien

Bonjour,

Jouer au petit chimiste avec les livres anciens : sans danger ?

J’avais déjà évoqué dans un précédent article les moyens de réparer et de conserver ses livres anciens. Le message d’un lecteur me donne l’occasion de revenir sur un des ennemis du livre : les moisissures…. Omniprésentes et très utiles, les moisissures sont un fléau pour les livres anciens qui se parent alors de belles couleurs blanches, roses, noires ou vertes, formant un délicat duvet  !

Bien sûr on évitera d’acheter un livre servant de support à la culture des champignons (sauf si vous êtes mycophiles) et on veillera à éviter tout développement de moisissures. Mais tout peut arriver…

Voici le message de notre lecteur qui nous propose sa méthode :

« J’ai utilisé une solution de Neo-Sabenyl (désinfectant, détergent antibiotique) en solution dans l’eau jusqu’à 50% et plus. On humidifie un bout d’ouate et on lave le support puis on essuie immédiatement. Le papier ne se déforme pas. Il n’y a pas de changement de couleur après une année quel que soit le support.

Le produit n’est pas cher et me parait efficace. »

Je suis perplexe devant le résultat. Qu’en pensez-vous ? Je suis allé vérifier sur internet ce qui est conseillé par les uns et les autres.

Ainsi le site Décorolia.com nous informe que « la moisissure se développe lorsque les livres sont tellement serrés que l’air ne peut pas respirer » ;-)). La solution est de vaporiser d’essence de clou de girofle les étagères (pour les insectes normalement), de saupoudrer les moisissures de farine et d’enlever ensuite avec une brosse quelque temps plus tard. Autre conseil trouvé sur le site de Marie-Claire Maison il faut « grattez délicatement avec un couteau pour ôter le surcroît, puis tamponnez la tache avec un Coton-Tige trempé dans de l’eau oxygénée faiblement dosée (10 volumes) jusqu’à sa totale disparition ». Marcel Clouzot dans son Guide de bibliographie française nous propose un bon lavage si le livre n’est pas trop abîmé. L’Institut Canadien de Conservation nous propose pour les livres moisis de les introduire dans un sac plastique et de confier le tout à un spécialiste.

L’Atelier Strebel qui est une entreprise suisse propose ses conseils : le premier est d’éviter l’apparition de moisissures, ensuite si des moisissures apparaissent d’isoler le document et éviter de le manipuler. Il nous conseille d’éviter l’utilisation de produits désinfectants (action sur l’encre…). Le traitement se fait par rayons gamma ou par stérilisation. La Bibliothèque Nationale de France propose des fiches pratiques dont trois consacrées à l’évaluation de la contamination, au diagnostic et au traitement.

Pour résumer il s’agit d’adopter les gestes suivants (cela s’applique aux bibliothèques et en partie aux particuliers) :

- isolation du document dans du papier kraft ou un carton (pas de sac plastique)

- si la contamination provient de mauvaises conditions de stockage il faudra y remédier : conditions climatiques (taux d’humidité…), fuite d’eau, infiltrations…

- prélèvement et analyse des moisissures

- traitement curatif suite à l’analyse des résultats : sur les documents même voir pour la pièce entière.

Les produits chimiques sont à éviter autant que possible…

Pour les moisissures qui sont anciennes la BNF préconise un dépoussiérage. Pour cela il faut un aspirateur à filtre absolu spécial réservé aux professionnels. Mais rien ne vous interdit d’en acheter (autour de 350 €)

Pour les autres moisissures : fumigation à l’oxyde d’éthylène +  dépoussiérage (attention : gaz toxique et très dangereux).

La BNF propose une liste de prestataires. Pour les locaux la meilleure méthode est l’huile de coude (le chiffon), en dernier recours certains produits désinfectants.

Un utile complément est proposé par la défunte Direction du Livre et de la Lecture sur son site. J’ai récupéré le pdf ( contamination) au cas où…

Une étude de moisissures a été faite dans une réserve de bibliothèque, rapportée dans le Bulletin des Bibliothèques de France, 2002, tome 47, n°6 que l’on peut lire en ligne.

En tant que particulier le traitement est plus délicat, le meilleur conseil si vous avez des moisissures est d’isoler le document et de faire attention aux conditions de conservation. Le fait de dépoussiérer ses ouvrages sera un plus. Et attention aux produits chimiques !

Sources utiles :

Sciences et patrimoine culturel. Portail de la conservation-restauration (Ministère de la culture)

Centre de Recherche sur la Conservation des Collections (CNRS) qui propose une magnifique base de données sur les moisissures (avec photos) : MBc – Moisissures et biens culturels

Laffont, Caroline, Mouren, Raphaële, « Les ennemis du livre », BBF, 2005, n° 1, p. 54-63
[en ligne] <http://bbf.enssib.fr/>

Léo Mabmacien

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