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Bonjour,

Après avoir vu en détail le métier de bibliothécaire tel qu’il était envisagé au 19e siècle, il est intéressant de se pencher sur un confrère, le libraire. Pour aborder ce noble métier penchons nous sur un manuel :

Manuel du libraire, du bibliothécaire et de l’homme de lettres, ouvrage très utile aux bibliophiles, et à tous ceux qui achètent des livres / par un libraire [Pierre Chaillot]. Paris : Thoisnier-Desplaces, 1829

Pour information le Bibliomane moderne en a déjà parlé dans un précédent article.

Ce manuel a été rédigé par Pierre Chaillot (1782-1853), imprimeur libraire à Avignon (1809-1845 pour sa période d’activité). Outre ce manuel (paru sous pseudonyme) on lui doit notamment une Histoire des opérations de l’armée royale (1816), une Histoire des révolutions de France (1817) et une Histoire d’Avignon et du Comtat Venaissin (1818).

Composé avec des ciseaux (dixit l’auteur) Pierre Chaillot a rassemblé tout ce qui pourra instruire nos libraires. Après avoir retracé l’apparition de la librairie en France (mention de libraire en 1275) on arrive aux devoirs et qualités d’un bon libraire :

Une partie de son travail consiste à correspondre avec des collègues français ou étrangers pour diffuser les livres qu’il publie et en recevoir en échange.

Le libraire a donc la charge de vendre des livres mais aussi sa propre production. Le libraire est alors aussi souvent imprimeur et / ou éditeur. Il peut avoir recours à des imprimeurs extérieurs pour certains travaux.

La suite du manuel  s’adresse en fait aux commis du libraire qui ont un rôle important : le commis peut être chargé de la tenue des livres de comptes, du bon entretien du magasin (nettoyage, rangement), de la vente, de la réception des feuilles reçues et de leur bon collationnement (les ouvrages arrivant en feuilles à l’époque, il s’agit de vérifier que toutes les feuilles sont bien là) , de la protection des ouvrages par des maculatures (feuilles gâtées ou tachées). Le commis doit aussi surveiller l’envoi des articles pour la reliure et surtout il plie et relie les livres vendus brochés. Il doit aussi savoir étendre le papier imprimé qui sort de l’imprimerie (comme le linge ;-)) et savoir l’assembler en cahiers.

Le manuel revient sur le libraire  qui doit connaître la langue allemande, anglaise et italienne mais aussi :

“il faut de plus qu’il soit honnête et de bonne conversation : qu’il ne cherche point à tromper en vendant un livre pour un autre , une mauvaise édition pour une bonne , un livre imparfait pour un livre complet : qu’il fréquente les savans , les curieux de livres ; qu’il n’en impose à qui que ce soit sur les instructions qu’on lui demande : qu’il ait le talent d’étudier le goût du public, de s’y conformer, de lui faire connaître les livres qui peuvent lui convenir , de lui faire naître enfin l’envie de se former une bibliothèque considérable, en commençant par une partie et l’amenant insensiblement à une autre.”

On retrouve bien là le rôle de conseil du libraire, le fait qu’il doit être au courant de ce qui paraît et de ce qu’il propose à la vente, le fait qu’il doit s’adapter à la demande du public.

Le libraire a aussi la charge d’établir des catalogues de vente, soit courants soit suite à un décès (c’est lui qui se charge de la vente). L’auteur propose d’ailleurs une méthode fort intéressante pour dresser un ” inventaire” (qui fera l’objet d’un article futur).

Rien n’est dit par contre sur l’aménagement de la librairie, de la gestion des stocks.

Un petit chapitre est ensuite consacré à l”emballage des livres par les commis :

Les autres parties du livre sont consacrées au bibliothécaire, à l’homme de lettres, à un dictionnaire de termes de la librairie et des belles lettres, à la législation de la presse.

En guise de conclusion

Le métier de libraire au début du 19e siècle est assez proche de celui du bibliothécaire : connaissance des livres, de l’imprimerie, des langues, culture générale, curiosité, réseau de connaissances. Le ou les commis jouent un rôle important au sein de la librairie. La fonction d’imprimeur va se dissocier de celle de libraire au cours du 19e siècle tout comme celle d’éditeur, en une fragmentation et une spécialisation de ces fonctions et métiers.

Pour comparer avec le métier de libraire aujourd’hui (en pleine révolution) je vous invite à lire la fiche proposée par le CIDJ (Centre d’information et de documentation jeunesse).

