L’Apologie du livre par Robert Darnton : non le livre papier n’est pas mort !


Apologie du livre : demain, aujourd’hui, hier / Robert Darnton ; traduit de l’anglais par Jean-François Sené. Paris : Gallimard, 2011. ISBN 978-2-07-012846-4. 19 €

Vu les nombreux articles, émissions et autres comptes-rendus (par exemple ici, ici encore ou ) du petit dernier de Robert Darnton qui vient de paraître en NRF Essais chez Gallimard, je préfère prélever quelques extraits, propres à réfléchir ou non de ce recueil. Et qui dit recueil dit à boire et à manger. Deux essais ont particulièrement retenu mon attention : celui consacré au paysage de l’information et l’instabilité des textes où l’on aborde la question de la bibliographie matérielle (étude des différentes variantes publiées du premier folio de Shakespeare) et celui intitulé « Mort du livre ou mort du papier ? »  où l’auteur s’appuie sur le livre de Nicholson Baker « Double fold : libraries and the assault on Paper » à travers l’exemple des revues microfichées et de la propagande de désacidification des documents. Un regret dans la fabrication : des pages qui ne sentent pas la rose (humez donc le livre) et un dos carré collé sans coutures. Gallimard pourrait faire mieux !

Extraits :

« Si vous lisez des réclames pour des livres dans les journaux du 18e siècle, vous serez frappé par l’accent mis sur le matériau fondamental de la littérature : « imprimé sur le meilleur papier d’Angoulême. » Cette accroche commerciale serait impensable aujourd’hui où les lecteurs prêtent rarement attention à la qualité du papier dans les livres (page 52). » (sic !)

« [en parlant de l’Islande] : pendant trois siècles et demi, elle eut une population très instruite qui s’adonnait à la lecture de livres, mais qui n’avait quasiment pas de presses d’imprimerie, de librairies, de bibliothèques ni d’écoles. Aberration ? (page 64). »

« Je me méfie à présent des journaux et je suis souvent étonné que des historiens les considèrent comme des sources de première main pour savoir ce qui s’est réellement passé. Je crois que les journaux doivent être lus pour s’informer sur la façon dont les contemporains ont interprété les événements plutôt que comme une connaissance fiable de ces mêmes événements (page 77). »

« Les collections de livres rares ne sont-elles pas condamnées à l’obsolescence à présent que tout est disponible sur internet ? (page 80). »

« Google emploie des milliers d’informaticiens mais, pour autant que je le sache, pas un seul bibliographe (p. 105) ».

« Les livres ont aussi des odeurs particulières. Selon un sondage récent auprès d’étudiants français, 43 % d’entre eux considèrent l’odeur comme l’une des qualités les plus importantes des livres imprimés… (page 105) ».

« Les collections de livres rares sont un élément vital des bibliothèques de recherche, élément le plus inaccessible à Google (page 106). »

« Nous aurions ainsi crée une bibliothèque numérique nationale… Il est trop tard à présent (page 124, en parlant de Google et de la numérisation des livres, entreprise qui aurait pu être faite avant par les bibliothèques). »

[en parlant de Double fold : libraries and the assault on Paper de Nicholson Baker] : « Les bibliothécaires expurgent leurs rayonnages des journaux, soutient-il, parce qu’ils sont mus par une obsession erronée du gain de place. Et ils s’abusent eux-mêmes en croyant que rien n’a été perdu parce qu’ils ont remplacé les journaux par des microfiches. Le microfilm, cependant, est inadapté, incomplet, fautif et fréquemment illisible (page 144). »  Et plus loin « lire sur microfilm est chose infernale. Passer des heures à faire défiler des images floues sous une lumière intense et à fixer des yeux un écran peut vous détourner de la recherche et même vous donner la nausée »…

« [Les bibliothèques universitaires] doivent surmonter la pression exercée sur leur budget en sacrifiant les monographies au profit des périodiques (page 168). »

Et pour finir :

« …, le livre numérique, qui viendra compléter la grande machine de Gutenberg, non s’y substituer (page 175). »

Léo Mabmacien

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17 réflexions au sujet de « L’Apologie du livre par Robert Darnton : non le livre papier n’est pas mort ! »

  1. Bravo, beau billet . Mais devant la politique économique et financière… « Le tout marchand », que pouvons nous faire pour faire comprendre à ceux qui produisent- les papetiers- que l’ecrit ne se concerve bien que sur du beau papier pas polluant, stable… La plupart ont une calculatrice dans la tête avant d’avoir une sensibilité proche Du bon sens.
    Umberto Ecco regrettait de voir un livre – de travail- ed° de poche acheté lorqu’il était étudiant, annoté, se désintégrer sur place, à chaque fois qu’il l’ouvrait… Et l’on sait le grand bibliophile qu’il est.
    J’ai dû mettre en boite une signature de Proust proche de la décomposition….
    Mais j’adore aller sur le net pour trouver des pistes de recherches…. que j’approfondis dans les vrais livres, ou souvent les auteurs, dans leur petites notes, vous renvoient vers des mines d’infos, à mettre en lien, fruits deleur talents de chercheurs et d’ecrivains… Construction d’un savoir ou je prends tous les outils à ma portée… Je ne crois pas que l’on puisse se passer des livres… des politiques du tout fric…SI!
    Mais quand les preneurs de pouvoirs auront compris que leur intelligence résident dans la connaissance et la culture de leurs ainés… Les poules auront des dents et les livres seront tombés en poussière.
    Bien à vous.
    Sandrine

