La Bibliothèque universelle de poche


Non le Livre de Poche n’a pas inventé le livre bon marché, de taille et de facture modeste, imprimé à un grand nombre d’exemplaires. Sans remonter jusqu’à la famille Elzévir au 17e siècle, penchons-nous sur la collection intitulée « Bibliothèque universelle de poche » qui s’est illustrée en France à la fin du 19e siècle. Joseph-Arthème Fayard (1866-1936) succède à son père en 1894 à la tête de la Librairie Arthème Fayard. Sur les traces de son père, il poursuit et développe l’édition de littérature populaire. Selon l’encyclopédie Wikipédia les objectifs du papa « sont de toucher une clientèle la plus large possible en vendant des ouvrages à bon marché ». Quitte à racheter une collection pour l’intégrer à la maison d’édition (le site de Fayard n’en dit pas un mot).

Guillaume Edinger, libraire-éditeur à Paris, directeur du « Clairon » et du « Petit Pioupiou », lance en 1886 à Paris la Petite Bibliothèque Universelle à 25 centimes (format in-32, 14 x 10 cm). Une collection bon marché publiée à l’adresse de la Librairie des Publications à 5 centimes, 34 rue de la Montagne Sainte Geneviève. La collection est divisée en séries comme Sciences occultes (série X), Chefs d’œuvres français et étrangers (série U), Poésies (série T), Ouvrages utiles et amusants (série V)… Parmi les auteurs publiés citons Schiller, Leon Cladel, Hector France, Shakespeare, Pierre Delcourt, Swift, Louis Noir ou Louise Michel.

Couverture de la Petite Bibliothèque Universelle

La collection sera achetée par Fayard en 1893. Reprise telle quelle (prix, format, mise en page…), seule son adresse change. La collection sera peu après renommée en « Bibliothèque universelle de poche » et plusieurs titres réimprimés. Les volumes présents en bibliothèque publique concernent principalement les années 1894-1896, un ouvrage est daté de 1920 (sûrement une erreur). La collection semble s’arrêter avant 1905 mais sans certitude aucune. Il s’agirait de consulter la thèse de Sophie Grandjean-Hogg, malheureusement indisponible en ligne, pour connaître le fin mot de cette collection. En tout cas Fayard se lance dans une nouvelle collection en 1905, « Le livre populaire », à 65 centimes le volume. Une collection qui durera jusqu’en 1958. Populaire non ?

Catalogue de la bibliothèque universelle se trouvant à la fin de Hamlet
Suite des titres
Suite et fin
La 4e de couverture présente les autres livres dans les différentes séries

Léo Mabmacien

Sources utilisées

Histoire du roman populaire en France de 1840 à 1980 / Yves Olivier-Martin. Albin Michel, 1980

Collection Petite bibliothèque universelle

En savoir plus

Les collections de romans populaires et leur conservation dans les fonds patrimoniaux de la Bnf : l’exmple du Livre populaire de la librairie Arthème Fayard / Laurent Séguin. [En ligne]

Intéressant mémoire de conservateur sur une autre collection de Fayard mais que l’on pourrait comparer à la Bibliothèque universelle de poche.

 

 

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2 réflexions au sujet de « La Bibliothèque universelle de poche »

  1. Superbe article, comme d’habitude très bien documenté, sur un sujet extrêmement passionnant.
    J’ai toujours pensé que l’un des ancêtres du Livre de Poche était la bibliothèque de La Pléiade, dont le créateur avait fixé comme ligne directrice : « mettre le meilleur de la littérature à la portée de tous » (ce qui peut paraître paradoxal aujourd’hui, lorsque l’on voit le prix des Pléiade, mais ceci est un autre sujet).
    Je connaissais l’existence d’une presse populaire bien antérieure, datée globalement de la seconde partie du XIXe siècle, mais beaucoup moins bien celle d’une littérature populaire.
    On sait que les grands feuilletonistes ont été post-publiés en éditions populaires – Gaston Leroux, Maurice Leblanc, Eugène Sue, Pierre Souvestre et Marcel Allain, et bien entendu Balzac et Dumas pour ne citer que ces grands auteurs français.
    On sait aussi qu’une littérature « populaire » existait à la fin du XIXe siècle.
    Je découvre ici l’existence d’une publication de littérature classique en format « de poche » (la quatrième de couverture reproduite plus haut laisse apparaître dix-sept titres classiques).
    Merci, Léo, pour cette découverte.

    P.S. (1) Mais pourquoi Fayard ne revendique-t-il pas ce pan de leur histoire ? Serait-ce comme bien d’autres éditeurs qui ont réellement oublié leur passé à force de se focaliser sur l’avenir et la nouveauté, ou bien est-ce parce que la plupart des éditeurs ont perdu ou détruit leurs archives au fil des ans ?

    P.S. (2) On doit pouvoir se procurer ou au minimum consulter la thèse « L’évolution de la librairie Athème Fayard (1857-1936) » de Sophie Grandjean-Hogg auprès de l’université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines. Si quelqu’un est réellement intéressé, j’ai peut-être la possibilité d’y accéder.

  2. Ces faces cachées – de ce que je n’oserais appeler bibliophilie – sont très intéressantes et peuvent encore réserver des surprises.
    Il y a seulement quelques années, j’ai découvert LE LIVRE MODERNE ILLUSTRÉ une collection de romans illustrés des éditions Ferencz, publiée de1923 à 1954. Le premier volume de la série fut « Ecrit sur de l’eau » de F. de Miomandre, prix Goncourt 1908.
    Ces ouvrages, imprimés sur un beau papier alfa qui prenait très bien les bois d’illustration originaux, étaient vendus 2,50 frs, ce qui correspondrait à sensiblement 2,50 Euros d’aujourdhui.
    Curieusement, c’est à peu de chose près le prix de la « Bibliothèque universelle de poche » au début des années 1900, mais la qualité du « Livre Moderne Illustré » est sans aucune comparaison.
    Le papier de ces livres a très bien survécu, malheureusement souvent négligés et relégués en fond de caisse ou grossièrement ficelés, il n’est pas facile de les trouver en état acceptable.

    Merci Léo d’exciter régulièrement nos envies avec de nouveaux sujets passionnants, dont la source semble inépuisable.

    René de BLC

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