Pour aller plus loin

- Le métier de libraire / Institut national de formation de la librairie et le  Syndicat de la librairie française. Paris : Ed. du Cercle de la Librairie :

Tome 1 : La gestion de stock. ISBN 978-2-7654-0964-9

Tome 2 : La production de l’assortiment. ISBN 2-7654-0933-1

- Version numérisée du manuel sur Google Books

Léo Mabmacien

Bonsoir,

cornière sur un graduel

cornière sur un graduel

Un livre relié a plus de chances de survie qu’un livre non relié. C’est la principale fonction de la reliure, au-delà de son aspect esthétique bienvenu (et recherché). La reliure est l’art de rassembler les feuilles d’un livre (assemblées en cahiers), de les coudre ensemble, de lui donner une belle (ou non) enveloppe (peau, papier marbré…) afin d’assurer sa conservation. Je voudrais évoquer dans cet article les moyens extérieurs utilisés pour protéger et renforcer la couvrure du livre. Je ne parlerais pas ici du corps de la reliure, à savoir la couture, la tranchefile, le carton ou le bois (ais), la chasse (partie du carton qui déborde les pages du volume sur les tranches) …

Au Moyen-Age les livres sont posés à plat ou inclinés et rangés de la même façon sur les étagères, les armoires, les niches ou les coffres. Il s’agit de les protéger. Pour cela on ajoute à la reliure des morceaux de métal (laiton la plupart du temps) aux endroits les plus fragiles : les coins et les plats.  Vous pouvez voir ci-dessus une cornière en métal agrémentée d’un boulon d’angle (appelé bouillon) sur ce lourd livre religieux in-folio (début 19e). Un boulon au milieu d’un plat est un ombilic (référence au cordon ombilical !). On parle de cabochon de manière générale.

Pour éviter toute déformation de la reliure (le parchemin sous la chaleur ayant tendance à se gondoler) on employa des courroies pour serrer les deux plats du livre, courroies qui furent remplacées par des lanières faisant le tour du livre et nouées comme des lacets. Des lanières qui ont souvent disparu (comme dans le livre ci-dessous).

traces de lanières

traces de lanières (on voit les trous ainsi que bouts de lanières pour cet ouvrage du début du 17e)

Les lanières furent remplacées par des fermoirs métalliques (plus solides et plus pratiques). Le fermoir est composé de trois parties (en métal, en métal et cuir ou tissu). Selon le glossaire de l’IRHT (référence ci-dessous) “ces trois éléments peuvent être : une patte, une agrafe et une contre-agrafe, ou bien une patte, une agrafe et un tenon. Sans mention particulière, le fermoir est fixé en gouttière.”

graduel fermoir

beau fermoir du début du 19e sur un graduel

fermoir

fermoir permettant de maintenir le livre bien fermé (les plats sont en bois) et d'assurer sa conservation. Ici nous avons une patte, une agrafe en laiton et un tenon.

L’utilisation des protections métalliques ne subsista après la fin du 16e que pour les livres de grands format et usuels notamment les livres liturgiques. Les lanières et les fermoirs se raréfient au 17e siècle pour ne plus subsister pour ces derniers que dans certains cas précis (livres religieux). Tout cela est du à plusieurs facteurs : le remplacement des planches de bois par du carton pour la reliure, le fait de ranger les livres côte à côte debout et non plus à plat, l’usage d’un cuir moins épais (et l’abandon progressif du parchemin), la difficulté à manier un ouvrage “bardé de métal”.

Source utilisée :

« Glossaire codicologique », dans Livret du stage d’initiation au manuscrit médiéval (domaine latin et roman), éd. par Th. Buquet, O. Legendre et J.-H. Sautel, Paris, IRHT, 2006-2008 (Ædilis, Publications pédagogiques, 2) [En ligne] http://aedilis.irht.cnrs.fr/manuscrit/glossaire.htm

Léo Mabmacien

Bonsoir,

balaipoeme

Notez l'adresse fantaisiste. En fait imprimé à Amsterdam

Je voudrais évoquer avec vous cette figure oubliée qu’est Henri-Joseph Laurent dit  Dulaurens, écrivain, pamphlétaire, philosophe, journaliste et abbé (défroqué mais non excommunié),  né en 1719 à Douai et mort en 1793 à Mayence en Allemagne. Il rentre en 1727 chez les Trinitaires de Douai et est ordonné prêtre en 1744. La Vraie origine du Géant de Douai, en vers français, suivi d’un discours sur la beauté, où l’on fait mention des belles de cette ville qu’il fait paraître en 1743 lui vaut ses premiers ennuis. Il sera exilé pendant 6 ans dans le diocèse de Poitiers. Il finit par quitter son habit d’ecclésiastique et s’installe à Paris où il vit difficilement. La parution des Jésuitiques l’entraîne en Hollande, à Amsterdam notamment. Il travaille alors pour le libraire et éditeur Marc-Michel Rey comme correcteur. Il est à cette époque journaliste et sera rédacteur de L’Observateur des spectacles. Il part ensuite à Liège où il travaille chez le libraire de Beaubers. A la suite de nouvelles publications (Imirce et La Chandelle d’Arras), poursuivi,  il se réfugie à Francfort. A la suite d’une imprudence du libraire chez qui il travaille, Dulaurens, alors âgé de 48 ans, est condamné à la prison à vie par la Chambre Ecclésiastique de Mayence en 1767. Il finit sa vie complètement fou et sa peine ne sera adoucie qu’à la fin de sa vie.

