L’acide attaque les livres ! la disparition des livres ?


La destruction programmée des livres imprimés entre 1850 et 1950 est-elle inéluctable ? C’est ce que tend à montrer et démontrer une foule de « papiers » et d’études. On parle ainsi de disparition et de désagrégation du papier ! C’est vous dire si les livres sont en danger ! Tout d’abord pour vous rassurer je possède plusieurs ouvrages imprimés fin 19e et début 20e qui ne sont pas tombés en poussière… Ils sont toujours présents dans ma bibliothèque et ont même « fière » allure !

Un peu d’explications :

Depuis 1850 environ l’industrie papetière commence à utiliser massivement la pâte de bois pour satisfaire aux besoins croissants de l’impression. Le papier chiffon disparaît peu à peu. Malheureusement si le bois est constitué de cellulose il contient également de la lignine, qui a tendance à provoquer un mauvais vieillissement du papier. Cette pâte mécanique (pas de manipulation chimique) qui est encore utilisée pose donc des problèmes de conservation. C’est le même soucis pour la pâte chimique utilisée peu après où l’on utilise cette fois de l’acide pour enlever cette fameuse lignine et d’autres impuretés. Deux extraits de l’encyclopédie Wikipédia nous en apprennent plus et nous mettent en garde sur la « destruction lente et terrible » de ce papier :

« Le papier élaboré à partir de la pulpe de bois dont la lignine n’a pas été retirée jaunit et se détériore avec le temps. Lorsqu’elles sont exposées à la lumière et/ou à la chaleur, les molécules du papier de pulpe de bois (acide) se dissocient plus rapidement. Ce ne fut que dans les années 1930 que les effets du papier de pulpe de bois devinrent connu, quand William Barrow (un libraire) publia un rapport sur la détérioration du papier acide dans les bibliothèques. Par peur de voir les supports écrits se désagréger peu à peu, des mesures ont été prises pour améliorer la qualité du papier » (Source Wikipédia). Là on s’y perd un peu !

ou encore :

« Les livres, diplômes et journaux imprimés depuis 1850 (et pour la France, à un rythme effréné dans les années 1915 à 1930, années de pénurie), dont le support est un papier blanchi à l’acide, sont donc menacés de disparition à l’échéance de quelques décennies. Une campagne a été entreprise par plusieurs institutions (dont la Bibliothèque Nationale de France) depuis les années 1990 pour désacidifier ces documents, ou en réimprimer le contenu sur support pérenne : une véritable course contre le temps est engagée » (Source Wikipédia).

Pour résumer et en allant voir le site de la BNF ( dossiers pédagogiques ) il y’a donc deux causes chimiques de dégradations qui sont : « l’hydrolyse et l’oxydation » : hydrolyse pour l’acide et oxydation pour la lignine et l’encollage au colophane. A cela on peut rajouter la pollution atmosphérique…

Papier acide, lignine etc… que faire ?

Avant tout il est important de bien souligner que ces livres là ne vont pas se désagréger comme on voudrait nous le faire croire (ou sous-entendre). Par contre il est vrai que beaucoup jaunissent ou prennent des tâches (oxydation…), ce qui pour une Bibliothèque Nationale en charge de conservation, est une préoccupation ;-)) (une obsession ?). Préoccupation dont je ne remets pas en question le fondement  mais plutôt l’idée reçue de cette dégradation !

Lucien X. Polastron dans un merveilleux livre (que je vous recommande vivement) intitulé « Livres en feu : histoire de la destruction sans fin des bibliothèques » paru chez Denöel (épuisé) évoque page 324 l’acidité de ces papiers « exécrables » :

« Une réaction interne occasionne alors à la fois un changement de couleur (…), l’affaiblissement de la fibre et le raidissement des pages, ce qui peut les rendre cassantes. C’est pourquoi la religion qui prévaut chez les conservateurs est que le papier s’autodétruit, aussi faut-il soit le désacidifier, soit en filmer le contenu, parfois les deux. Désacidifier est un procédé coûteux et besogneux, dont on ne connaît évidemment pas encore les conséquences à long terme. (…) »

Lucien X. Polastron évoque ensuite avec justesse que le papier permanent n’est pas encore obligatoire dans l’édition puis plus loin : « Mais cette « guerre au papier » (…) , repose sur une aberration : il est faux de dire que la page continue à se détériorer une fois que la lignine l’a jaunie et seuls des esprits douteux, voire vendus, osent encore affirmer qu’elle tombera en poussière« . Et de continuer en évoquant une rumeur lancée par les fabricants de microformes, supports de substitution ancêtres de la numérisation ! Et de rappeler que les microformes eux-mêmes (obsolètes) se dégradent et que les machines pour les lire ne sont plus légion ! Ce que je confirme par mon expérience en bibliothèque. Il y’a bien une question économique là-dessous !!

