Un petit carton : le carton de substitution dans le livre ancien


bande bleue au niveau de la couture et étoile typographique en bas à droite : nous sommes bien en présence d’un carton de substitution.

Après avoir évoqué dans un article précédent l’errata, je voudrais évoquer avec vous le carton ou carton de substitution.

Non non ce n’est pas un carton jaune ou rouge pour le livre ancien mais un feuillet (feuillet simple ou double) qui permet de remplacer un texte qui a été imprimé et dont on désire donner une nouvelle version. Dans le cadre d’un feuillet simple on parle plus précisément d’onglet, pour un feuille double (4 pages) de carton.

Il ne faut pas oublier que l’impression au moyen de caractères mobiles (typographique) ne permettait pas de garder le texte pour une éventuelle réimpression puisqu’ à la fin de l’impression d’un cahier ou d’un ouvrage « la composition était défaite et les caractères remis dans les casses ». Certains imprimeurs (ou contrefacteurs) ont bien fait des rééditions (à l’identique ce qui complique les identifications) mais la plupart du temps on se contentait de corriger les fautes en cours de tirage. Ce qui explique les cartons de substitution ou l’errata en fin d’ouvrage.

Plusieurs raisons expliquent une recomposition du texte  par l’imprimeur et permet une correction discrète  : soit l’auteur de l’ouvrage désire apporter des modifications (importantes) à postériori, soit l’imprimeur et ses ouvriers ont fait une erreur grossière, soit l’imprimeur a racheté le fonds d’un ancien collègue et veut apposer son adresse sur la page de titre,  soit la censure (le plus souvent) oblige à modifier certains passages. L’article « carton » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert parle de « quelque proposition hasardée relativement à la religion, au gouvernement, aux mœurs, ou à la réputation des particuliers ».

La présence d’un astérisque (ou d’un autre symbole) en bas de page à droite ne faisant pas partie de la signature normale des cahiers pourra signaler un carton de remplacement tout comme la présence d’un onglet au niveau de la reliure (exemple ci-dessus). Autres possibilités : cahiers impairs, papiers différents, composition typographique, traces de colle…

Si vous en avez la possibilité  comparez votre édition avec un autre exemplaire de la même édition. Vous aurez sûrement des surprises ! Son usage a été particulièrement étendu au XVIIIe siècle et il a naturellement décliné au XIXe siècle.

Le public à Paris est tellement prévenu « contre ces cartons, qu’on a vu des ouvrages décrédités parce qu’il y en avoit, quoiqu’ ils y eussent été placés pour la plus grande perfection de ces ouvrages. » (Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, article « carton »)

Sources :

Dictionnaire encyclopédique du livre. Tome 1, A-D. Paris : Editions du Cercle de la Librairie, 2002. ISBN 2-7654-0841-6

Encyclopédie de Diderot et d’Alembert [en ligne]

Nicolas Petit, L’Éphémère, l’occasionnel et le non-livre à la bibliothèque Sainte-Geneviève (XVe-XVIIIe siècles), Paris, Klincksieck, 1997. 256 p.

Léo Mabmacien

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9 réflexions au sujet de « Un petit carton : le carton de substitution dans le livre ancien »

  1. Quel était l’usage concernant les cartons ? Les ajoutait-on au texte ou bien supprimait-on les pages que le carton devait corriger ?

    J’ai justement un cas très concret sous les yeux ou un « onglet (FF) » remplace un feuillet double (FF et FFii). Du coup, dans mon exemplaire, il n’ a pas de feuillet FFii.

    Sur les exemplaires que j’ai pu consulter, il y a les deux cas. Soit le carton se substitue au double feuillet soit il est ajouté.

    Par ailleurs, j’avoue ne pas avoir tout suivi sur les normes concernant le catalogage des livres anciens, mais en théorie les cartons doivent-ils être mentionnés ?

    Eric

  2. Bonjour Eric

    Les ajoutait-on au texte ou bien supprimait-on les pages que le carton devait corriger ?
    on supprimait les pages fautives, une partie d’un texte (on collait tout simplement un morceau de papier (rencontré souvent pour une mention d’imprimeur-libraire).

    J’ai justement un cas très concret sous les yeux ou un « onglet (FF) » remplace un feuillet double (FF et FFii). Du coup, dans mon exemplaire, il n’ a pas de feuillet FFii.
    c’est étrange il doit rester le feuillet FFii (non signé alors ?)

    Sur les exemplaires que j’ai pu consulter, il y a les deux cas. Soit le carton se substitue au double feuillet soit il est ajouté.
    normalement soit on enlève un feuillet soit carrément le double feuillet… Envoyez-moi des photos si vous en avez prises..

    Par ailleurs, j’avoue ne pas avoir tout suivi sur les normes concernant le catalogage des livres anciens, mais en théorie les cartons doivent-ils être mentionnés ?
    Tout à fait (dans les notes notamment dans le relevé des signatures).

    Bien à vous
    Léo

  3. Bonjour,

    J’ai rencontré une édition où tous les cartons sont réunis à la fin des volumes

    Lauverjat

  4. Je crois que Dominique Varry a étudié un cas de substitution de quelques pages du dernier cahier de la première édition du « Contrat social » (1762) de Rousseau. Des modifications sollicitées par l’auteur à son éditeur, dont on a des témoins manuscrites en son épistolographie.
    Très intéressant ce thème, Léo, soit pour la bibliographie matérielle (textuelle, en France, je crois), que pour la sociologie et philologie du libre ancien régime…
    En cataloguant, qu’est-ce que vous considérez l' »ideal copy »? L’exemplaire avec ou sans les feuillets?
    Bien à vous.
    Sofia

  5. Sofia, j’ai en attente un article sur un livre qui parle de la bibliographie matérielle… Patience… :-)

    Pour le catalogage :
    toujours l’exemplaire idéal sauf si je n’arrive pas à trouver d’informations suffisantes (dans un exemplaire numérisé, autre bibliothèque…).

    Dans le cas d’un carton cela ne change rien à la pagination. Il faudra juste rajouter en note que le feuillet x4 est un carton dans notre exemplaire…Cela peut aussi modifier le relevé des signatures…

    Bien à vous
    Léo

  6. Exact. Le livre présente tous ses feuillets d’origine plus les cartons (repérés avec une * devant la signature et la tomaison du volume) reliés à la fin de chaque volume. Plus les feuillets d’errata. (Menagiana, veuve Delaulne, Paris, 1729, 4 tomes)

    Lauverjat

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