Utilisant de nombreux pseudonymes, il a publié des poèmes héroï-comiques, des essais critiques (notamment sur les jésuites) et plusieurs romans dont le plus connu est Le Compère Mathieu ou les bigarrures de l’esprit humain.

Son œuvre est restée méconnue, tronquée notamment au 18e et 19e siècle. C’est l’occasion pour Stéphan Pascau de réhabiliter cet auteur qui a marqué son siècle :

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Henri-Joseph Dulaurens (1719-1793) : réhabilitation d’une oeuvre / Stéphan Pascau. Paris : Honoré Champion, 2006. ISBN 978-2-7453-1551-9. 85 €

Cet ouvrage constitue le premier volet de la thèse de Stéphan Pascau, le 2e volume est paru lui chez l’éditeur Les Points sur les i dans la Collection des Gueux Littéraires :

dulaurens_pascau

Ecrire et s’enfuir, dans l’ombre des Lumières : Henri-Joseph Dulaurens (1719-1793) / Stéphan Pascau. Paris : Les Points sur les i, 2009. ISBN 978-2-35930-002-4, 25 €

C’est une “suite analytique” selon l’éditeur, maison d’édition militante.

Pour en revenir au premier ouvrage (je n’ai pas lu le 2e) c’est l’ouvrage indispensable pour toute personne intéressée par Dulaurens et ses écrits (à emprunter en bibliothèque vu son prix). Outre des éléments biographiques, Stéphan Pascau s’intéresse aux écrits de l’auteur : les oeuvres reconnus (les ouvrages publiés sous le contrôle de l’auteur et après son arrestation), un manuscrit inachevé et non publié (Le dictionnaire de l’Esprit), les publications supposées, des attributions démenties et des textes marginaux. La dernière partie est consacrée à l’influence de notre auteur et inversement  notamment auprès de Voltaire, Diderot, Rousseau, mais aussi les suites et les identifications à son oeuvre maîtresse Le Compère Mathieu.

Il faut dire que l’on a fait porter le chapeau à Dulaurens très souvent. Voltaire en a joué qui lui attribuait certains de ses livres comme L’ingénu. Il faut noter à l’inverse une admiration de Dulaurens pour Voltaire, on lui suppose ainsi une suite à Candide, une fameuse seconde partie où notre héros reprend du service. On retrouve également des similitudes entre Le compère Mathieu et Jacques le fataliste de Diderot.

Quelques pages extraites du Balai pour notre plaisir (la version numérisée complète ci-dessous) :

début du chant 7 du Balai

début du chant 7 du Balai

Autre partie du chant 7

Autre partie du chant 7. Les notes de l'auteur sont elles aussi savoureuses !

Pour l’anecdote Dulaurens a été le premier à orthographier le mot “godemiché” de cette façon dans L’Arretin moderne. Il nous donne même une  Histoire merveilleuse et édifiante de Godemiché (personnifié) que l’on peut lire sur internet.

Les oeuvres de Dulaurens avec la date de première publication (une version plus complète se trouve dans l’ouvrage de Stéphan Pascau) :

La vraie origine du Géan de Douay suivie d’un Discours sur la beauté, 1743

Thérésiade ou le charivari de Saint Thomas, entre 170 et 1750 (non daté)

Essai sur la préférence des cadets aux aînés, Lettre à Madame de****, 1750

Mémoire pour servir à la béatification d’Abraham Chaumeix, 1759

Candide ou l’optimisme. Traduit de l’allemand de Mr le Docteur Ralph. Seconde partie, 1760

Les Jésuitiques…, 1761

Le Balai. Poëme héroi-comique en 18 chants, 1761 [disponible en ligne]

L’Observateur des spectacles, ou anecdotes théâtrales, 1763

L’Arretin moderne, 1763 [disponible en ligne]

La Chandelle d’Arras, poëme héroï-comique en 18 champs, 1765 [disponible en ligne]

Imirce, ou la Fille de la nature, 1765 [disponible en ligne]

Dictionnaire de l’Esprit, 1765

Le Compère Mathieu, ou les Bigarrures de l’esprit humain, 1766 [disponible en ligne sur Google Books et en version texte avec une intéressante introduction sur le site Pareiasaure editions ]

Les Abus dans les cérémonies et dans les Moeurs, développés par M. L***, 1767

L’Antipapisme révélé, ou les Rêves de l’antipapiste, 1767

Je suis pucelle. Histoire véritable, 1767 [disponible en ligne]