La désacidification, solution miracle ?

La désacidification (dur à prononcer !) prend une ampleur de masse depuis que les grandes bibliothèques comme la Nationale s’équipent d’installations de traitement (depuis 1984 pour la BNF !). On apprend ainsi que la BNF, « avec le concours du Centre de recherche sur la conservation des collections (CRCC), (…)  a adapté un procédé existant qui permet de neutraliser les acides contenus dans le papier ; une station de désacidification utilisant ce procédé a ainsi été installée au Centre de Sablé : un autoclave traite sous vide des séries de 100 à 200 volumes qui sont d’abord desséchés (pourcentage d’humidité du papier ramené à 0,5 %) puis immergés dans une solution liquide sous pression composée de fréon à 90% et d’éthoxyde de magnésium. La capacité annuelle de l’installation est de 25 000 à 30 000 volumes ».

Le coût est de 126,41 euros HT le mètre linéaire de documents (hors transport) pour les bibliothèques.

Si vous voulez en savoir plus sur ce procédé vous pouvez consulter le numéro 22-23 d’Actualités de la conservation. On apprend dans l’édito que la BNF voudrait aussi traiter les documents imprimés ces 50 dernières années ! Et oui le mauvais papier existe toujours et pas que pour les journaux ou le papier toilette : allez faire un tour en librairie et penchez-vous sur certains éditeurs de poche et vous verrez !

En savoir plus :

Un petit mémoire de 2002 sur la désacidification du papier des documents anciens. Elaboré par des étudiants de cette école du papier… ! Technique mais proposant des liens intéressants.

Le papier permanent, un remède ? et le papier recyclé ?

Un papier permanent est un papier qui est stable chimiquement dans le temps… La norme ISO 9706 est la norme de base pour le papier permanent avec la norme ISO 11108 sur le papier d’archives !

Le papier recyclé est très intéressant du point de vue écologique mais il n’a pas les critères du papier permanent (du fait des papiers utilisés pour le recyclage !)… Il faudrait un papier permanent recyclé ! Il n’est donc pas recommandé pour les documents de conservation commes les documents officiels…

Reste que le papier permanent n’est pas obligatoire en France et reste encore assez peu utilisé. La meilleure solution ne  serait-elle pas de renforcer une production la plus écologique possible et de favoriser un papier recyclé de qualité…. ?

En guise de conclusion :

« Rien ne se perd, tout se transforme » pourrait-on dire !

Quelques conseils avant toute chose : bien conserver ses livres, favoriser une production écolo, acheter des ouvrages de qualité tout en gardant à l’esprit qu’un livre vit et se dégrade : et c’est bien naturel !!

Léo Mabmacien

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6 réflexions au sujet de « L’acide attaque les livres ! la disparition des livres ? »

  1. Ma fille (11 ans) est abonnée à COSINUS ( Faton presse ) Le numero de Novenbre 2010 explique simplement le procéssus magique de la formation du papier.
    Donc abordable pour les esprits simples comme le mien…
    ;-))
    Bien à vous;
    Sandrine

  2. […] Coûteux, lent et difficile à appliquer, l’encollage à la gélatine est remplacé par l’encollage à la résine (inventé en 1806 par Illig) au 19e siècle. Ce procédé est généralisé en 1826 et est toujours utilisé. Il s’agit de verser un savon de résine (obtenu à partir de la colophane) sur les fibres avec de l’alun ou du sulfate d’aluminium, directement dans la pâte à papier et non plus à postériori. Un procédé qui « tend à disparaître avec l’utilisation de plus en plus large du procédé alcalin au sulfate, dans lequel les résines de pin sont remplacées par des résines synthétiques » nous précise Astrid Brandt. Ce qui permet de rendre plus stable le papier et d’éviter qu’il ne se détériore comme c’est le cas avec le papier industriel à pâte de bois (voir à ce sujet « l’acide attaque les livres »). […]

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