  2. Ou du moins l’argent devrait -il être mieux utilisé… Et l’on voit que les politiques budgétaires ne vont pas dans ce sens…. Mes opinions n’ont rien de politiques… Elles sont proches du bon sens propre à un artisan, confrontée à des problèmes improbables, avec des bibliophiles consternés.
    ;-))
    Sandrine

  3. Que d’aucun veuille bien me pardonner pour les oublis et les rajouts de lettres à droite et à gauche, tant ce sujet sensible me barbouille le clavier.
    Sandrine

  4. dites-moi si je me trompe, Léo, mais votre appréciatoin de ce livre est assez mitigée, non ?
    Par ailleurs, l’assertion sur Google, qui n’emploierait aucun bibliographe, je l’ai déjà lue un peu partout, notamment au sujet de la bibliothèque de Lyon. Je suppose que la réalité est sans doute plus complexe…

  5. Oui mitigée effectivement… du bon et du moins bon, du connu et du moins connu… A emprunter en bibliothèque comme je le dis souvent…. ;-))
    A mon avis on pourrait rajouter que Google n’emploie aucun bibliothécaire (sourire !) vu la piètre qualité des références… En tout cas je n’ai jamais vu d’annonce pour l’emploi d’un bibliothécaire…ou d’un bibliographe…
    Avec la Bm de Lyon, les bibliothécaires proposent des livres à numériser… donc font une sélection… Après vu la pauvreté des informations bibliographiques rejetées en bas de page…. Google n’est pas un service public… !

    Bien à vous
    Léo

  6. Robert Darnton nous avait habitués à mieux. Ce livre sans grand intérêt novateur marquerait-il le début de son déclin ?… Ô vieillesse ennemie !…
    Octave Uzanne avait fait mieux en son temps, dès 1895 : relisez son conte intitulé « La Fin des livres ».

  7. Il n’y a pas que Google… Il y a aussi les sites comme le vôtre qui sont une base de références quand même, et qui nous envoient vers des auteurs et des livres pertinents;
    Il faut juste se donner la peine d’aller chercher.
    Je crois que la première des choses est le savoir choisir, donner des clefs pour reconnaître ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, non?
    C’est aussi votre mètier;ça, Léo, non?
    @ merci pour cette référence M. Fontaine, que je vais lire.
    Bien à vous
    Sandrine

  8. « la fin des livres » fait partie des « contes pour les bibliophiles ». Il y invente, ou plutôt imagine, le monde actuel : la radio, la télévision, les livres parlés… mais pas Internet. Il s’est donc largement trompé !

  9. Bonjour,
    voici un message qui pourra être effacé dans quelques temps/ aujourd’hui sur France inter, vous pourrez suivre Isabelle giordano sur le thème de l’e book… à savoir si son émission peut encore apporter quelque chose sur un sujet qu’elle ne connait absolument pas ou seulement par son équipe de presse!

    Edifiant sauf pour les commentaires des internautes… Demain, c’est BIG BROTHER…

    Bien à vous
    Sandrine

  10. Léo,

    Je vous soupçonne, à travers cet article et les extraits que vous nous avez donné que vous écrivez dans les marges de vos livres ;-))

    Au crayon de papier, j’espère ! Pensez aux libraires qui commercialiseront vos livres de seconde main… Pierre

  11. Désolé de vous décevoir Pierre mais j’écris très rarement dans les marges des livres, j’ai un morceau de carton ou de feuille faisant office de marque-page où j’indique la page et le thème de la citation… Sinon il m’arrive de délimiter un passage mais là c’est un livre de bibliothèque… ;-))

    Bien à vous
    Léo

  12. Trompé, Uzanne ? « largement » ?
    Qui aurait fait mieux sur le sujet ?
    La télévision en 1895, pas mal, non ?

    A côté d’une banalité pareille : « …, le livre numérique, qui viendra compléter la grande machine de Gutenberg, non s’y substituer (page 175). »

  13. bien sûr que c’est pas mal ! et en plus il invente les usages de ces médias, avec le journal de 20h, les variétés…

  14. Abonnée à la revue le magazine littéraire, , J. Macé scaron dans son éditorial, parle de ce livre, et met l’accent sur le paradoxe de google et une selection lisse, tronquant les aspérités de certaines oeuvres absentes(Marquis de Pelleport en exemple) de la toile…
    Les livres ont encore de beaux jours devant eux… je cherche des references sur la toile et n’en trouve pas traces, ou tronquées largement… ce qui réduit la vision et l’ouverture tant prônée…
    Bien sûr, on a quand même accés à des écrits, dont on n’aurait même pas pensé qu’ils fussent existants.
    Tous les sujets ne seront peut être pas traités de la même façon mais,, la grande illusion et, escroquerie, c’est de faire croire que tout va être gratuit et accessible au plus grand nombre, qui n’a souvent rien à faire de ses racines… pour cause de racines disparues dans la teleréalité ou le super grand écran relié à l’ordi qui passe par la telé- portable- ecran- telephone- plaquette numérique relié au monde entier, virtuellement insipide.
    Sauf pour faire la révolution… et aller vers la démocratie… pour rentrer dans le systéme dont ils sont exclus.
    De beaux jours devant eux… tandis que nous voyons les limites d’un systéme de communication tronqué, qui mange plus de temps qu’il n’en crée, pour un résultat proche du puzzle, qui donne des connaissances bi-dimentionnel, tri, parfois, parcellarisées et qui n’aident pas à trier…
    Coup de gueule, cela s’appelle.
    Bien à vous
    sandrine

  15. Tout à fait d’accord avec vous Sandrine, l’entreprise google n’a pas une vocation philanthropique ! Loin de là

    Léo

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