Le Porte-feuille d’un philosophe, ou mélange de pièces philosophiques, critiques, satiriques et galantes…, 1770 [disponible en ligne]

Pour en savoir plus :

Le site indispensable sur Dulaurens

Léo Mabmacien

Bonjour,

Étienne_Dolet

Source : Wikipédia

Une petite brève pour vous annoncer que la Bibliothèque municipale de Lyon fête les 500 ans de la naissance d’Etienne Dolet (1509-1546), imprimeur, poète et figure de l’édition lyonnaise. Il a notamment publié les oeuvres de Clément Marot et de François Rabelais tout en étant édité par Sébastien Gryphe. Il finit sur le bûcher, considéré comme athée pour les uns, matérialiste pour les autres ou encore favorable aux opinions de Luther pour d’autres encore.

Une exposition (Etienne Dolet (1509-1546 : l’encre et le feu) lui est consacrée présentant une soixantaine de documents à la Bibliothèque de la Part-Dieu du 12 novembre 2009 au 2 janvier 2010. Une conférence est prévue le 12 novembre avec Marcel Picquier, président de l’Association laïque lyonnaise des Amis d’Etienne Dolet.

Un colloque international est enfin organisé les jeudi 26 et  vendredi 27 novembre à la Bibliothèque de la Part-Dieu et à l’Institut des Sciences de l’Homme. L’entrée est libre. Avis aux lyonnais et lyonnaises !

Léo Mabmacien

Bonjour,

“Seule édition de ce livre de toute rareté qui manquait à presque toutes les grandes collections, inconnu de Barbier, à peine cité par Vicaire”

“Le tirage réduit de l’ouvrage de N…. explique sans doute son extrême rareté”

Citations trouvées sur un site de vente de livres anciens


En voilà une bonne question ! Qui amène de multiples réponses puisque la rareté est diverse et multiple et qu’un document commun peut devenir rare au fil du temps. Voici un extrait du Manuel du libraire, du bibliothécaire et de l’homme de lettres, ouvrage très utile aux bibliophiles, et à tous ceux qui achètent des livres / par un libraire [Pierre Chaillot]. Paris : Thoisnier-Desplaces, 1829, pages 66-67 qui vous aidera à cerner cette rareté :

“Il n’est pas toujours facile de trouver les livres qu’on désire, tel livre sera aujourd’hui très-commun , qui dans dix ou vingt-ans sera très-rare , ou peut-être dans quelques mois. Tel autre que l’on chercherait vainement en France, se trouvera facilement dans l’étranger. Un autre peut être très- commun dans les bibliothèques publiques, et être fort rare dans celles des particuliers.

Il ne faut pas confondre les ouvrages mêmes avec les éditions qu’on en a faites, car un livre peut être très-facile à trouver dans certaines éditions , et introuvable dans d’autres.

Les livres rares sont ceux, en général, dont on a tiré que très-peu d’exemplaires , ceux que l’on a supprimés avec beaucoup de rigueur et qui n’ont pas été réimprimés.

Ceux qui ont été détruits, par quelque accident funeste , par une incendie, par une inondation ou dans les guerres civiles.

Ceux dont on a imprimé qu’une partie et qui n’ont pas été achevés.

Ceux imprimés  sur “du papier beaucoup plus grand” que celui dont on s’est servi pour le reste de l’édition.

Ceux imprimés sur papier vélin.

Ceux imprimés sur du vélin, ou du satin.

Ceux qui ont été exportés à l’étranger.

Ceux qui ont été vendus à l’épicier, faute de débit.

Les pièces volantes, les brochures de circonstances , etc.

Les livres écrits en langues peu connues.

Les livres qui traitent des arts curieux.

Les livres d’antiquités, d’architecture, de sculpture, de peinture,  d’alchymie, etc.

Ces livres usuels se répandent dans les maisons où l’on cultive les arts , et sortent peu à peu du commerce de la librairie. Il y a encore à observer qu’on n’en imprime ordinairement qu’un petit nombre, et que ceux qui s’en servent les détruisent bientôt par l’usage qu’ils en font. Les éditions rares sont en général la première édition de chaque ville.

Les éditions faites sur des manuscrits anciens.

Les éditions faites chez les célèbres imprimeurs : des XVIe,  XVIIe et XVIIIe  siècles.

Les éditions imprimées avec des lettres ou des caractères particuliers et extraordinaires.

Les éditions qui ont été publiées dans l’étranger.

Les éditions qu’on n’a jamais mises en vente.

Les éditions qui ont été débitées sous différents titres.”

