Dorure et marbrure des tranches dans les livres anciens


Je voudrais évoquer avec vous une partie de la reliure d’un livre ancien dont  il est assez souvent peu fait mention et pourtant ! Il s’agit des tranches qui se composent de trois parties  : la tranche de tête, la gouttière et la tranche de queue.

A l’époque dans les ateliers de reliure il pouvait y avoir un ouvrier spécialisé dans la reliure des tranches plus communément appelé doreur sur tranches s’il ne s’occupait que de dorer les tranches, soit un marbreur s’il s’agissait « d’imiter, sur la tranche des livres ou sur des feuilles de papier isolées, les couleurs et les nuances irrégulières du marbre par des moyens tout à fait différents de ceux qu’emploient les fabricants de papiers peints » (Manuel Roret du relieur). Les opérations sur la tranche arrivaient après la rognure et avant le tranchefil :

« Faire la tranche , c’est couvrir cette tranche d’une couleur unie, ou la jasper, ou la marbrer, ou la dorer. Ainsi que nous l’avons dit, le relieur de petite ville est obligé de savoir faire toutes ces opérations, et il s’en acquitte tant bien que mal, trop souvent plutôt mal que bien. Dans les grands centres, au contraire, et même dans tous les grands ateliers, elles sont effectuées par des ouvriers spéciaux qui, principalement pour la dorure, sont quelquefois de véritables artistes » (Source : Manuel Roret du relieur).

Ainsi les tranches peuvent être guillochées (ornées de traits gravés et entrelacés), jaspées (projection de points de couleur avec une brosse frottée sur un grillage, on cherche à imiter le granit), mouchetées (brosse dont les poils vont laisser au contact du papier des petits points), marbrées (imitation du marbre), dorées (recouvertes d’or et souvent aussi de laiton imitant l’or)  ou seulement en couleur unie (jaune, rouge ou bleus sont les couleurs les plus employées).

La dorure pouvait se faire sur tranches blanches, marbrée, antiquée, peinte ou damassée.

La marbrure et la dorure sont les plus difficiles à réaliser et ne sont faites que par les ateliers importants où travaillent des ouvriers spécialisés dans la dorure.

Voici un petit passage extrait du Manuel Roret du relieur au chapitre dorure et gaufrage :

 » Il en est de la dorure comme de la marbrure, et à
plus forte raison, une pratique constante donne seule
le moyen de la faire d’une manière satisfaisante.
Voilà pourquoi les relieurs peu occupés, surtout ceux
des petites villes, ne sauraient l’aborder avec succès.
A peine leur est-il possible de pousser les titres et
les ornements les plus simples qui enjolivent les
dos ; encore même parviennent-ils rarement à don-
ner à leurs ouvrages la netteté et la régularité indis-
pensables, D’ailleurs, outre l’habileté de main, le
doreur véritablement digne de ce nom, doit posséder
deux choses qui ne s’acquièrent pas et sont un don
de la nature, savoir : un goût irréprochable et un
sentiment élevé de l’art.
La dorure pour reliure forme deux branches qui,
à Paris, Vienne, Londres, Lyon et autres grandes
villes, sont exercées par des ouvriers spéciaux, ce
sont : La dorure sur tranche, Et la dorure sur le dos et la couverture.
Dans l’une et dans l’autre, on emploie exclusive-
ment l’or au livret, qui est fourni par le batteur
d’or. Toutefois pour les reliures à bon marché et
surtout pour les emboîtages, on fait un usage cons-
tant de feuilles de faux or, c’est-à-dire de laiton,
qui sont fabriquées en vue de cette application par
les mêmes procédés que celles d’or vrai. Cette dorure
au cuivre, comme on l’appelle, a tout le brillant de
l’or, au moment où l’on vient de l’exécuter, mais
la durée de ce luxe apparent est tout à fait éphé-
mère. »

Le métier n’a pas disparu et on trouve régulièrement des offres d’emploi de massicotier / doreur sur tranche.

Pour finir voici quelques tranches de livres anciens pour vous donner une petite idée de la variété des reliures :

De haut en bas : tranches marbrées, tranches rouges et tranches non massicotées avec couverture d’attente


Tranches marbrées et tranches dorées pour ces deux ouvrages

ouvrage du 19e avec tranches marbrées
ouvrage du 19e siècle avec tranches marbrées Old dutch

Pour aller plus loin

Manuel Roret du relieur

Petit glossaire du bibliophile et de l’amateur de livre

Léo Mabmacien

Advertisements

6 réflexions au sujet de « Dorure et marbrure des tranches dans les livres anciens »

  1. Comment appelle-t-on la tranche du livre que tient la femme dans le célèbre tableau « Le Prêteur et sa femme » de Quentin Metsys?

    Merci !

    Bertrand Guay
    Québec

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s