La cote des livres ou comment classer des livres dans une bibliothèque


Cote portée à l’encre sur une page de titre (livre du 18e siècle)

 Selon le Dictionnaire encyclopédique du livre, la cote est une « suite de signes (lettres, chiffres, symboles) qui indique la localisation précise d’un document dans une bibliothèque, sa place en rayon, et qui permet de l’y mettre ou de l’y trouver aisément ».

La cote est portée sur le document (dos, page de titre, contreplat), la notice du catalogue, le registre d’entrée (inventaire papier ou informatisé maintenant).

La cote est adaptée aux grandes collections et aux bibliothèques publiques qui rassemblent des milliers de documents qui doivent pouvoir être recherchés facilement. Au Moyen Age et au XVIe siècle en Occident, la question du classement et de la cotation ne se posent pas ou très peu : les quelques ouvrages possédés par les particuliers sont rangés à plats sur une étagère, dans un coffre, une niche… (cf. Le rangement des livres anciens mon précédent article). Pour les institutions religieuses ou civiles possédant une plus grande collection, un classement s’avèrera nécessaire au fil du temps (à partir du 17e siècle), classement qui peut s’appuyer sur une classification (voir Classements et classifications des livres anciens – partie 1 et partie 2).

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Cote au dos d’un livre du 16e siècle

Le domaine ou la discipline : un classement méthodique

Traditionnellement la « cote est formée d’une lettre classant le livre dans un domaine de connaissance, suivi du format de l’ouvrage et du numéro d’entrée dans la lettre ».

Ce système, rationalisé au XVIIe siècle, consiste à classer les documents par matière (ou sujets…). La grande classification utilisée était alors celle des libraires (« classification des libraires de Paris »), portant aussi le nom de classification Brunet (Jean-Charles Brunet, Manuel du libraire et de l’amateur de livres publié en 1810) : Belles lettres (BL), Histoire (H), Jurisprudence (J), Sciences et arts (Sca), Théologie (T). Chaque classe est ensuite divisée en sous-classes très complètes.

exemple : T 8° 1420

Un classement « physique »

Souvent la classification et le classement se confondaient, une classe ou une sous-classe ayant son armoire physique. Un écriteau au dessus permettait d’y inscrire le nom de la sous-classe. Une lettre symbolique la complétait. On numérotait également les tablettes ce qui donnait à la cote une fonction topographique et intellectuelle.

La cote se composait alors des trois éléments suivants : un chiffre indiquant le numéro de la tablette, une lettre pour la classe et l’armoire, et un 2e chiffre pour l’ordre du volume sur la tablette.

exemple : « 2 J 23 » pour un ouvrage situé sur la 2e tablette, dans l’armoire Jurisprudence et le 23e sur la tablette.

Ces classements méthodiques ne sont pas parfaits car l’accroissement des collections demande l’intercalation des documents récents avec les plus anciens, entraînant de facto une modification de la cotation et un refoulement des collections.

papier_attente19e_cote
Lettre pour la discipline et numéro d’inventaire (brochure du début 19e)

Le classement par format et numéro d’inventaire (ou ordre d’entrée)

La cote est formée des deux éléments suivants :

– le format  : P : petit, M : moyen, G : grand. On peut aussi utiliser à la place les lettres A, B, C  ou des symboles indiquant le format réel : in-12, in-fol.

– un numéro d’ordre ensuite (numéro d’inventaire).

exemple : P 120 ou in-12 147

Cote de bibliothèque au contreplat d’un livre (début 20e ?)

Une autre possibilité est d’attribuer à chaque format une suite numérique : 1 à 999 pour les grands formats, 10 000 à 99 999 pour les moyens formats…

Aujourd’hui on distingue les cotes magasins des côtes libre accès qui utilisent une classification (Dewey, CDU…) pour le grand public. Les cotes magasins conservent principalement le classement par format et numéro d’inventaire, gardant bien souvent pour les anciennes collections le système utilisé autrefois (voir par exemple la Bnf).

Au temps des catalogues sur fiches cartonnées, il existait un catalogue topographique, c’est-à-dire un catalogue où les documents (et donc les fiches) sont classés selon l’ordre adopté pour leur rangement dans les rayonnages (selon leur cote). Certains catalogues informatisés offrent encore cette possibilité de parcourir les rayonnages comme si on était physiquement dans la bibliothèque.

Léo Mabmacien

Sources

Histoire des bibliothèques : d’Alexandrie aux bibliothèques virtuelles / Frédéric Barbier. Armand Colin, 2013

Article « Cote ». In Dictionnaire encyclopédique du livre, tome 1, A à D. Paris : Ed. du Cercle de la Librairie, 2002

Cours de bibliothéconomie (pdf) / Adrienne Cazenobe [en ligne ]

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12 réflexions au sujet de « La cote des livres ou comment classer des livres dans une bibliothèque »

  1. Un véritable article pour bibliophile en particulier, mais aussi pour tous les collectionneurs.
    J’ai également relu l’article de 2009.
    J’ai rencontré ce problème et mené cette réflexion de façon assez approfondie avec une collection de disques et une autre de bandes dessinées : le rangement est une véritable question.
    Merci pour cet article.

  2. Excellente définition au début, qu’il faudrait marteler à certains :)
    Cote = emplacement physique + éventuellement description intellectuelle générale (Dewey, RP pour romans policiers par ex.)
    Et une gommette n’est pas une cote :p

  3. […] Dans plusieurs départements, un guide des archives a été publié dans la seconde moitié du XXe siècle pour présenter au public ces différents aspects. Histoire[modifier | modifier le code] Les archives départementales ont été créées dans chaque département en vertu de la loi du 5 brumaire an V ()[2]. Cette situation favorise le classement et le tri des archives, ainsi que l’élaboration et l’impression d’instruments de recherche. Statut[modifier | modifier le code] A classification and subject index, for catalog… Dewey. La cote des livres ou comment classer des livres dans une bibliothèque – BiblioMab : le monde aut…. […]

  4. bonjour
    j’ai hérité il y a quelques années de la collection de livres de mon grand père qui à l’époque était directeur financier chez ALBIN MICHEL
    Cette bibliothèque compte environ 4000 volumes qui certainement ont plus ou moins d’intérêt et de valeur
    comment puis je les classer et avec quel logiciel
    excite t il une possibilité d’en estimer la valeur et ou d’en vendre la totalité ?
    bien sur d’autres questions suivront en fonction de votre réponse
    merci de votre réponse et de vos conseils
    cordialement
    c.marcadier

  5. Bonjour,

    Pour les cataloguer, utilisez le tableur gratuit de la suite LibreOffice, sinon on peut utilisez Access ou encore se créer un blog privé… Pour l’expertise demandez à un libraire ou à un commissaire priseur.
    Cordialement
    Léo

  6. […] Fiche technique s2. Accueil – Flammarion enseignants. Normes iflaunesco. Vade mecum achat public livre janvier2012. La Communauté des Profs Blogueurs – FB. Vademecum AchatPublicLivres2011. Top 100 des livres qui ont fait votre enfance. La cote des livres ou comment classer des livres dans une bibliothèque – BiblioMab : le monde aut…. […]

  7. quelles sont les différentes (indices/cotes) utilisées pour la classification des disciplines de l’éducation physique et sportive dans les bibliothèque universitaires option STAPS?

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