Léo Mabmacien


Pour aller plus loin :

DEVILLE, Etienne (1878-1944) :  De la rareté des Livres rares, servant de préface au catalogue des livres antérieurs au XIXe siècle de la Bibliothèque de M. Etienne Deville, tome premier (1904) [ consultable en ligne]

Des livres rares depuis l’invention de l’imprimerie / Sous la dir. d’Antoine Coron. Catalogue de l’exposition organisée par la Bibliothèque nationale de France du 29 avril au 26 juillet 1998. Paris : BnF, 1998. ISBN 2-7177-2044-8


Bonsoir,

etagère de livres anciens

Dans un article posté en janvier 2009, le Blog du bibliophile s’interrogeait sur le problème du rangement des livres pour un particulier. Vaste problème que l’on rencontre aussi (dans une certaine mesure) dans les bibliothèques publiques. Le problème de place, de l’espace en raison de l’accroissement des collections en est un, le problème de l’ordre c’est à dire le fait de pouvoir trouver ce que l’on cherche un autre.

Je reprends ici les idées exprimées par Georges Perec dans un petit livre intitulé Penser / Classer savoureux. Le chapitre intitulé “notes brèves sur l’art et la manière de ranger ses livres” pourra peut-être vous aider mais surtout vous faire réfléchir. On en trouve d’ailleurs une partie sur Internet sur le site Desordre.net.

Nous allons ici uniquement nous intéresser au problème de place, au rangement physique proprement dit, le classement fera l’objet d’autres articles.

Georges Perec évoque donc le problème de l’accroissement d’une bibliothèque en commençant par l’idée d’une bibliothèque idéale qui serait constituée de 361 volumes. En cas de nouveaux achats il faudrait éliminer la même quantité de volumes. Projet qui devient vite un casse-tête avec Perec !

Il énumère ensuite les endroits où l’on peut mettre et trouver des livres. L’étagère est le meuble le plus utilisé, les livres étant rangés les uns à côté des autres. Il peut y avoir un coin bibliothèque voir une pièce entière consacrée aux livres.

En réalité un livre peut être rangé à peu près n’importe où : chambre, entrée, toilettes, cuisine (livres de cuisines)… sauf pour la salle de bains (trop humide).

Bref le livre peut être disposé un peu partout, selon les besoins et l’envie de la personne.

Petit retour en arrière

Au Moyen Age le volume de livres est très faible (entre 10 et 200 volumes dans les bibliothèques monastiques, encore moins chez les particuliers). Les livres sont disposés à plat, seuls soit entassés les uns sur les autres. Le plus souvent on les trouve dans une niche, un coffre ou une armoire. A la fin du Moyen Age un nouveau mobilier fait son apparition : le pupitre où les livres sont posés à plat et qui sert à la lecture.

Un modèle de bibliothèque en deux parties se met en place sur le modèle du Collège de Sorbonne :  la magnia libraria et la parva libraria. Dans la première on trouve les usuels et ouvrages courants (attachés à des pupitres par des chaînes), dans la seconde (sorte de réserve, ancêtre de nos magasins !) sont disposés dans des armoires (fermées à clés bien sûr) les ouvrages en double, moins essentiels ou moins intéressants (qui peuvent contrairement aux premiers faire l’objet de prêts). N’oublions pas qu’au delà de la bibliothèque proprement dite des livres sont aussi rangés dans la sacristie, dans le Trésor (pour une église), dans les chambres des religieux, à l’infirmerie…

Les chaînes disparaîtront au 17e siècle ainsi que les pupitres pour faire place à des étagères ou armoires installées contre les murs de la bibliothèque. Beaucoup de ces armoires sont pourvues de grillage. En plus d’un classement thématique (théologie, droit canon, belles lettres…) on met les grands formats (in-folio) en bas des étagères, puis les formats in-4 et en haut les in-12, in-18 etc… Une pièce à part sert parfois “d’Enfer” pour les livres “hérétiques” ou dissonants !

Le fait d’avoir des étagères au milieu de la pièce (en travées) est une conception récente. Pour les bibliothèques publiques aujourd’hui l’étagère est reine. La bibliothèque possède généralement un accès public (le libre-accès) et une partie privée (les magasins, la réserve) où sont mis les livres plus anciens, les livres précieux, peu consultés ou en mauvais état. Pour les magasins on utilise des étagères en métal, réglables en hauteur ou des compactus (rayonnages mobiles sur rail qui permettent un gain de place important). Des meubles spécifiques sont utilisés pour les cartes et les estampes (à tiroir), les microfiches, les brochures, les revues… et les documents les plus précieux sont parfois regroupés dans une pièce avec une porte blindée.

Dans une bibliothèque on trouve des livres un peu partout : dans les salles de lecture, dans les réserves bien sûr, mais aussi dans les bureaux (livres à cataloguer et à équiper, instruments de travail), en salle de repos ou dans la cuisine (plutôt des magazines) et parfois des revues apportées par les bibliothécaires dans les toilettes (véridique !).

En ce qui concerne les particuliers, on trouve des ouvrages un peu partout dans l’habitation, au Moyen Age souvent dans la chambre, le plus souvent dans un coffre ou au mieux une armoire à livres. Il faut attendre le 18e siècle pour que de riches particuliers possèdent une pièce uniquement réservée aux livres et autres curiosités.

Ce qu’il faut retenir : au-delà d’un certain seuil le problème de l’espace et du classement se pose. Un livre peut être rangé presque partout. L ‘étagère est le support par excellence, les livres sont posés les uns à côté des autres, tranches contre tranches, dos devant nous.

Georges Perec finissait ce chapitre en montrant l’impossibilité d’un ordre parfait d’accès au savoir, de l’importance de la découverte (retrouver un livre par hasard), bref une bibliothèque lieu de découvertes et de chemins divers et variés.

Pour ma part, les livres sont rangés sur des étagères, la plupart des livres anciens dans une vitrine, les gros volumes à plat. Certains livres anciens sont mis dans des boites pour les protéger. Il n’y a pas de classement (j’attends de dépasser les 1000 volumes ;-)), ils sont classés un peu par formats. Pour l’instant je m’y retrouve !

Pour aller plus loin

Et je tournais ma peine dans mes livres (extrait de Penser / Classer)

Penser / Classer / Georges Perec. Paris : Ed. du Seuil, 2003. ISBN 2-02-058725-4

Lire aux cabinets / Henry Miller. Paris : Ed. Allia, 2000.

Une histoire de la lecture / Alberto Manguel. Arles : Actes Sud, 2000

Le mobilier des bibliothèques / Jean Vezin. In : Histoire des bibliothèques françaises. I, Les bibliothèques médiévales du VIe siècle à 1530. Paris : Ed. du Cercle de la Librairie, 2009, p. 491-521

Léo Mabmacien

Bonsoir,

Quelques parutions intéressantes pour ce bref billet.

Tout d’abord l’éditeur Plein Chant nous gratifie d’une biographie-bibliographie sur Isidore Liseux (1835-1894), rééditeur de textes rares au 19e siècle et libraire. Qualité littéraire des textes (traités érotiques, pamphlets, classiques) et matérielle des  livres (conception, impression) caractérisent cet éditeur qui a notamment influencé Guillaume Apollinaire et sa Bibliothèque des curieux.

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Isidore Liseux, 1835-1894, Un grand “petit éditeur”. Histoire & Bibliographie / Paule Adamy. Bassac : Plein Chant, 2009. ISBN 978-2-85452-293-8. 48 €

L’ouvrage était en souscription. J’ai trouvé le détail du tirage sur L’Alamblog :

“un volume in-8° (130/200 mm) de 544 pages, composé en Caslon, avec 150 illustrations en noir et en couleurs, deux index (deux !), le tout sur papier Zuber Rieder fabriqué spécialement pour cette édition.
Sur demande les exemplaires peuvent être fournis non rognés.
Le tirage de tête se compose de 20 exemplaires sur vélin d’Arches de 120 g non rognés et numérotés de 1 à 20 : 75 euros.”

umberto_eco

N’espérez pas vous débarrasser des livres / Jean-Claude Carrière et Umberto Eco. Paris : Grasset, 2009. ISBN 978-2-246-74271-5. 18,5 €

L’autre ouvrage qui nous intéresse est un entretien entre Jean-Claude Carrière et Umberto Eco publié chez Grasset. Très présent en France à l’occasion de son invitation au Louvre, Umberto Eco (qui a coupé sa barbe !) et Jean-Claude Carrière s’interrogent sur l’avenir du livre, à l’heure de l’arrivée des liseuses (tiens tiens le kindle vient d’arriver !). De quoi se faire du bien et de remettre les choses à leur place : “Le livre ne mourra pas“. Bonnes lectures !

A lire également l’entretien réalisé pour Télérama.

Léo Mabmacien

Bonjour,

superlibriscollegeroyaldelyon

Plat aux armes du Collège royal de Lyon

A la vue de ce super libris du Collége (sic) Royal de Lyon (actuel lycée et collège Ampère) sur un ouvrage du début du 19e siècle, on peut aisément tomber dans le piège de l’appartenance. Et se dire que ce livre sort de la bibliothèque de ce fameux collège : il faut dire que le noyau des collections de la Bibliothèque municipale de Lyon provient du collège de la Trinité (futur Collège Royal !), tenu alors par les jésuites.

On commence à être plus réservé quand on trouve en contreplat deux étiquettes de prix attribuées à l’élève Francisque Blanc pour un 1er prix de dissertation latine et un prix (non complété) en classe d’histoire naturelle ! En fait il s’agit d’un livre de prix offert en fin d’année scolaire aux élèves méritants. Cette habitude remonterait à la fin du 16e siècle. Pour le 17e siècle ces livres de prix présentent une reliure avec les armes des donateurs (nommés agonothètes). De généreux donateurs sollicités par les Jésuites ou d’autres religieux offraient ainsi ces livres de prix. La reliure comporte alors une riche décoration, pratique qui s’amenuisera au 18e pour ne comporter que des armes, des chiffres, voire une simple reliure. Outre la reliure le livre de prix se caractérise par l’ex-praemio (exemple ci-dessous), feuille manuscrite ou imprimée (à partir de la fin du 17e) placée en tête de l’ouvrage et mentionnant le nom du collège, le nom et les titres du donateur, la discipline, le nom et la classe de l’élève suivi de la signature du principal ou du responsable des études.

La distribution des prix est l’occasion de séances solennelles. Les livres distribués concernent principalement les auteurs de l’Antiquité ou comme pour la Compagnie de Jésus ses propres publications.

Au 19e siècle, cette habitude se poursuit et est encore vivace dans les années 60 en France. Des éditeurs se spécialisent dans cette production caractérisée par une reliure “tapageuse” (Barbou à Limoges, Lefort à Lille…) et des thèmes moralisateurs et édifiants. Pour information le livre qui vous est présenté est une édition en 2 volumes de l’Histoire naturelle des quadrupèdes de Buffon, un beau cadeau donc ! A partir de 1880 les livres de prix sont caractérisés par des cartonnages rouge et or, pratique qui perdure dans les années 50 avec un éditeur comme Delagrave.

ex-praemio pour l'élève Blanc

ex-praemio pour l'élève Blanc

Source utilisée :

Dictionnaire encyclopédique du livre. Tome 2, E-M. Paris : Editions du Cercle de la Librairie, 2005. ISBN 2-7654-0910-2

Un discours de distribution des prix au 19e siècle :

[Discours de] Distribution des prix. Extrait du journal de Caen et de la Normandie. N° 38, Jeudi 14 Aout 1828.- Caen : de l’Imprimerie de A. Le Roy rue Froide, [1828].- 8 p. ; 19,5 cm.

Léo Mabmacien

Bonjour,

Ce petit extrait du Manuel du libraire, du bibliothécaire, et de l’homme de lettres publié en 1829 vous fera peut-être sourire. Cependant il reflète une fonction aujourd’hui essentielle au métier de bibliothécaire : l’accueil du public ou plutôt des publics. Au 19e siècle le bibliothécaire se doit de posséder une solide culture générale, parler plusieurs langues, établir un catalogue et un classement optimal. La connaissance de l’imprimerie, de l’histoire du livre est la base du métier.

Pour aider le jeune bibliothécaire, l’amateur éclairé (bibliographe, collectionneur) ou le libraire, des manuels apparaissent au début du 19e siècle au moment où se développent les bibliothèques publiques.

Voici l’un d’eux :

Manuel du bibliothécaire, accompagné de notes critiques historiques et littéraires / par M. P. Namur,… Bruxelles : Chez J. B. Tircher, 1834. Il est disponible sur Google Books en version numérisée.

Son auteur, Jean Pie Namur a travaillé à la bibliothèque de l’Université de Louvain (Belgique). Bibliographe, plagiaire (comparez le texte ci-dessus et le texte plus loin sur les services aux lecteurs par exemple) et conservateur, il nous offre un manuel fort intéressant. En voici quelques extraits.

Des connaissances à avoir

Le bibliothécaire est définit  comme la “personne chargée de la classification, du soin, de la conservation et du service d’une bibliothèque”. Il doit posséder une solide culture :

Il s’agit de maîtriser le latin et le grec, de parler l’allemand, l’italien, l’anglais et le français. Connaître la géographie et l’histoire est très utile et ce n’est pas tout. En gros : ” La bibliographie étant la plus vaste et la plus universelle de toutes les connaissances humaines tout paraît devoir être du ressort du bibliographe”. La part belle est faite aussi à l’imprimerie, à l’édition, à tous les aspects du livre (pas de multimédia à l’époque !). Il s’agit de décrire avec précision les documents de la bibliothèque pour établir le catalogue.

Neutralité et services aux lecteurs

Cet extrait peut être comparé avec le code de déontologie du bibliothécaire (en France)


Savoir conserver les livres

Outre le feu, l’eau, les animaux il faut aussi veiller au prêt des livres dans et hors de la bibliothèque :

De l’importance du classement

Le classement s’effectuera par formats et les rayonnages seront donc conçus en conséquence : les in-folio tout en bas puis au dessus les in-4, les autres formats sur les rayons supérieurs. Un classement par ordre alphabétique d’auteur et systématique (par sujets) est préconisé.

Voici les principales divisions proposées qui sont elles même subdivisées.

L’explication du classement en note :

La quête du catalogue

Il s’agit pour le bibliothécaire d’établir un catalogue papier sur des feuilles mobiles (reliure mobile ancêtre des fiches cartonnées – il faudra que j’en cause un jour-) avec plusieurs accès (c’est à dire plusieurs possibilités de recherche). Notre auteur nous conseille deux catalogues : un catalogue alphabétique avec un accès par ordre alphabétique de titre et un catalogue  systématique (par sujets).

“Faire bonne impression”

Au chapitre sur l’imprimerie l’auteur présente la conception de livres, les principaux éditeurs, les marques d’imprimeurs, les formats, la restauration des livres (on apprend ainsi que l’art de restaurer les livres endommagés s’apelle la Bibliuguinancie !) :

La dernière partie de l’ouvrage est une bibliographie d’ouvrages utiles au bibliothécaire.

Petite comparaison avec aujourd’hui : Manuel du bibliothécaire vs Le Métier de bibliothécaire !

Aujourd’hui tout bibliothécaire du 21e siècle se doit de posséder son “métier de bibliothécaire” :

Le métier de bibliothécaire / Association des Bibliothécaires français. Paris : Editions du Cercle de la Librairie, 2007

Sans rentrer dans le détail il se compose d’une partie sur l’histoire du livre et des bibliothèques, d’une autre sur les documents, les collections (achats, environnement juridique et économique, patrimoine, organisation d’une collection et accès pour les usagers), les recherches documentaires. Une autre partie concerne les services au public (accueil, gestion de la bibliothèque, les marchés publics…).

On retrouve bien le catalogage, les achats, le catalogue, les services au public. La base du métier est toujours présente ;-)

Pour finir voici une définition actuelle concernant le métier de bibliothécaire :

” Etre bibliothécaire aujourd’hui, c’est d’avoir la capacité de rendre accessibles une collection et des ressources correspondant aux demandes du public auquel s’adresse la bibliothèque” (page 63)

Léo Mabmacien

Bonjour,

graduel page de titre

Graduel à l’usage de la province de Vienne. Nouvelle édition augmentée et soigneusement corrigée. A Grenoble, chez Baratier frères, 1823. 1 vol. ( 526-CCXXIIJ-10- [3] p. ).

Je voudrais vous présenter aujourd’hui ce lourd in-folio du 19e siècle publié à Grenoble en 1823 par les frères Baratier à l’usage de l’Eglise Catholique. Plus précisément pour la province de Vienne en Isère.

Le graduel est un recueil de chants grégoriens chantés à la messe par le chantre et la schola cantorum (le choeur). Les textes sont en latin, les chants sont en notation grégorienne. Ce livre liturgique est imprimé sur du papier vergé (à l’ancienne donc) et comporte des coins en métal avec boulons et un fermoir en métal (en partie manquant). Le dos est fortement abîmé surtout en bas. L’ouvrage est cependant complet et comporte à la fin 3 pages manuscrites de portées intitulées “Prose pour la fête de St Prix, patron titulaire”. Il ne comporte aucun ex-libris ou marque d’appartenance.

graduel reliure

Son usage était donc public (graduel d’autel) et il devait être posé sur un lutrin dans le choeur d’une église. Les protections en métal permettent d’éviter les frottements sur la reliure et la taille des caractères une lecture facile à distance.

pages graduel

Voici les trois pages manuscrites pour la fête de Saint Prix ou Prict, évêque de Clermont. Elle a lieu le 25 janvier. A noter : ce graduel comportait d’autres pages vierges à la fin pour rajouter au besoin d’autres chants manuscrits. Sur cet exemplaire les autres pages ont été découpées.

graduel portee

graduel portee 2

Il est mentionné sur la page de titre que celui-ci fait l’objet d’une nouvelle édition. A ma connaissance il n’y a pas eu de précédentes éditions. Un Abrégé de ce graduel a bien été publié avant 1823 par les frères Baratier mais cela ne correspond pas. Le texte suivant précise bien l’année d’édition du Graduel pour 1823. Vous pouvez aussi constater que les frères Baratier impriment et éditent principalement des ouvrages religieux, sur le Dauphiné et différentes plaquettes de commande.

Ils ont commencé à éditer au début du 19e siècle et on les retrouve encore au début du 20e. Ils sont associés un temps à Etienne Dardelet (1824-1876), graveur et époux de la  fille d’Adolphe Baratier.

Le graduel quant à lui s’est vu intégré progressivement dans le missel, regroupant alors toutes les informations pour mener une messe.

Pour aller plus loin

Les livres de la messe et notamment la partie sur les chants de la messe (proposé sur l’excellent site de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes).

Léo Mabmacien

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